LES BLOGUES

La troisième flèche et l'Abenomics: «pas d'alternative possible»

03/07/2013 01:35 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT

L'économie japonaise est trop importante pour continuer à s'enliser dans la récession et la déflation. Considérant les challenges auxquels nous faisons face, je commence toujours par ce simple constat: pour se représenter la taille de l'économie japonaise, son PIB nominal est plus grand que ceux de l'Allemagne et du Royaume-Uni réunis.

Au premier trimestre de 2013, le taux de croissance japonais était de 4,1%. Si ce taux se maintien tout au long de l'année, cela représenterait à l'équivalent de l'émergence soudaine de l'équivalent d'une économie plus grande que celle d'Israël.

Au cours des 20 dernières années, le Japon a connu des périodes de récession déflationniste. En conséquence, près de 500 milliards de dollars (385 milliards d'euros) de PIB ont été perdus ces dernières années. Cela représente l'équivalent de l'économie de pays aussi grands que la Norvège ou la Pologne qui disparait.

La croissance, une responsabilité du Japon

La conclusion est simple. Juste par sa croissance, le Japon peut faire un apport significatif au monde. Si un pays comme le notre devait faire face à une croissance négative, cela serait certainement une opportunité idéale pour entamer une politique protectionniste, qui aggraverait la situation des nos voisins. Une politique pour laquelle le pays serait critiqué.

La croissance japonaise ne détermine pas seulement le sort du Japon. Ma conviction est que la Japon a une responsabilité pour la bonne marche du monde.

C'est l'intérêt national du Japon de supporter la sécurité et la liberté de mouvement sur terre, sur mer et dans les airs - y compris l'espace - et d'assurer la sécurité du cyberespace. Nous avons la responsabilité de prendre l'initiative et de trouver des solutions pour préserver et développer ces objectifs mondiaux d'une manière responsable.

En Afrique, le Japon a un rôle important pour transmettre la connaissance et des fonds pour soutenir les infrastructures de développement, ainsi que de faciliter les opportunités d'investissement, permettant les développements de la santé des femmes et des enfants. Le Japon ne s'interdit aucun effort à la participation à la paix et la sécurité de la communauté internationale.

Insister avec ces principes n'est pas un luxe, mais une nécessité, et pour s'assurer que le Japon soit capable de persévérer ainsi, il est impératif que nous produisions de la croissance.

J'ai été clair sur ce point à l'occasion d'un récent discours à Guildhall, lorsque j'ai visité la City de Londres. Pour faire écho à l'approche de la défunte Margareth Thatcher, c'est une situation où "il n'y a pas d'alternative possible".

La croissance, suivie d'une consolidation fiscale

Les efforts pour atteindre la bonne santé fiscale sont tout aussi important. Avec l'équivalent de la perte de l'économie de la Norvège ou du Japon perdue suite à la contraction de l'économie japonaise, le même montant a aussi été perdu de l'assiette fiscale, ce qui a débouché sur une dette deux fois plus importante que le PIB. Pour réduire la dette, il est essentiel d'augmenter les recettes fiscales grâce à la croissance.

Pour s'assurer la confiance de nos partenaires internationaux, nous allons leur prouver que nous mettons notre économie sur de bons rails et maintenir une discipline fiscale robuste. Pour résumer: il n'y a pas de reconstruction fiscale sans croissance.

C'est pourquoi la « troisième flèche » de ma politique économique, la flèche de la stratégie est vitale.

Que faut-il faire? Bien que le programme de politiques est bien connu globalement, nous devons, stimuler la croissance, en y injectant simultanément une série de catalyseurs.

Un Japon ouvert et une réforme de régulation

D'abord nous allons ouvrir le Japon et ses marchés, faire tomber les barrières à l'investissement et au commerce dès que possible. Nous allons doubler les investissements directs au Japon des compagnies étrangères. Nous devrions aussi vendre nos produits agricoles, qui n'ont jamais été comptés comme un bien d'export, au marché mondial.

Présenter les gens, les biens et les capitaux du monde entier au Japon sera un puissant catalyseur et va nous aider à alimenter notre croissance. C'est pour cette raison que je pensais que le Japon devrait joindre le Partenariat transpacifique (TPP).

Une réforme compréhensive de régulation est l'étape suivante. Voici deux exemples importants. D'abord, une réforme structurelle du marché de l'électricité, et mettre une fin au marché oligopolistique, en place depuis plusieurs années. Prendre la décision de séparer la production et la transmission de l'énergie électrique serait une réforme significative à la régulation en place depuis plusieurs décennies.

D'ici la fin de l'année fiscale, le marché japonais des panneaux solaires devrait retrouver son statut parmi les plus grands du monde. Je m'attends à voir la création et l'expansion de nouvelles compagnies, produits et services grâce à la réforme du marché de l'électricité

La réforme urbaine comme comme vitrine

La deuxième politique majeure implique, à travers ma dérégulation et la création de "Zones nationales spéciales et stratégiques", qui serviront de vitrine à une réforme structurelle. Pour tirer le maximum des aires urbaines, il est nécessaire de revitaliser leur aménagement. Le but est de créer des configurations urbaines comme Manhattan, où la distance entre le domicile et le travail est courte et où il y a peu de différence entre la population de jour et de nuit. Un autre objectif est de créer des villes, où il est facile de vivre et de travailler pour les étrangers. Pour encourager un environnement favorable aux affaires internationales, il est vital pour nous de fournir des services de santé et d'éducation internationaux de haut niveau et de faciliter l'implantation de ces services.

Qu'est-ce qui est vraiment nouveau ?

S'il vous plait, ne pensez pas que cet appel aux investissements directs étrangers et aux réformes sont des idées réchauffées. Bien que le programme semble être le même, la personne en charge est différente. Les "Zones nationales spéciales et stratégiques" sont sous ma responsabilité personnelle de premier ministre. Je désire investir tout mon capital politique et prendre les risques nécessaires pour permettre leurs succès.

Cela va sans dire qu'avoir des femmes participant plus complètement à la main d'œuvre et au management n'est plus un luxe, mais une nécessité. Nous sommes en retard en matière de l'utilisation des qualités et des talents de nos femmes. Avec la diminution de notre population active, faire participer notre main-d'œuvre féminine et réengager les séniors est également un cas où "il n'y pas d'alternative possible".

Les États-Unis sont un exemple de pays qui a été capable d'augmenter sa productivité dans les services et les industries de cols blancs, tout en améliorant l'environnement de travail des femmes. Le Japon doit urgemment refaire son retard. C'est un catalyseur indispensable pour une croissance que nous essayons d'aider, en commençant par l'élimination rapide des listes d'attentes pour les soins journaliers des enfants.

Comme vous pouvez le voir, nous avons besoin de travailler sur plusieurs fronts en même temps. Le sens de l'urgence que cela créait accentue notre engagement à la "troisième flèche". On m'a souvent dit, "Le Japon semble bouger lentement", mais désormais il va réussir un changement significatif d'ici quelques années. Même durant les deux dernières décennies, durant lesquelles il a subi de la déflation et un revirement économique, la skyline de Tokyo a énormément changée. Ceux qui s'arrêtent à la gare de Tokyo aujourd'hui seront surpris de voir à quel point c'est un paysage différent par rapport à il y a 20 ans.

Nous sommes engagés à construire un Japon robuste, qui va continuer à contribuer au développement et la préservation des ressources communes ainsi qu'à la paix et la stabilité du monde.

Dans 20 ans, nous nous émerveillerons en réalisant à quel point le Japon a changé.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les pays les plus riches du monde par habitant