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Lucien Bouchard, le nationaliste

28/08/2014 11:52 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

Comme plusieurs, j'ai écouté avec intérêt le documentaire Nation, huis clos avec Lucien Bouchard. Il s'en dégage le portrait d'un homme combatif, mais usé. Usé par la politique, évidemment, mais aussi par les Québécois eux-mêmes, qui peinent en effet à reconnaître son immense contribution au patrimoine politique du Québec. Mais quoi qu'en disent certains, il me semble qu'il y a plusieurs leçons à tirer des propos et du parcours de monsieur Bouchard. Un parcours parsemé d'embûches, certes, mais qui aura néanmoins eu le mérite d'être authentique. Cette authenticité aura cependant un fort prix, au point où monsieur Bouchard est aujourd'hui honni par nombre de ses concitoyens, à commencer par sa propre famille politique. Pourtant, en y regardant de plus près, on constate que les choix de monsieur Bouchard n'auront été finalement motivés que par une seule chose : les intérêts du Québec.

L'émergence d'une nation

Les propos et le parcours de monsieur Bouchard sont d'abord porteurs de leçons pour les souverainistes d'aujourd'hui et de demain. Sans nécessairement aller jusqu'à mettre en doute la pertinence et la légitimité de leur option, force est d'admettre que les souverainistes ont actuellement un profond examen de conscience à faire. Alors que l'appui à la souveraineté est au plus bas, particulièrement chez jeunes, comment peuvent-ils travailler à l'avancement du Québec? La souveraineté est-elle une fin en soi ou un moyen? Que faire si le Grand Soir ne devait jamais se présenter? Bien au-delà des considérations purement stratégiques, c'est avant tout à ces questions que les souverainistes devront réfléchir. Et à ce propos, il ne fait aucun doute à mes yeux que la souveraineté était - et demeure probablement - pour monsieur Bouchard un moyen de répondre aux aspirations profondes de la nation québécoise, celles-là mêmes qui se sont exprimées à travers les grands idéaux de la Révolution tranquille. Un moyen, donc, et non une fin en soi. Mais est-ce le seul?

Souverainiste de la première heure, monsieur Bouchard n'a pourtant pas hésité à embrasser le projet canadien alors que celui-ci se montrait ouvert aux revendications historiques du Québec. Du même souffle, René Lévesque décidait de prendre le virage du « beau risque », ce que les « purs et durs » ne lui ont évidemment jamais pardonné. Et pourtant... Et pourtant, tous deux ne faisaient que tirer les leçons de l'échec référendaire de 1980 pour en arriver à la conclusion - pourtant simple et évidente - que les Québécois ne souhaitent pas rompre leurs liens avec le Canada. Est-ce à dire qu'ils sont devenus fédéralistes? Pas tout à fait. Le cas de monsieur Lévesque est plus complexe (il s'agissait davantage d'un repli stratégique), mais pour ce qui est de Lucien Bouchard, il s'est tout simplement tourné vers une autre voie, tout aussi pertinente et légitime, soit le projet de réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney. Autre moyen, même objectif, soit celui de doter le Québec d'un cadre constitutionnel apte à répondre à ses aspirations.

La révolution inachevée

La Révolution tranquille n'avait au fond que deux issues probables : le renouvellement du pacte fédératif canadien pour y inclure, entre autres, une clause de reconnaissance du Québec comme société distincte ou l'indépendance pure et simple. À ce jour, ces deux options ont échoué et le Québec se trouve ainsi piégé dans une sorte de « no man's land » constitutionnel. Rien n'indique par ailleurs que nous soyons près d'en sortir. D'un côté, la souveraineté semble plus impopulaire que jamais, et de l'autre, la volonté de rouvrir la Constitution canadienne pour discuter de la question du Québec n'enchante guère (« on a déjà joué dans ce film-là! », diront certains). De manière insidieuse, il semble même que de nombreux fédéralistes québécois se soient accommodés de cette situation, au point où certains d'entre eux réclament qu'on enterre ce débat une bonne fois pour toutes. Il est pourtant vain et illusoire de croire que la question nationale disparaîtra ainsi, comme par magie. Dans les faits, il faudra bien un jour ou l'autre - et d'une façon ou d'une autre - permettre aux Québécois de parachever leur « révolution ». Il est évidemment possible que le fruit ne soit toujours pas mûr, mais rappelons tout de même que le statu quo et l'attentisme ne sont pas des solutions durables.

À lui seul, le parcours de Lucien Bouchard incarne à bien des égards toute la complexité de la question nationale au Québec. Ce faisant, la question de son héritage politique suscitera assurément de nombreux débats dans les années à venir. Nationaliste avant tout, nous pourrons à tout le moins dire de lui qu'il n'aura négligé aucun moyen pour défendre les intérêts du Québec, au risque d'aller trop loin aux yeux de certains et pas assez pour les autres. Pour ma part, je retiens surtout de son parcours que ni la souveraineté ou le fédéralisme canadien ne doivent devenir des fins en soi, voire des dogmes qu'on ne saurait remettre en question. Il y a là, à mon sens, une leçon que nombre de nos concitoyens - et plus particulièrement nos politiciens - gagneraient à méditer.

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