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Quelle place pour l'école privée dans le système d'éducation québécois?

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La question n'est pas nouvelle et revient périodiquement hanter nos débats sur l'éducation. Dernièrement, nous avons appris que le gouvernement du Québec envisagerait de couper de 50% le financement des écoles privées. Cette «rumeur», dont nous saurons bientôt si elle se confirme, n'a évidemment pas manqué de soulever les passions, tant à gauche qu'à droite. Il faut dire que la question du financement des écoles privées touche à des enjeux aussi fondamentaux que diversifiés, tels que l'égalité des chances, le vivre-ensemble et la justice distributive. Plus largement, elle soulève aussi des réflexions relatives au rôle de l'école dans notre société. À quoi (et à qui) sert l'école, autrement dit?

On assume généralement l'idée que l'école est non seulement un lieu d'instruction, mais aussi d'éducation, c'est-à-dire qu'elle vise d'une part à assurer à chaque enfant le développement de son plein potentiel, et d'autre part à former des «citoyens responsables». Ainsi entendu, le rôle de l'école serait en quelque sorte de favoriser l'égalité des chances et de contribuer à la construction d'une culture commune. La démocratisation de l'éducation et son accessibilité «universelle», qui étaient au cœur du rapport Parent, tendent à contribuer à l'atteinte de ces objectifs. Mais l'existence d'un réseau privé d'éducation pose-t-elle vraiment problème en regard de ces objectifs, comme de nombreux observateurs le laissent entendre?

Pour répondre à cette question, il me semble qu'il faut d'abord s'interroger sur l'égalité des chances elle-même ainsi que les exigences qui y sont liées. Il faut dire qu'il s'agit d'une notion beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, surtout pour les penseurs libéraux. Lorsque nous défendons l'égalité des chances, voulons-nous simplement dire, à la manière d'un John Stuart Mill, qu'à mérite égal, tous devraient avoir un accès égal aux services gérés par le gouvernement? Il me semble qu'il s'agit là d'une exigence fondamentale, mais largement insuffisante. L'accessibilité à l'éducation est une chose, sa démocratisation - réelle - en est une autre. J'y reviendrai plus loin.

Avant tout, je dois dire que si j'ai personnellement un préjugé favorable à l'égard du financement public des écoles privées, c'est essentiellement parce qu'il tend à favoriser la mise en place et le maintien d'un système d'éducation diversifié et personnalisé, donc soucieux du libre choix des parents en matière d'éducation. C'est une donnée non négligeable, car elle appelle non seulement au respect du pluralisme raisonnable, mais aussi de l'enfant lui-même. Or, contrairement à ce qu'en disent certains penseurs de gauche (voir notamment ce billet de Ianik Marcil), il me semble qu'un système d'éducation mixte, soutenu par le jeu de la concurrence (qui favorise l'excellence et l'innovation), est mieux à même de remplir ces objectifs qu'un système universel et unique.

D'abord, comme nous le rappelait très justement Jocelyn Maclure dans son plus récent billet, il ne faut pas négliger le fait que « tant le droit international que la loi québécoise sur l'instruction publique reconnaissent une certaine autonomie aux parents en ce qui concerne les moyens de la scolarisation de leurs enfants ». En effet, conformément à l'article 13 (3) du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, il apparaît que, moyennant le respect de certaines normes minimales qui peuvent être prescrites ou approuvées par l'État, les parents sont dans leur bon droit de réclamer pour leurs enfants une éducation conforme à leurs propres convictions morales ou religieuses.

Ce faisant, bien que la société soit fondée à réclamer de l'école qu'elle forme des «citoyens responsables», celle-ci doit par ailleurs veiller à demeurer en phase avec les réalités complexes d'une société pluraliste comme la nôtre. Pour ce faire, il me semble que l'école d'aujourd'hui doit plus que jamais être en mesure de se repenser elle-même sur la base d'une dynamique nouvelle qui inclut les revendications légitimes et raisonnables des parents. Cette délicate recherche d'équilibre met notamment en lumière l'importance d'accorder aux écoles davantage d'autonomie afin qu'elles soient centrées sur les besoins des familles et des communautés. Démocratiser l'école, autrement dit.

Outre ces principes, le financement des écoles privées soulève évidemment des questions de justice distributive et d'accessibilité. N'est-il pas injuste, en effet, qu'un réseau financé par tous ne soit accessible qu'à une poignée de privilégiés? Il va sans dire que l'idée que certains enfants soient privés de la meilleure éducation possible, faute de moyens financiers, est choquante, mais le fait est que le financement public des écoles privées tend précisément à limiter ce phénomène. C'est au contraire si nous cessions de les subventionner que les écoles privées deviendraient véritablement « élitistes ».

Il est d'ailleurs faux de croire que les écoles privées constituent des petits clubs sélects pour l'élite socioéconomique québécoise. Cela fait partie des nombreux mythes à déconstruire autour de l'école privée. Dans les faits, l'école privée demeure relativement accessible pour les familles de la classe moyenne, au prix de quelques sacrifices. C'est donc, ici encore, une question de choix (de priorités). Du reste, pour assurer l'accessibilité à l'école privée à l'ensemble des familles québécoises, pourquoi ne pas envisager la mise en place d'un programme d'aide financière aux études semblable à celui que nous connaissons aux études supérieures?

Nous pourrions finalement nous demander ce qui pousse les parents à choisir l'école privée plutôt que l'école publique, et ce en dépit des sacrifices que cela représente pour plusieurs familles? Nonobstant le fait que ces établissements sont réputés offrir un meilleur enseignement et encadrement (en termes de performance), il me semble que ce qui fait l'attrait et la force de l'école privée est le fait que cette dernière est plus sensible aux « exigences » des parents que ne l'est l'école publique, c'est-à-dire qu'elle est plus soucieuse d'offrir un milieu de vie et un enseignement en phase avec les valeurs éducatives des parents.

À quoi (et à qui) sert l'école, donc? L'école doit d'abord servir l'enfant lui-même, c'est-à-dire l'amener à développer son plein potentiel, et ce dans le plus grand respect de ce qui fonde sa différence. Et c'est précisément parce que chaque enfant est unique que nous avons besoin d'un système d'éducation diversifié et personnalisé. À cet égard, l'école privée joue donc un rôle fondamental puisqu'elle participe d'une part à l'élargissement de la gamme de choix des parents, et d'autre part parce qu'elle représente un idéal d'excellence et d'innovation.

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