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Hydro-Québec et le PQ sont indignes du courant qu'ils ont porté

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Me voilà en désaccord féroce avec deux entités qui furent, sans conteste, source de fierté pour beaucoup de Québécois, mais qui semblent aujourd'hui avoir perdu le cap sur leurs objectifs premiers: le Parti québécois et Hydro-Québec.

Le Parti québécois, héritier naturel du Parti libéral des années 60, a fait beaucoup pour la justice et la démocratie, en adoptant notamment la loi 45 sur le recours aux briseurs de grève, la loi 2 sur le financement des partis politiques et la loi 101, pour ne nommer que celles-là.

Hydro-Québec et ses employés sont pour leur part mentionnés dans à peu près tous les documentaires qui traitent de l'histoire du Québec au 20e siècle. Du récit de sa création par Adélard Godbout à celui de son extension sous l'égide de René Lévesque, des complexes-laboratoires aux prouesses techniques, en passant par l'amélioration des conditions de vie des Québécois, le tout sur fond de musique nationaliste, le message est clair. Hydro-Québec est un joyau dont nous pouvons et devons être fiers.

Hydro-Québec a remplacé, d'abord la Montreal Light, Heat and Power Company en 1944, puis l'ensemble des compagnies privées qui opéraient sur le territoire québécois à l'époque, en 1963. Elle a procédé à la distribution d'énergie en région, où on a enfin cessé de demander le double de ce qu'on demandait aux clients montréalais.

Véritable véhicule de la francophonie pour le Québec des années 50 et 60, Hydro-Québec est la première de nos grandes entreprises à se convertir pour faire place au français et aux francophones. C'est d'ailleurs un ingénieur québécois et francophone qui a, pour le compte d'Hydro-Québec, mis au point l'innovation qui sera considérée comme l'une des 10 plus importantes percées technologiques canadiennes du 20e siècle: la ligne de transport d'électricité à 735 000 volts. Cette tension est encore considérée, dans le monde entier, comme la meilleure pour le transport d'énergie sur de longues distances.

Autre fait respectable, Hydro-Québec sait, lorsqu'elle fait affaire avec Bechtel pour la réalisation du complexe La Grande à la Baie-James, conserver son autorité décisionnelle et imposer retenue à la firme américaine. Elle demande également à ce que la langue de travail, le français, soit respectée.
À elle seule, l'étatisation de l'hydroélectricité est une petite révolution tranquille, une prise de pouvoir des Québécois francophones, une affirmation de soi et une manifestation de notre potentiel sur la scène internationale.

Bien qu'il y ait de quoi être très fier, le portrait est beaucoup moins glorieux aujourd'hui.

En ce qui a trait, d'abord, au Parti québécois, en apparence si anxieux de se démarquer des politiques d'austérité économique propres au dernier gouvernement, il est intéressant de noter qu'il a, l'année dernière, tenté d'obliger la Régie de l'énergie à accepter la hausse tarifaire de 3,4% demandée par Hydro-Québec, entendant ainsi piétiner l'indépendance de l'organisme régulateur. Fort heureusement, la Régie n'a pas obtempéré et a plutôt tempéré les demandes de la société d'État.

Ce même Parti québécois oblige Hydro-Québec à acheter de l'énergie issue des parcs éoliens produite par des compagnies privées. Déjà aux prises avec des surplus, Hydro se voit contrainte de revendre cette énergie aux États-Unis, qui paient moins de la moitié du montant que la société d'État a déboursé. Je n'aurais pas cru me désoler un jour qu'un gouvernement encourage l'industrie éolienne, mais je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les motivations derrière cette manœuvre. Certes, cette industrie créatrice d'emploi constitue une activité économique non négligeable pour la Gaspésie. Mais à soutenir artificiellement la production d'une énergie dont nous n'avons pas besoin, avec des deniers publics, où allons-nous? S'agit-il simplement d'acheter des votes en Gaspésie, comme le prétend François Legault?

Quant à Hydro-Québec, autrefois la solution aux abus honteux des compagnies privées, elle est elle-même devenue cette entité contre qui se battent les groupes de défense des citoyens. C'est notamment le cas de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, qui milite actuellement contre une hausse tarifaire projetée de 5,8%, la plus élevée des 20 dernières années.

