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La voix des musulmans est prise en otage par des fondamentalistes et des extrémistes

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Islam. Le mot renvoie à une multitude d'images, toutes différentes les unes des autres et toutes chargées de stéréotypes et d'idées préconçues, d'émotions fortes dans l'esprit de l'Occidental, le Québécois et le Canadien.

Au Canada et au Québec, on entend sur les chaines de télévision et on lit dans les journaux que l'islam est une religion extrémiste, passéiste, machiste, rétrograde, réactionnaire, dominatrice, expansionniste, intrusive, envahissante selon les uns. Et elle est libératrice, bénéfique, pacifiste, de bonté, d'amour et d'entraide selon d'autres, qu'en est-il, en réalité, aux yeux du simple musulman, le musulman du «quotidien» vivant au Québec et au Canada.

On cite pêle-mêle des termes et des concepts reliés à l'islam : les mouvements islamiques, les intégristes, les groupuscules islamistes, les groupes islamistes radicaux, les fondamentalistes, les frères musulmans, les salafistes, les djihadistes. Comment peut-on démêler ce fatras d'appellations?

Et qu'en est-il de tous les autres musulmans? Les musulmans démocrates, les musulmans laïques, les musulmans «athées», les musulmans sans couleur politique et sans appartenance aucune (la majorité des musulmans que tous les courants politiques et doctrinaires réclament et courtisent). Selon Frédéric Castel, membre de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC) de l'UQAM:

60 % des musulmans du Québec ne sont jamais allés dans une mosquée et 25 % disent s'y présenter de façon plus ou moins récurrente.

Pourquoi n'entend-on jamais parler de cette majorité de musulmans dans les journaux télévisés? Pourquoi ne les invite-t-on jamais sur les plateaux de télévision? Par quel tour de passe-passe, l'imam de la mosquée du coin devient-il le représentant des musulmans? A-t-on jamais fait appel au curé du village pour parler de l'égarement d'un loup solitaire comme Kimveer Gill, l'auteur de la fusillade du collège Dawson, ou de Guy Turcotte ou de Luca Rocco Magnota? Cela ne conforte-t-il pas certains islamistes - ces apprentis sorciers qui sévissent dans les mosquées et les centres islamiques - dans leur propagande intégriste?

Cette communauté est multiple et diverse. Il faut dire qu'il n'y a pas de leaders de la communauté musulmane. Ceux qui parlent en son nom ne sont que des imposteurs, ils s'autoproclament représentants des musulmans à travers d'organismes, qui sont en fait des coquilles vides. Demandez, par exemple, à ces leaders comme ceux du Conseil musulman de Montréal ou le Collectif québécois contre l'islamophobie ou le Congrès maghrébin au Québec, combien d'adhérents ils ont... Ne les avons-nous pas vus, il y a à peine une année lors du débat sur la charte des valeurs gesticuler et crier leur désarroi contre l'infidèle laïcité? Le Congrès maghrébin, le Conseil musulman et le Collectif mobilisaient leurs troupes pour manifester contre la laïcité. Ils qualifiaient la charte de projet «liberticide».

Je suis de culture arabe et musulmane et je suis pour la laïcité de l'État. Ni inclusive ni exclusive, pour la laïcité tout court. Par quelle magie je me retrouve représenté par un imam qui pourfend les valeurs démocratiques du pays. Je ne me reconnais absolument pas, comme des dizaines de milliers d'autres musulmans d'ailleurs, dans les déclarations de ces pseudo-leaders de la communauté.

La voix des musulmans est prise en otage par une poignée de groupes fondamentalistes et d'extrémistes religieux qui dictent des positions à prendre et tracent un chemin d'exclusion à suivre, de la propagande la plus vile, la plus insidieuse et la plus sournoise, - au service d'un fondamentalisme religieux primaire et moyenâgeux, orchestré par de notables obscurantistes.

Je ne me reconnais pas dans ces représentants de musulmans, d'obscurs imams, porte-paroles autoproclamés et à la représentativité douteuse de minorités agissantes, qui sont invités par les chaines de télévision et de radio. Ils occupent les écrans de télévision et les pages des journaux, et profèrent des insanités grotesques insultant l'intelligence des citoyens, confisquant au passage la parole à des centaines de milliers de musulmans vivant en toute harmonie avec les valeurs démocratiques du Québec. Dans Le voile et la bannière, l'écrivain maghrébin Zéghidour écrivait que «le malheur de l'Oumma [la communauté musulmane] est de se composer uniquement d'une minorité d'intégristes militants et d'une majorité de croyants indifférents aux questions doctrinales.»

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