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La foi, la loi et la langue: aux sources de l'identité nationale québécoise

02/12/2014 10:18 EST | Actualisé 01/02/2015 05:12 EST

« Oui, ces choses ont déjà été dites, mais je les répéterai jusqu'à ce que vous les ayez comprises », disait jadis le poète Gaston Miron. Ainsi, il semble qu'il soit - malheureusement - encore nécessaire de rappeler qu'au Québec, la langue française n'est pas surprotégée (n'en déplaise aux Sugar Sammy de ce monde) et que la loi 101 est légitime et indispensable afin d'assurer la pérennité du français comme langue publique commune de la société québécoise. Dire cela n'a rien d'extrémiste ou d'intolérant. Il s'agit même d'un fait reconnu par la Cour suprême du Canada, laquelle a accordé aux francophones du Québec des droits linguistiques fondamentaux.

Est-ce à dire que le français subit une menace directe et immédiate? Que l'assimilation guette les francophones du Québec? Probablement pas. Mais plus qu'une simple question de survie, il s'agit aussi et surtout d'une question d'identité et de fierté. Nous ne le dirons jamais assez, la langue française est la pierre angulaire de l'identité nationale du Québec et, ce faisant, le socle du vivre-ensemble. Elle est, pour paraphraser André Laurendeau, « l'âme de notre nation ». Une langue, faut-il le rappeler, est plus qu'un simple outil de communication, c'est un repère, un jalon incontournable de la transmission du bagage culturel et historique d'un peuple. C'est certainement en ce sens que Camille Laurin, lors du dépôt de la loi 101 en 1977, parla d'un véritable « printemps de notre vie collective ».

Pour comprendre cela, il faut cependant avoir une certaine « sensibilité historique » et revenir aux sources de l'identité nationale québécoise. Il faut notamment se souvenir de ces grandes figures de notre histoire que sont les Henri Bourassa, Lionel Groulx et Fernand Dumont, lesquels ont largement participé à façonner la conscience nationale du peuple canadien-français dans le contexte de la « survivance ». Leur contribution intellectuelle, associée au pouvoir de l'Église catholique, aura permis d'asseoir une véritable « nation française » en terre d'Amérique. L'idéologie dominante de cette époque se résume d'ailleurs parfaitement dans ce vieil adage voulant qu'au Québec, la foi soit la gardienne de la langue et la langue la gardienne de la foi.

« À force de descendre profondément en soi, on finit par rejoindre les autres parce que ça crée un vase communiquant. », disait encore Miron. Les Québécois ont aujourd'hui délaissé la foi catholique, mais ils n'en demeurent pas moins attachés à la langue française, cet héritage vivant des luttes menées par ceux qui, avant nous, ont compris ce qui fait du Québec une société distincte. Et bien qu'on ne puisse évidemment de nos jours réduire la nation québécoise à ses racines canadiennes-françaises, force est d'admettre que celles-ci continueront d'exercer une irrésistible attraction sur notre identité nationale.

Ce faisant, protéger et chérir notre belle langue française au Québec n'a donc rien d'un repli sur soi (certains n'hésitent pourtant pas à parler de « crispation identitaire » dès que l'on évoque la fierté d'appartenir à une nation francophone distincte), mais constitue au contraire une main tendue à tous ceux et celles qui veulent se joindre à nous et participer à enrichir la société québécoise. La loi 101 est l'expression juridique de la volonté des Québécois de préserver leur langue et leur identité. Elle est, pour ainsi dire, notre foi à nous.

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