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Mouvement étudiant: Inspirer, oui. Se rendre coupable non.

09/11/2012 11:02 EST | Actualisé 09/01/2013 05:12 EST
CP

La condamnation d'un jeune leader étudiant crée des remous au sein de la communauté internaute... Le titre d'un billet récemment publié sur ce site m'a interpelé : « Coupable d'inspirer ». Le problème est qu'on peut inspirer et respecter la loi en même temps - peu importe qu'on soit d'accord avec la loi ou pas.

Précisons d'abord qu'il est important d'avoir des jeunes qui se « tiennent debout ».

Peut être pourront-ils « inspirer » une génération plus âgée qui a depuis longtemps plié l'échine devant des situations inacceptables: corruption, iniquités sociales croissantes, pauvreté chez les enfants, etc.

Peut être aussi qu'à la place de cette génération déjà fatiguée et dont je fais partie (les 30-50 ans), pourront-ils faire mieux. Mieux que notre génération qui maintient un système en place malgré ses nombreux problèmes.

Peut être qu'ils pourront garantir aux autres générations (50 ans et plus) ces bénéfices qu'ils ont recherchés toute leur vie et pour lesquels ils ont mis ce système en place.

Mais ils devront le faire en respectant la loi. Si une loi est inéquitable, continue l'injustice sociale, ou brime une minorité, il faudra la changer. Légalement.

Ces changements devront peut être passer par des mouvements sociaux comme on les a observés ces derniers mois au Québec. Ils devront peut être passer par une participation accrue de la jeune génération au système électoral, et ceci même si les jeunes ne se reconnaissent pas dans notre système politique.

Certains se réfèrent aux bouleversements dans certains pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Égypte, Libye, Tunisie) et disent que sans des mouvements déclarés illégaux, il n'y aurait pas eu d'ouverture pour la démocratie. Ces mêmes personnes comparent ceci à la situation au Québec et justifient des actions de petits groupes extrémistes dans les marges du mouvement des rues par ce qui s'est passé ailleurs.

On ne peut pas comparer la situation au Québec et celle de ces pays. Il n'y a aucune comparaison possible: ces pays étaient eux-mêmes dirigés par des gouvernements illégitimes. Ce n'est pas le cas au Québec: on peut ne pas être d'accord avec notre système de démocratie mais, il permet à tous de s'exprimer. Si on n'aime pas le système politique, on peut le changer: mais il faut tout d'abord y participer.

Récemment un groupe de jeunes musiciennes « punk-rock », les Pussy Riot, ont été condamnées pour avoir protesté contre l'église et le régime de Vladimir Poutine. Personne ne devrait être condamné pour une protestation légitime, légale et respectueuse des autres, contre un régime quelconque. Que ce soit au Canada ou en Russie. Ces jeunes chanteuses ont bénéficié d'un appui international (artistes, intellectuels et autres bien-pensants) demandant leur libération.

Cependant, ceux qui appuient ces jeunes femmes ont oublié, ou ne veulent pas savoir, qu'elles sont entrées sans permission dans un lieu considéré saint (une cathédrale) et ont utilisé ce lieu pour leur coup d'éclat contre l'église et Poutine.

Elles ont été condamnées à deux ans de prison pour « houliganisme » motivé par la haine religieuse.

Est-ce qu'on accepterait, ici, qu'un groupe entre, sans permission, dans une église, une synagogue ou une mosquée et en fasse le lieu d'une manifestation pour un quelconque but social?

La peine de prison imposée contre ces jeunes femmes est peut être démesurée. Mais les lois sont les lois. Est-ce qu'on peut ignorer le caractère illégal de ce genre de manifestation sous prétexte que c'est populaire? Et si la manifestation s'était déroulée dans le salon de ceux qui les appuient, devant eux, sans leur permission, seraient-ils aussi prêts à les défendre? Je ne le crois pas.

Il est bien évident que Gabriel Nadeau-Dubois ne sera pas condamné à grand-chose. Il est aussi probable que ses avocats aillent en appel. Et je crois que c'est quelqu'un qui peut inspirer une génération. Et peut être même qu'il pourrait aider à inspirer d'autres générations - mais qu'il inspire les gens à changer le système, en l'utilisant, en l'infiltrant, pas en faisant des actions qui lui seront reprochées. Je le lui souhaite, à lui et à d'autres comme lui.

Des leaders peuvent faire des erreurs. Et il est sain que ces leaders et leurs supporters le reconnaissent. C'est lorsque certains refusent de voir la faillibilité de leurs leaders ou préfèrent rester aveuglés qu'il y a des risques de « cultes de la personnalité », avec tous les dangers que ça représente.

Il y a plusieurs années, un leader étudiant avait été condamné à quatre mois de prison pour une action dans une université (McGill). Cette jeune femme a ensuite eut une carrière illustre: la première femme de race noire nommée au Sénat du Canada, l'honorable sénatrice Anne Cools, qui continue d'être un leader dans les dossiers qui touchent les droits des minorités et plusieurs questions sociales et politiques.

Reconnaître une erreur n'est pas un signe de faiblesse. Ce peut être un signe d'intelligence et de maturité.

Les leaders sont ceux qui se démarquent. Par leur classe. Par leur capacité de mener. Par leur capacité d'inspirer. Mais surtout par leur capacité de montrer une nouvelle voie.

La manifestation montréalaise de jeudi

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