Les demandes de hausse, où ''ajustements tarifaires'', une expression qui paraît moins mal, sont encore une fois attribuables aux coûts reliés à l'achat d'énergie éolienne, mais aussi à ceux reliés à la construction perpétuelle de nouvelles centrales, activité qu'Hydro-Québec ne semble pas prête de remettre en question malgré le contexte actuel. C'est à se demander s'il restera des rivières et chutes exemptes de barrages au Québec.

D'un point de vue plus personnel, Hydro est pour moi cette société en apparence irréprochable. Parce qu'elle est partenaire d'à peu près tous les organismes environnementaux imaginables. Parce qu'elle subventionne quantité de conférences fascinantes et instructives, dont l'une des conférences les plus inspirantes à laquelle j'ai eu l'occasion d'assister sur les Bélugas du Saint-Laurent. Mais c'est aussi une société qui enfonce dans la gorge de ses clients un produit que beaucoup jugent dangereux: les compteurs ''intelligents''.

Hydro n'est rien d'autre, à mes yeux, que cette société malhonnête qui prétend que le nombre de clients s'opposant aux compteurs intelligents est plus bas qu'il ne l'est en réalité, parce qu'il n'inclut dans sa compilation que les clients qui ont souscrit à l'option de retrait payante, et pas ceux qui ont envoyé un avis de non-consentement pour exprimer leur refus et du compteur dit intelligent, et du compteur non communicant. Tous n'ont pas les moyens de payer les frais exigés par Hydro pour l'application du principe de précaution.

Arrogante, Hydro va parfois jusqu'à violer la propriété privée des gens, les installateurs mandatés par elle profitant d'une sortie pour aller installer en douce, lorsque l'appareil est situé à l'extérieur de la maison par exemple, un compteur ''intelligent'', et parfois malgré les avis de non-consentement que ces mêmes clients ont envoyés.

Hydro est devenue cette entreprise qui utilise un calcul truqué pour tenter de convaincre la population que ses nouveaux compteurs sont sans danger. Ses représentants répètent en effet que le compteur ''intelligent'' émet à une puissance comparable à celle des micro-ondes et des cellulaires et qu'il procède à la transmission de l'information sur la consommation d'énergie environ 6 fois par jour. Ces informations sont inexactes et incomplètes. Hydro-Québec a elle-même admis, devant la Régie de l'énergie, que pour arriver à ce chiffre, on moyenne la puissance de l'émission sur une période de 6 minutes. En clair, le compteur émet à 50 000 microwatts par mètre carré, mais on préfère dire qu'il émet beaucoup moins, ce qui est vrai, si on divise la puissance d'une pulsation par 360. Pire: s'il est possible que le compteur ne transmette les données que quelques fois par jour, il reçoit et émet, en revanche, au moins une fois par minute.

Il est intéressant de noter que les compteurs dits intelligents d'Hydro ne portent ni le sceau de CSA, ni celui de UL, organismes chargés d'établir des normes de sécurité et qui certifient à peu près tous les produits électriques et électroniques que nous possédons.

Certes, Hydro n'est plus la pionnière qu'elle était dans les années 50 et 60. Des doutes et craintes très raisonnables se font entendre un peu partout au Québec, mais Hydro n'y prête aucune attention.
À ce jour, elle refuse d'entendre les dizaines de villes qui ont demandé un moratoire sur l'installation de ces compteurs douteux, et commence tout juste à considérer, au moins en partie, les inquiétudes des députés provinciaux qui demandent, à l'unanimité, qu'on examine d'autres options afin de ne pas pénaliser financièrement les clients qui refusent les compteurs intelligents. Il est à noter que ce même gouvernement qui prétend ne pas avoir de pouvoir sur Hydro-Québec lorsque s'amène la question des compteurs semble oublier les limites de ses pouvoirs lorsqu'il est question des éoliennes de Gaspésie. Léo Bureau-Blouin et les signataires de la pétition demandant, elle aussi, un moratoire sur les compteurs intelligents auront-ils droit à ce même silence radio de la part de la société d'État?

En est-on vraiment rendu là où semblait le suggérer une conseillère municipale à la ville de Longueuil, lorsqu'elle a déclaré, au conseil: ''Vous savez, Hydro-Québec fait les choses, et nous on s'ajuste...''?

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