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Trump peut-il devenir président?

07/08/2016 09:52 EDT | Actualisé 07/08/2016 09:52 EDT

Comme bien des gens de ce côté-ci de la frontière, je suis avec une certaine fascination la campagne électorale présidentielle qui se déroule aux États-Unis. De toute évidence, les choses ne tournent pas rond aux USA et les Américains se trouvent aujourd'hui devant un choix très peu inspirant ou sécurisant pour leur avenir collectif: ils devront choisir entre la «crooked» Hillary Clinton du côté démocrate et le «loose canon» Donald Trump du côté républicain.

Au cours des dernières semaines, j'ai été scotché devant mon téléviseur tous les soirs pour regarder la convention nationale républicaine (du 18 au 21 juillet), suivie de la convention nationale démocrate (du 25 au 28 juillet). Deux conventions aux antipodes du spectre politique.

Chez les républicains, Trump a joué les cartes de la haine, de la peur et de la division, et s'est présenté comme le «sauveur de l'Amérique», la seule personne capable de redonner aux États-Unis toute leur grandeur. Il n'a toutefois proposé rien de concret pour expliquer comment il s'y prendrait. Les tribuns qui ont successivement pris la parole pendant les quatre jours du grand rassemblement ont vilipendé Clinton et Obama, le pire président que les États-Unis ont connu selon certains. (Selon moi, ce titre revient plutôt à George W. Bush.) Le message: l'élection de Hillary Clinton ne représenterait rien de moins qu'un troisième mandat Obama, et le pays ne peut se permettre les politiques du 44e président pendant encore quatre ans.

Chez les démocrates, il a fallu régler le dossier Bernie Sanders et tenter de convaincre les «Berniacs» de se ranger derrière Clinton. Les orateurs invités ont joué les cartes du patriotisme, de l'expérience, de la stabilité, de la sécurité, etc. La candidate démocrate et le président Obama dépeignent Trump comme un homme trop instable et imprévisible pour occuper le bureau ovale à la Maison-Blanche. Ils ont bien raison, et Trump le démontre un peu plus chaque jour qui passe depuis l'officialisation de sa candidature.

Il ne faudrait pas sous-estimer l'influence qu'exerce son message décousu et intempestif sur l'électorat.

Son bras de fer avec la famille Khan, son refus d'appuyer la candidature de poids lourds de «son» parti comme le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, et le populaire sénateur de l'Arizona, John McCain (deux tous en quête de réélection cette année), ses déclarations sur Vladimir Poutine et la Russie, etc. Rien ni personne n'arrête Trump, et certains commencent à se demander si sa réelle mission n'est pas de saccager le Grand Old Party pour assurer l'élection de son adversaire déclarée. Chose certaine, l'establishment républicain a été littéralement pris en otage par Trump.

Les indépendants et les indécis ne l'auront pas facile le 8 novembre prochain. C'est bien connu, Hillary Clinton suscite la méfiance chez plus d'un électeur américain. Elle est présente dans le paysage politique des États-Unis depuis des décennies, il y a l'histoire des courriels, etc. Bien des gens ne l'aiment tout simplement pas. Mais elle est certainement plus présidentiable que son opposant.

Quant à Donald Trump, que dire de plus? Peut-on réellement l'imaginer assis dans le bureau ovale et ayant accès aux codes de l'arsenal nucléaire de son pays?

Cela étant dit, depuis des mois, il exploite l'écœurantite aiguë de l'establishment politique qui balaie les États-Unis et la soif de changement qui en découle. Comme Trump s'est rendu jusqu'où il est maintenant alors que sa candidature aux primaires avait été initialement accueillie comme une véritable farce, il ne faudrait pas sous-estimer l'influence qu'exerce son message décousu et intempestif sur l'électorat pour autant. Le populaire cinéaste Michael Moore va même jusqu'à donner cinq raisons pour lesquelles Trump remportera son pari électoral en novembre. Ce même Michael Moore avait prédit que Trump serait le candidat républicain à la présidence...

La soif de changement d'un peuple peut réserver bien des surprises. Ici, cette soif s'est soldée l'an dernier par l'élection de Justin Trudeau à la tête d'un gouvernement majoritaire. Pourtant, pas grand-chose ne destinait Trudeau à devenir premier ministre à part son nom de famille. On peut donc légitimement se poser la question à savoir si, malgré ses très nombreuses frasques, bévues et déclarations insultantes, «Le Donald» réussira néanmoins à se faire élire «l'homme le plus puissant du monde». Après tout, qui aurait cru que cet homme anti-establishment réussirait à décrocher la nomination républicaine après avoir systématiquement éliminé les 16 autres prétendants, dont Jeb Bush, Marco Rubio et Ted Cruz?

Les États-Unis d'Amérique deviennent de plus en plus désunis au fil des ans. L'élection présidentielle de 2016 le démontre on ne peut plus éloquemment. L'Amérique doit être profondément divisée pour qu'un type comme Donald Trump puisse aspirer à la présidence de ce grand pays, n'est-ce pas?

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