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Couillard est passé en mode Charest 2.0

24/11/2014 11:15 EST | Actualisé 24/01/2015 05:12 EST

Lorsqu'il était candidat à la direction du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard avait des idées plein la tête. D'ailleurs, dans sa tentative de séduction des membres du PLQ, il a publié un ensemble de propositions dans un recueil intitulé Pour un Parti libéral renouvelé. L'heure était au renouveau d'un branding entaché par neuf ans de pouvoir sous Jean Charest marqués par de multiples allégations de corruption et de collusion. (D'ailleurs, les médias dévoilaient vendredi dernier que l'UPAC s'intéresse maintenant à nul autre que M. Charest. Que ce même parti forme aujourd'hui un gouvernement majoritaire jusqu'en 2018 a quelque chose de surréaliste.)

On peut y lire ceci, dès la première page dudit recueil : « Je vous soumets donc ma vision, [...] dans le but de bâtir un Parti au Programme politique renouvelé et au fonctionnement démocratique et participatif plus éthique, compétent et novateur. Un Parti à la fois fidèle à ses valeurs historiques et inscrit dans la modernité [...] et rallie toutes les générations et les régions. » Les intentions sont louables, mais encore faut-il qu'elles se traduisent en actions concrètes. Philippe Couillard s'éloigne de ses engagements avec chaque semaine qui passe et la confiance de la population à son égard s'amenuise déjà beaucoup.

En effet, à regarder aller le PLQ depuis qu'il a été porté au pouvoir en avril dernier, force est de constater que nous sommes très loin des grands énoncés prometteurs de M. Couillard alors qu'il était en mode séduction. J'ai la nette impression que ce que les Québécois ont élu plus tôt cette année n'est rien d'autre qu'un gouvernement Charest 2.0. Pour citer Gilles Proulx, à l'époque où il faisait encore de la radio, c'est un autre ouarnement que les Québécois ont élu en décidant de reconduire les libéraux au pouvoir après seulement 18 mois de purgatoire...

La vision du Parti libéral du Québec pour la société québécoise semble se limiter à se prendre pour le natural governing party auquel devrait revenir d'office le mandat de diriger le Québec. Les libéraux ont soif de pouvoir, tout simplement. Au cours de la dernière campagne électorale, Philippe Couillard a promis mer et monde : 250 000 jobs sur cinq ans, une nouvelle façon de gouverner, une rupture avec le passé, un gouvernement éthique et transparent, l'allègement du fardeau de la classe moyenne et j'en passe... En réalité, Philippe Couillard et ses stratèges ont eu recours à la bonne vieille recette libérale fondée sur la duperie pour reprendre les clés du pouvoir.

Je suis toujours en attente de mesures qui permettront d'alléger le fardeau fiscal des Québécois et de réduire la taille de l'État. Moduler les tarifs de garderie? Cela alourdit le fardeau de certaines familles qui paient déjà beaucoup d'impôts et de taxes de toutes sortes et ouvre tout grand la porte à la modulation d'autres tarifs. Imposer des compressions de 300 M$ aux municipalités pour 2015? Où pensez-vous que les municipalités iront chercher le manque à gagner? Dans nos poches! La vague similiréforme du réseau des commissions scolaires annoncée la semaine dernière par le flegmatique Yves Bolduc? Le ministre n'a même pas été en mesure de chiffrer les économies qui découleraient de sa prétendue réforme. Et les péquistes peuvent bien s'insurger, ils font pareil lorsqu'ils sont au pouvoir. Rappelez-vous les fusions municipales forcées et les « économies d'échelle » que Louise Harel défendait bec et ongle. On les attend toujours...

Maintenant, la commission présidée par Lucienne Robillard s'apprête à recommander un grand ménage dans les milieux municipal et agricole. Dans sa quête d'atteindre le déficit zéro en 2015-2016, Québec pellette une fois de plus dans la cour des autres. Comment pensez-vous que les municipalités et les agriculteurs combleront leur manque à gagner? En haussant les taxes municipales et le prix des denrées! Rien n'est fait pour réduire la taille de l'État québécois pendant ce temps, et ayez l'assurance que votre facture d'impôt provincial ne baissera pas pour autant. On ne fait que déplacer les problèmes budgétaires ailleurs, mais ce sont toujours les Québécois qui finissent par en payer plus et plus encore.

Il y a un manque criant de leadership politique au Québec, de femmes et d'hommes inspirés d'une réelle vision d'avenir et ayant le courage de lui donner forme pour améliorer le Québec, lui redonner sa fierté et le sortir de son marasme économique et financier. Qu'on soit en accord ou non avec ce qu'ils nous ont légué, les Jean Lesage, Robert Bourassa et René Lévesque de ce monde avaient un projet de société bien concret pour le Québec et leurs projets respectifs ont marqué l'Histoire. On ne peut en dire autant des politiciens ayant gouverné le Québec au cours de l'histoire récente...

En termes de revenu disponible, les Québécois arrivent aujourd'hui au neuvième rang canadien, derrière toutes les provinces sauf l'Île-du-Prince-Édouard et derrière les trois territoires. Voilà le véritable legs des ouarnements des dernières années, qui appliquent tous le même faux remède à nos maux collectifs. Plutôt que réduire la taille de l'État à la mesure de notre capacité de payer collective, vu leur manque de courage politique et de vision, ils se contentent d'en puiser toujours plus dans les poches des contribuables par des mesures détournées (hausses de tarifs et de droits de toutes sortes, pelletage dans la cour d'autres instances ayant un droit de taxation). Personne n'ose s'attaquer au réel problème : un État tentaculaire qu'on n'a plus les moyens collectifs de se payer.

Le Québec a besoin d'un gouvernement. Les Québécois ont besoin d'un leader politique qui aura le courage de donner l'heure juste avant d'être élu plutôt que de promettre n'importe quoi pour se faire élire, qui présentera un plan clair et réaliste à l'électorat et qui est inspiré d'une véritable vision pour remettre le Québec sur les rails. De toute évidence, Philippe Couillard n'est pas ce leader. Le Québec ne peut plus se contenter de demi-mesures, de simulacres de réformes... L'État québécois est trop gros, trop interventionniste et trop gourmand. De nouvelles solutions doivent être envisagées, car le Québécois moyen étouffe, l'économie québécoise souffre et le Québec sombre. L'État providence agonise et une nouvelle génération d'acteurs politiques prêts à mettre fin à ses souffrances se fait cruellement attendre.

Mais pour qu'une nouvelle vision politique puisse naître, prospérer et prendre sa place au Québec, les Québécois ont aussi un rôle à jouer. Tant qu'ils ne seront pas prêts à faire face à la réalité - à reconnaître que le modèle québécois est cassé et que les acteurs traditionnels que sont le PLQ et le PQ font partie du problème plutôt que de la solution -, les ouarnements qui gouvernent sans vision se succéderont et les Québécois continueront à s'appauvrir - individuellement et collectivement.

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