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Le Canada en guerre contre Daech

07/10/2014 07:56 EDT | Actualisé 08/12/2014 05:12 EST

C'est la guerre, donc ! La guerre contre l'État islamique (EI) ou l'État islamique en Irak et au levant (EIIL) ou Dawla islamiya fi al-Irak wa a-Cham (Daech) en arabe, ce dernier est mon acronyme préféré, il renvoie à des termes négatifs puisés dans la littérature classique arabe.

Notre premier ministre n'a pas attendu l'appel du président américain pour déclarer la guerre à Daech. Il a pris la décision sans même consulter les députés du parlement de son pays. Stephen Harper, un va-t-en-guerre convaincu, avait déjà participé aux côtés de la France dans le démantèlement du régime de la Libye et la destruction de ce pays. Il est, maintenant, déterminé à envoyer les soldats canadiens guerroyer dans le marécage du Moyen-Orient. Le Canada rejoint la coalition montée par les Américains et qui réunit outre la France et l'Angleterre quelques pays arabes comme le Koweït, le Qatar, l'Arabie Saoudite, les É.A.U, le Bahreïn. Que les monarchies absolues arabes!

Cette association disparate dont l'objectif déclaré est de mener une guerre aérienne contre le nébuleux État islamique ne semble pas homogène ni dans sa constitution ni dans sa nature. Jugeons-en. Le Canada, on ne sait par quel tour de magie, est devenu l'allié de l'Arabie Saoudite, la source principale de l'idéologie islamiste, celle-là même réclamée par Daech. Voyons donc la différence entre ces deux entités. L'Arabie Saoudite et Daech appliquent tous deux la Sharia, décapitent tous deux leurs adversaires, mènent tous deux la guerre contre la Syrie, exportent tous deux du pétrole à l'Europe, financent tous deux les groupes islamistes (djihadistes, salafistes, wahhabites) dans le monde entier. Et ils ne respectent pas les droits de l'homme.

Nous sommes aussi, grâce à Harper, les alliés du Qatar, la plaque tournante de la confrérie islamiste. Il est l'un des principaux argentiers des mouvements islamistes dans le monde. Le Qatar, le premier soutien de l'opposition islamiste armée en Syrie, avait financé les groupes islamistes qui avaient lynché Kadhafi en Libye. Ce pays ne respecte pas non plus les droits de l'homme, il a condamné à perpétuité puis à 15 ans de prison le poète Mohamed Al-Ajami pour avoir écrit un poème sur les révolutions arabes.

Et quel est l'objectif de cette alliance? La destruction de Daech? Mais, alors comment est-il venu au monde, ce Daech? Il faut remonter aux premières contestations des peuples arabes qui ont déferlé, surtout, sur les Républiques arabes de l'Algérie à la Syrie et qui ont réussi à chasser du pouvoir les présidents-dictateurs de la Tunisie, de l'Égypte, du Yémen et de la Libye. Pour ce dernier, il faut noter que son lynchage n'a été possible qu'avec l'Intervention des forces de l'OTAN (sous le commandement du Canada) et du... Qatar, le nouveau champion des libertés démocratiques dans le monde !?

Cette contestation, qu'on aimait appeler «printemps arabe» au début des révoltes et qui est devenue, en fait, un cauchemar arabe, essoufflée, mais encore debout s'est orientée vers la Syrie où Bachar el-Assad sévissait depuis le début du siècle. La vague, en fin de course, n'avait plus assez de tonus pour le mettre à terre. Les monarchies du coin en plus de la Turquie atlantiste, non satisfaites du résultat, venaient à la rescousse de l'opposition. Si les manifestations pacifiques n'arrivaient plus à chasser les dictateurs, il faudrait les aider en les équipant d'armes lourdes et modernes. Une mobilisation à l'échelle internationale dans les milieux islamistes de toutes obédiences est initiée par émirs et rois du golfe pour les diriger vers la Syrie.

Les monarchies du golfe finançaient l'opposition armée en leur fournissant armes et argent, mais Bachar résiste. Cette opposition armée s'est métamorphosée avec le temps en groupes d'islamistes radicaux puissants. Maintenant, la «créature» pourrait se retourner contre son créateur. L'Arabie Saoudite décide, alors, de se débarrasser du monstre. Elle fera appel à son protecteur attitré et l'engage à détruire Daech. Le protecteur de l'Arabie Saoudite fait appel à ses amis pour le soutenir dans sa guerre contre la «terreur». Le Canada et les pays européens comme la France et la Grande-Bretagne rejoignent le grand frère, ils ne peuvent, évidemment, rien lui refuser. Les voilà sur leurs grands chevaux se dirigeant encore une fois vers le Proche et Moyen-Orient pour bombarder encore et encore l'Irak et... la Syrie.

Mais, pourquoi diable, les Occidentaux voudraient coute que coute faire tomber Bachar Al-Assad, mais qu'est-ce qui les motive? Pourquoi Harper, Obama, Cameron, Hollande tenaient à renverser le régime syrien, l'un derniers États laïques du monde arabe, mais pas le moyenâgeux régime des Saoudiens ni celui esclavagiste des Qataris.

Cette fixation morbide qui s'est emparée des États-Unis, du Canada, de la France et des monarchies du golfe (l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie, le Bahreïn...) pour chasser le président de la Syrie avait enfanté le monstre Daech. Un esprit malin dirait que si on veut faire tomber des dictatures, il y en a un peu partout dans le monde, à commencer par les alliés indéfectibles des États-Unis, l'Arabie saoudite, le Qatar, le Bahreïn, elles sont toutes des monarchies absolues sans le moindre fonctionnement démocratique ni de représentations populaires. Sinon, il y a la Chine, le Myanmar, la Thaïlande, la Biélorussie, le Swaziland, le Zimbabwe, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, etc.

Cette guerre comme les précédentes ne résoudra rien. La petite histoire de ces vingt dernières années nous enseigne clairement que plus nous bombardons des États musulmans et plus nous créons des djihadistes. Quel est le gain, par exemple, du Canada ou quelles sont les retombées positives sur le pays à la suite de notre implication dans la guerre d'Afghanistan ? Nous avons perdu 158 soldats, 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate, mais les burqas et les talibans sont toujours sur place.

Enfin, comme l'avait remarqué l'auteur et l'historien Michael Scheuer, un ancien agent de la CIA, si l'Amérique voulait mener réellement et effectivement la lutte contre le terrorisme et tous les islamismes, elle devrait commencer d'abord par s'attaquer à la source de cette idéologie monstrueuse que ses «grands amis», les richissimes monarchies du golfe, l'Arabie Saoudite et le Qatar propagent au grand jour.

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