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La déforme des arrondissements: un autre gâchis signé Coderre

15/07/2014 11:53 EDT | Actualisé 14/09/2014 05:12 EDT

La réforme du financement des arrondissements, que l'administration Coderre-Desrochers a présenté le 8 juillet dernier (sans doute pour qu'elle passe sous le radar du débat public en raison des vacances d'été, un classique des tactiques de communication politique), ne passera pas comme une lettre à la poste.

Si ses objectifs paraissent pétris du « pragmatisme » et du « gros bon sens » dont le maire se réclame sans cesse, plusieursobservateurs s'entendent pour dire qu'elle est bâclée. Encore.

Comme dans le projet de prolongation de l'heure d'ouverture des bars, celui de l'agrile du frêne ou celui du gel de la masse salariale.

On le constate depuis novembre dernier, le maire fait de l'improvisation, sa marque de commerce. Et ce sont les Montréalais qui en souffrent.

La volonté de « paramétriser » le budget n'est pas mauvaise en soi. Il y a certainement des économies à faire ou des services à partager, ce que de tels calculs peuvent révéler. Mais lorsqu'au début des années 2000 nous avons décidé de déterminer ces budgets sur une base historique, c'était pour une raison valable: respecter les particularités des différents arrondissements. Déneiger une longue artère droite où presque personne n'habite, comme le boulevard Newman à Lasalle, c'est moins compliqué que de déneiger la rue Saint-Denis sur le Plateau ou dans Rosemont, là où les habitations, les commerces sans stationnements privés et les intersections avec de petites rues résidentielles étroites sont très nombreux et denses. Cette réalité, pourtant très simple à comprendre, un calcul supposément objectif, mais simpliste n'arrivera pas à la révéler.

Enlever les ordures et vider les poubelles à Anjou (un quartier moins dense, en partie résidentiel et en partie industriel), ça nécessite moins de ressources que dans Ville-Marie, où des centaines de milliers de personnes viennent travailler et consommer chaque jour. Et ainsi de suite. « Paramétriser » c'est bien. Ça permet de mettre les choses en perspective. Uniformiser, ça ne l'est pas. Les arrondissements de Montréal sont tous différents, en fonction d'une foule de facteurs dont certains ne sont pas chiffrables. Il faut le reconnaître, c'est pourquoi un financement historique est nécessaire. Couler la dotation des arrondissements dans le béton au gré d'une formule mathématique, c'est une chimère.

Il y aussi le problème de la centralisation, un mot que l'administration a bien pris soin d'éviter, mais qui caractérise l'ensemble du projet. Encore ici, la volonté de rapatrier certaines responsabilités à l'Hôtel de Ville pourrait être bénéfique, en théorie. Mais cette opération doit être accomplie au scalpel, pas à la tronçonneuse. Par exemple, il est insensé que l'octroi des permis et la gestion du stationnement local relèvent de l'administration centrale. Ces outils sont essentiels pour permettre aux arrondissements d'appliquer leur plan d'urbanisme de manière cohérente, en plus d'être une importante source de financement autonome (pratiquement la seule). Même si une partie de ce financement revient quand même à l'arrondissement après que la ville-centre a pris sa part, les administrations locales perdent beaucoup de contrôle sur ce qui relève pourtant des choses les plus locales : le zonage résidentiel ou commercial, le stationnement sur rue et le mobilier urbain, etc. Et la bureaucratie montréalaise étant ce qu'elle est, le citoyen verra probablement ses délais d'attente augmenter.

Concernant le développement économique, personne n'est contre la vertu : nous désirons tous que la ville de Montréal joue son rôle et stimule notre économie. Mais le développement, c'est plus que d'attirer des sièges sociaux et des investissements directs étrangers massifs ; c'est aussi favoriser le développement de PME et de petits commerces locaux. On le sait, ces secteurs constituent l'épine dorsale de l'économie québécoise, et ce n'est pas différent à Montréal. Ce sont les arrondissements, l'ordre de gouvernement le plus proche du citoyen, qui sont les mieux placés pour stimuler et intégrer ce genre d'activité économique dans la vie de quartier. Et ici aussi, chaque quartier de notre ville a sa personnalité propre, qui fait en sorte d'attirer des entreprises issues de secteurs différents. Au lieu d'arracher unilatéralement leurs prérogatives aux arrondissements, le maire devrait plutôt collaborer avec eux et diviser le travail de manière cohérente.

Prenons maintenant l'exemple des services plus onéreux comme l'enlèvement des ordures ou le déneigement. S'ils sont gérés depuis l'Hôtel de Ville, la tentation sera forte d'accorder des gros contrats à quelques entreprises de grande taille (dans l'espoir d'obtenir des économies d'échelle), et on sait où cela nous a menés dans le passé... On doit accorder davantage de petits contrats à plusieurs entrepreneurs pour déjouer le jeu de la collusion, pas l'inverse. Et qui est le mieux placé pour accorder ces contrats aux petits joueurs à l'échelle locale? Certainement pas la ville-centre, qui en a déjà plein les bras avec les infrastructures qu'elle gère déjà! Nous devons déjà mettre les bouchées doubles pour retaper le réseau artériel de la ville alors qu'il ne constitue que 24% du réseau routier montréalais. Qui pense vraiment que les choses s'amélioreront lorsqu'il en constituera 52%? Le problème dans la gestion des infrastructures montréalaises, outre évidemment le financement insuffisant, en est un de coordination, pas de division des pouvoirs. Il y a certainement moyen d'assurer une meilleure coordination entre l'administration centrale et les différents arrondissements dans un climat de collaboration et sans jeter à terre les structures actuelles. Mais, ici aussi, le maire préfère sortir un bazooka pour tuer une mouche. Meilleures manchettes, sans doute.

Enfin, le maire Coderre a commis une autre erreur à mon avis : il a sous-estimé l'attachement des Montréalais à leurs quartiers. Comme le disent les Américains, All politics is local. Le maire peut bien crier sur tous les toits à quel point il est « proche des gens », il ne sera jamais aussi proche des résidents d'un quartier que le conseiller ou la conseillère municipal(e) du coin. Ou que le maire d'un arrondissement. Ces élus sont interpellés par leurs commettants chaque jour, pour une foule de raisons. Que pourront-ils répondre à leurs citoyens si cette réforme passe et que les arrondissements se voient retirer pouvoirs et moyens? Le candidat Coderre, qui nous a parlé de « collaboration », de « pragmatisme » et de « proximité » pendant toute la dernière campagne électorale, sans jamais dire un seul mot à propos d'une réforme administrative et budgétaire pour les arrondissements, doit revoir sa copie.

Comme dans beaucoup trop de ses projets depuis son élection, le travail est mal fait et apporte les mauvaises solutions aux mauvais problèmes. Monsieur le maire, je vous en conjure, avant de rouvrir la charte de notre ville et de provoquer de multiples guerres de clocher, retournez à la table à dessin et mettez sur pied un réel mécanisme de consultation. Les Montréalais en ont long à dire sur le fonctionnement de leur ville, et votre projet sera bonifié par leurs commentaires. Nous voulons une réforme raisonnable et largement acceptée, pas une réforme unilatérale.

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