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Qui a peur des souverainistes?

03/03/2014 11:52 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

À l'aube d'un déclenchement d'élections au Québec, la perspective d'un gouvernement péquiste majoritaire ravive la problématique de la question nationale. La question est sur toutes les lèvres: un gouvernement du Parti québécois, s'il se devait d'obtenir un mandat majoritaire, serait-il tenté de tenir un troisième référendum sur la souveraineté du Québec?

Il y a d'abord eu les déclarations du ministre Yves-François Blanchet, lequel a tenu à rappeler qu'il n'y a jamais eu de «cycle péquiste» sans consultation sur la souveraineté. C'est vrai, mais la question est surtout de savoir quelle forme prendrait ladite consultation. Parle-t-on nécessairement d'un référendum? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, Pauline Marois a déjà annoncé son intention de déposer, au cours du prochain mandat, un Livre blanc sur l'avenir du Québec suivi d'une vaste consultation sur le sujet.

Puis, il y a eu les propos du ministre Jean-François Lisée, lesquels tendent à confirmer que le Parti québécois n'a pas l'intention de tenir un référendum dans un avenir rapproché (dans le prochain mandat, disons). En fait, de l'aveu même du ministre Lisée, les stratèges péquistes n'ont pas d'échéancier précis quant à la tenue d'un troisième référendum sur la souveraineté, préférant ne pas «brusquer» ou «braquer» les Québécois. Autrement dit, un gouvernement péquiste irait de l'avant si et seulement il jugeait qu'il s'agit du désir d'une majorité de la population. Personnellement, loin de m'apparaître floue ou sournoise, je trouve cette démarche plutôt honnête. Qui plus est, les gens qui votent pour le Parti québécois savent très bien qu'il s'agit d'un parti souverainiste dont le principal objectif est de faire du Québec un pays. Dès lors, qui a peur des souverainistes? Pourquoi faire grand cas des ambitions référendaires du Parti québécois?

Les réactions les plus vives sont évidemment venues du camp fédéraliste. Le chef du Parti libéral du Québec, monsieur Philippe Couillard, s'est d'ailleurs empressé d'attaquer madame Marois, qualifiant l'engagement de tenir une consultation sur l'avenir politique du Québec de «manœuvre de diversion» et d'«exercice démocratique de façade». Il est vrai qu'il y a tout lieu de douter de l'objectivité de la démarche alors que le ministre Alexandre Cloutier affirmait dernièrement que l'exercice serait l'occasion pour son parti de faire le procès du fédéralisme.

Cependant, il me semble que toute initiative visant à sortir le Québec du statu quo constitutionnel devrait être accueillie comme l'occasion de faire valoir les différentes options qui s'offrent aux Québécois. Le Parti québécois plaide clairement en faveur de la sécession du Québec. Le Parti libéral, quant à lui, favorise le maintien du lien fédéral canadien. Force est d'admettre qu'il s'agit de deux options légitimes. Mais quels sont les avantages et les désavantages de l'une et l'autre de ces options? Voilà la question à laquelle nos politiciens devraient s'affairer à répondre.

Étant moi-même fédéraliste, il va de soi que je considère qu'il est souhaitable que le Québec demeure dans la fédération canadienne. Cependant, je sais très bien que les Québécois n'adhéreront pas au fédéralisme à n'importe quel prix et que la signature du Québec au bas de la Constitution canadienne devra s'accompagner d'importantes réformes. Qu'entendons-nous faire pour y parvenir? Comment convaincre une fois pour toutes les Québécois que le Canada est aussi leur pays? Ce sont des questions très sérieuses trop souvent laissées sans réponse.

Le rôle qui incombe actuellement aux fédéralistes est donc de faire la démonstration que le fédéralisme canadien fonctionne et qu'il constitue la meilleure option constitutionnelle pour promouvoir les intérêts de la nation québécoise. Et plus concrètement, les fédéralistes québécois doivent dès maintenant jeter les bases de la discussion qu'ils devront tôt ou tard entreprendre avec leurs partenaires fédéraux afin d'en venir à une entente constitutionnelle mutuellement satisfaisante.

Cela dit, je comprends parfaitement la réaction de certains fédéralistes face à l'éventualité d'un troisième référendum sur la souveraineté du Québec. Seulement, il me semble que la réponse la plus efficace et la plus honnête devant cette «menace» est de travailler à construire une fédération canadienne renouvelée, laquelle permettra d'intégrer pleinement le Québec. L'entreprise n'est évidemment pas sans risque, mais constitue tout de même la seule option envisageable pour mettre fin une fois pour toutes à l'incertitude quant au statut politique et constitutionnel du Québec. Il faut par ailleurs être conscient qu'à terme, l'attentisme et le statu quo pourraient bien être les meilleurs alliés des souverainistes dans leur volonté de «briser le Canada». Voilà pourquoi j'affirme que la question nationale devrait être au centre des préoccupations des fédéralistes lors de la prochaine campagne électorale - et dans les prochaines années.

«Et s'il advenait que nous échouons?», diront certains. À ce propos, j'aime rappeler que la question nationale n'appartient à aucun parti politique, mais bien aux Québécois eux-mêmes. Dès lors, bien que nous puissions faire de notre mieux pour les convaincre du contraire, si les Québécois devaient un jour en venir à la conclusion que le Québec doit être un pays, nous aurions la responsabilité morale de respecter leur volonté et de les accompagner dans cette nouvelle «aventure». En tant que fédéraliste, ce n'est évidemment pas mon souhait, mais il n'en demeure pas moins que je resterai toujours attaché au Québec et que j'ai confiance en ce que nous pouvons accomplir collectivement, que ce soit en tant qu'État fédéré ou en tant qu'État indépendant. Le Québec aura toujours les moyens de ses ambitions, quelles qu'elles soient.

Qui a peur des souverainistes? Pour ma part, je m'inquiète davantage de l'insouciance de certains fédéralistes que des ambitions référendaires du Parti québécois. Les Québécois n'aiment pas qu'on les tienne pour acquis. Comment pourront-ils adhérer de tout cœur au Canada si rien n'est fait pour aménager une place de choix au Québec dans la fédération? Tous ceux et celles qui ont à cœur l'unité canadienne devraient réfléchir sérieusement à cette question.

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