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Salut le jeune

Publication: 19/08/2012 09:47

Ça commençait comme ça. Salut le jeune. Tu te souviens? je t'avais écrit une lettre, en mars. Je t'en demandais beaucoup, sans savoir que tu m'en donnerais autant. REER, hypothèque, flos et pli au pantalon, je te parlais de mon impuissance, et je te demandais de leur dire non, pour nous. Je te disais combien j'avais besoin de ton euphorie, de ta rage, de ta force, de ta liberté.

Aujourd'hui c'est fini. Tu retournes en classe. Étudier. Tu n'as jamais eu d'autre projet. Ta cohérence honore ton printemps et ton carré de tissu. Perdu, gagné, sur cinq ans, sur sept ans, prêts, bourses, un café par jour, la juste part... je sais que tu vas faire face, quoi qu'il arrive.

Je ne sais pas vraiment ce qui vient de s'arrêter, ou ce qui commence peut-être. Mais ce que je sais, c'est que la rue s'en retourne vers la grisaille et reprend son mouvement mécanique et sans âme.

Marilyne vient de m'écrire. "Savignac j'ai le coeur brisé". D'aucuns qui liront ces lignes et les mots de Marilyne les trouveront d'un lyrisme incompréhensible, voire risible. La sécheresse prive de bien des beautés.

Arrêtée dans sa robe à fleurs, armée d'un livre et d'une pomme, Marilyne est allée en prison. Aujourd'hui, demain, tandis que le cirque électoral exhibe son cynisme et que les affaires vont suivre leur triste cours, elle devra donner du sens à son printemps. Comme Maxence, comme Yalda, comme tous les autres.

La lutte était condamnée à finir, évidemment. En septembre, on rediscutera ou non des frais de scolarité. Mais il y a aujourd'hui ce vide, et c'est lui qui brise le coeur de Marilyne, et un peu le mien. Certes on se reverra le 22 pour quelques mois encore, juste pour se rappeler, se revoir, se toucher la main.

En mars, le jeune, quand je t'écrivais, je te disais merci de prendre la parole. Merci de crier pour moi, pour nous les passants vaincus. Ce que je ne savais pas, c'est que tu me donnerais tant de beauté à voir. Je ne savais pas qu'une génération, prétendument individualiste, gazée à la Xbox, avait en elle ce que le Québec a donné à voir de plus beau depuis peut-être toujours. Beauté de tes visages, beauté de tes sourires, beauté de tes idées, de tes mots et de ton courage. Tu me laisses avec un beau deuil.

Le jeune je dois te laisser, je dois me lever tôt demain matin, comme toi, et traverser la ville vide. Je sais que t'es encore là, même si ton bruit a cessé. Éparpillé dans le normal, tu es plus dur à voir et à sourire. Mais dans le métro y'aura toujours Marilyne, avec sa robe, sa pomme et son livre.

 

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