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La guerre syrienne marque-t-elle la fin de notre humanité?

05/05/2017 08:58 EDT | Actualisé 05/05/2017 08:58 EDT

Tout le monde (ou presque), connaît la fameuse phrase de Joseph Staline: «La mort d'un homme est une tragédie. La mort d'un million d'hommes est une statistique». Hélas, la guerre civile syrienne, qui a fait jusqu'à présent 465 000 morts et disparus selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), donne tranquillement raison au défunt communiste.

Cette tragédie humaine (probablement celle du siècle), nous rappelle à quel point les États-nations, qui résultent souvent de la colonisation, sont des structures géopolitiques institutionnellement fragiles et qu'il ne suffit que d'un bouleversement politique pour que le tout se traduise en un désarroi des plus profonds et cruels. Ce qui rend le fil des évènements d'autant plus complexes est la situation géostratégique de la Syrie, puisque nous assistons depuis la révolution, à d'innombrables affrontements entre tribus et clans, souvent instrumentalisés par le fanatisme et le sectarisme. La coalition chiite pro Al-Assad menée par l'Iran en partenariat avec la Russie et le Hezbollah, explique en grande partie l'échec des forces rebelles en place, à pouvoir renverser le régime actuel. Cela fait maintenant six ans que les morts, blessés et disparus défilent sous les yeux impuissants de la planète entière.

De l'autre côté, les États-Unis, alors alliés du président syrien en place, ont finalement décidé de réagir fermement il y a quelques semaines sous l'administration Trump, après que le régime d'Al-Assad ait supposément eu recours à des armes chimiques à des fins fatales envers ses populations locales. Comme on le sait, les bombardements contre les bases militaires ne sont malheureusement pas sans risque contre les populations civiles, comme nous avons pu le constater également il y a trois ans de cela, lors de la guerre israélo-palestinienne.

Il serait alors urgent de se questionner sur l'issue de ce conflit qui semble pour le moment sans impasse. Doit-on adopter une stratégie militaire offensive, quitte à prendre le risque d'enflammer encore plus la région qu'elle ne l'est présentement ? Doit-on rester passif de notre côté en espérant que la situation s'améliore, quoi qu'elle ne fait que s'empirer au fur et à mesure que le temps passe ? Les récentes vagues de migrations arrivées en Occident et en Europe plus particulièrement traduisent cette réalité désastreuse auquel fait face notre monde. Malheureusement, notre planète ne possède pas assez de ressources pour pouvoir venir en aide à toutes ces populations, ce qui rend les choses d'autant plus déchirantes, puisqu'une infime minorité sera vouée à la possibilité d'avoir un avenir meilleur, d'où l'importance imminente d'une résolution interne.

Serait-il alors bon d'affirmer que cette guerre marque le début de la fin de notre humanité? Celle qui a juré par le «plus jamais ça» après l'extermination d'une partie des populations juives européennes durant la Seconde Guerre! Hélas, l'histoire semble se revivre tranquillement, mais différemment pour «nous», puisqu'elle nous semble lointaine et ne nous affecte indirectement dans notre vie quotidienne de là où nous sommes. Il faut rappeler qu'au-delà de ceci, l'Europe a très longtemps été déchirée par les guerres, qu'elle soit civile ou de nature hégémonique. Un traumatisme que le vieux continent ne veut plus revivre, chose tout à fait compréhensible, sachant les millions de morts qu'ont engendrées les guerres de la première moitié du 20e siècle.

Quoi qu'il en soit, la révolution syrienne nous aura prouvé une chose, le destin d'un peuple ne dépend guerre des facteurs externes qu'on peut lui rapporter, mais bien de la façon dont sa structure politique interne réussit à se maintenir ou se décomposer au fil du temps. La Libye est un autre exemple de ces fiascos révolutionnaires qui ont plongé ces nations dans le chaos total, se demandant même si leurs destins respectifs n'étaient pas voués à un meilleur sort sous la dictature. Comme l'ayant dit plus tôt, nous assistons depuis déjà des années à l'éclat graduel d'anciennes colonies devenues des États-nations, où la particularité de la pluralité ethnique, culturelle et cultuelle a fini par faire défaut.

Nous ne savons guère quand et comment cette tragédie humanitaire se terminera et si oui, quel en sera le prix final à payer. Une chose est sûre, l'avenir de notre humanité se dessine fort probablement dans l'horreur des yeux témoins du peuple de Syrie.

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