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Pourquoi les indépendantistes ne votent-ils pas tous pour le même parti? (1/2)

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La question est bonne. Plusieurs se la posent. En effet, qu'ont-ils, tous ces indépendantistes, à se critiquer et à s'opposer les uns aux autres? Serait-ce une fatalité? Un trait génétique? Un complot du Parti libéral pour se donner une chance de retourner au pouvoir? J'ai une analyse plus rationnelle à vous proposer. La voici.

Il y a deux problèmes principaux qui divisent les indépendantistes. D'abord, le mode d'accession à l'indépendance et ensuite, la conception du projet indépendantiste comme étant avant tout un projet national ou un projet de classe sociale. Ces deux problèmes ne sont pas insolubles. Ils ont leur solution. J'aborderai ces deux problèmes dans une série de deux textes. Dans ce premier texte, je traiterai du mode d'accès à l'indépendance.

Le mode d'accès à l'indépendance

Commençons par souligner le fait qu'il y a tout de même un consensus dans les programmes d'Option nationale, de Québec solidaire et du Parti québécois. En effet, les trois partis s'entendent sur l'idée de faire rédiger une constitution du Québec par la population. Pour ce qui suit, par contre, les choses se compliquent.

Québec solidaire promet de faire un référendum, dans un premier mandat, pour ratifier la constitution que la population aura écrite. Le problème, c'est qu'ils refusent de garantir que cette constitution contiendra une déclaration d'indépendance. Donc, ce référendum promis pourrait déboucher sur une simple proposition de réforme du fédéralisme, une proposition de constitution qui demeurerait soumise au cadre fédéral canadien. À quoi cela servirait-il? Fouillez-moi.

Pourquoi QS choisit-il ce compromis? L'explication la plus plausible est celle de la stratégie électoraliste. Sondage après sondage, on observe qu'environ 50 % des électeurs de QS voteraient «non» à l'indépendance du Québec. Conserver un compromis dans le mode d'accès à l'indépendance permet au parti de conserver sa base électorale fédéraliste. Un fédéraliste de gauche est effectivement en bon droit de penser que de toute façon, si les membres de l'assemblée constituante décident de ne pas inclure de déclaration d'indépendance dans la constitution, l'indépendance n'a aucune chance de se produire. Mme David a plusieurs fois démontré que son parti jouait à ce sujet sur les deux tableaux en affirmant: «On n'a pas besoin d'être mal à l'aise si on n'est pas complètement convaincu de la souveraineté et qu'on veut être membre de Québec solidaire, dit-elle. C'est pour cela que notre nombre de membres a doublé depuis un an.» (La Presse, 23 octobre 2012)

Du côté du Parti québécois, le problème est que l'engagement de tenir un référendum est reporté à un futur indéterminé, c'est-à-dire au «moment jugé approprié» par le gouvernement. Cette stratégie est problématique parce qu'elle dépossède la population de l'initiative de recommencer la marche vers son indépendance. En effet, même en votant pour le PQ, nous n'avons aucune garantie que nous pourrons reprendre en main notre destin politique. C'est grave, parce qu'en reportant toujours à plus tard ce fameux moment jugé approprié, le PQ envoie à la population le message sous-jacent que maintenant n'est pas le bon moment, que nous ne sommes pas capables d'y arriver. Ce n'est pas comme cela que peut commencer un mouvement populaire d'affranchissement. Il faut être confiant, prendre des risques, foncer.

Pourquoi le PQ choisit-il ce compromis? D'abord, je pense, parce qu'il a peur de perdre. Ce n'est pas grave. Cela peut changer. Quand nous aurons repris le temps perdu en pédagogie de l'indépendance auprès des jeunes et qu'ils embarqueront avec nous, la confiance renaîtra même chez les indépendantistes les plus découragés. Mais voilà, il faut commencer par montrer la voie. Ensuite, le PQ tente clairement d'aller chercher une majorité parlementaire en faisant l'économie de convaincre les gens de devenir indépendantistes.

Durant l'élection de 2012, Mme Marois faisait directement appel aux électeurs fédéralistes en leur disant que le PQ allait mieux gérer la province que les libéraux et que de toute façon, ce n'était pas sûr qu'ils allaient faire un référendum. Il s'agit d'une attitude électoraliste pure et vaine. À quoi sert d'avoir une majorité parlementaire si nous n'avons pas le mandat de faire l'indépendance du Québec? C'est «mettre la charrue devant les bœufs». Cela ne mène à rien.

La solution à ce premier problème du mode d'accès à l'indépendance est double. D'abord, il faut renoncer à l'électoralisme et faire croître le vote indépendantiste plutôt que de courtiser des fédéralistes. Deuxièmement, il faut prendre l'engagement clair de faire l'indépendance du Québec. Il faut aller chercher la légitimité de le faire par mandat électoral. C'est en étant fiers, transparents, confiants et honnêtes que nous allons inspirer la confiance du peuple québécois et cheminer avec lui vers l'autodétermination.

Pour savoir ce qu'il en est du deuxième problème, soit la conception de l'indépendance comme un projet national ou comme un projet de classe sociale, surveillez la parution de mon prochain texte.

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