Savignac

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Publication: 15/11/2012 21:40

Le taux d'endettement des ménages canadiens ne cesse d'augmenter, c'est écrit dans le journal ce matin. Plus 4.6% par rapport au même trimestre l'an dernier, soit désormais 163% du revenu disponible, excluant l'endettement hypothécaire. Et j'avoue que c'est un peu de ma faute.

Mon métier, c'est la pub. Chaque matin, je m'assois dans ma tour de verre que la petite Péruvienne vient de récurer au salaire minimum pendant toute la nuit, et je réfléchis. Je réfléchis à toi. Je t'appelle ma cible. Non, je ne te planterai pas une flèche dans le coeur, mais je vais t'agacer le désir par exemple, et tu vas souffrir.

On me confie nombre de produits et services, tous les moins indispensables les uns que les autres, à t'enfoncer dans la gorge. Rien de ce que je te propose ne t'es indispensable. Rien, parce que tu as tout, et que tu ne le sais pas. Rien, parce que tu es né du bon côté du globe, et que tu n'en n'as aucun début d'idée. Et c'est avec ton ignorance et tes faiblesses que je paie le collège du petit.

Je vais être un peu brutal, ne m'en veux pas, mais je m'étonne et me désespère toujours de l'immensité de ta connerie. En effet, pour te vendre la saloperie qu'on m'a donné à promouvoir, saloperie qui ne t'apportera, je le sais, aucune once d'un quelconque bonheur durable mais qui ne fera qu'accentuer ta soif morbide et chronique de possession, j'ai quelques hameçons auxquels tu mords irrémédiablement. Ne crois pas que j'y prends un malin plaisir, bien au contraire. Ce sentiment quotidien de baiser une femme ivre morte ne me renvoie pas de moi une image enviable. Mais le collège du petit...

Tu me décourages. Hier, dans le nord, quand le commis voyageur blanc fourrait un Indien et le dépouillait de sa fourrure qu'il revendait à prix d'or contre assez de quoi nourrir une famille pendant moins de deux jours, c'est parce que l'Indien savait mieux rêver et parler aux nuages que compter. Le commis voyageur était un abuseur de naïveté, un abuseur de poésie. Mais toi...

Toi tu n'as pas d'excuses. Tu as tout pour faire échouer mes stratagèmes. Tes besoins primaires sont comblés, parce que tu es né chanceux, innocent. Tu manges, tu bois, tu dors, tu respires, on te soigne et tu baises sans effort. Privilège ultime, tu es éduqué. De tout ce que je suis en train de te dire, tu n'es rien sensé ignorer. D'autres, mille autres que moi, bien mieux que moi, n'ont cessé de te le rappeler. Et la rue, imbécile, la rue que tu as méprisé et ricané pendant six mois et plus cette année, la rue, qui a pris la peine de t'expliquer, longtemps, combien l'argent, le bien et l'accumulation sont ton tombeau. Et tu en as fait quoi? Tu consommes encore, encore plus, triste misère.

En dépit de ton éducation et de ta lucidité, tu tombes dans mon piège funèbre. Un peu de lumière artificielle, quelques mots qui t'émeuvent, des reflets, quelques bouts de peau pour une salive prévisible, une musique idiote, des sentiments de confiance et d'accomplissement que je fabrique de toute pièce, et tu sombres, et tu achètes, et tu crois exister.

Ta dette de 163%, pardon, mais qu'elle t'étouffe.

Mon métier, c'est la pub. J'aurais préféré parler aux nuages. Chaque matin, dans ma tour de verre, je te devine si facilement. Le soir, quand je rentre à la maison, ne crois pas que je triomphe. Je pleure autant sur toi que sur moi.

 

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22:39 sur 16/11/2012
Ouin... On ne mentionnera d'abord que rapidement le fait que tu écris un peu trop comme Pierre Foglia. Ça commence mal pour un gars dont le job est d'être créatif. Mais surtout, cette prétention des publicitaires c'est comment dire...d'un abyssale aveuglement. Parce que ce que tu oublis c'est que toi aussi, à chaque jour, tu te fais enfiler par un peu tout le monde. Ben oui, l'avocat que tu consultes te vole, ta dentiste te pique ton portefeuille, le marchand qui t'a vendu des pêches immangeables t'a arnaqué, le garagiste, ta femme de ménage qui fait deux heures au lieu de trois. Même ton gouvernement de vole. Alors console-toi, tu fais partie de la gang. Tu as peut-être l'impression que tu es en contrôle, dans ta tour de verre, mais non, tu es avec nous, tous dans le même panier de crabe. Alors arrête de te masturber et vient rejoindre ce que tu crois être "la masse" pour une partie de jambes en l'air commerciale. On t'aime quand même va.
20:55 sur 16/11/2012
L'argent dépensé dans la pub suffirait à supprimer toutes les famines de ce monde .... mais ce serait bloquer la roue du système, briser le miroir aux alouettes, transgresser le tabou ultime. La terre s'arrêterait sûrement de tourner: comment être heureux sans consommer, posséder, encore, toujours plus. Créer le besoin, le rendre indispensable, programmer son obsolescence et puis recommencer. L'ecosystème s'essouffle, nos portefeuilles éclatent de toujours plus de carte de crédit de plus en plus lourdes mais nous continuons à pédaler les yeux fermés: le collège du petit, la pension alimentaire, l'hypothèque... Alors une conscience se réveille, vous ne serez pas publicitaire toute votre vie si j'en crois le ton de votre écrit. Peut-être va t'elle en entraîner une autre puis une suivante encore et demain l'indignation prendra le dessus sur la résignation. Alors le soleil, la mer, la forêt, les amis, la solidarité et l'entraide... c'est gratuit
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
AndreLegare
Carpe diem
11:14 sur 16/11/2012
En effet Zinzolin,
Outre le fait que plusieurs poissons seront victime de cet hamçonnage, il n'en reste pas moins que les priorités sont présentes chez eux aussi...l'école du petit, se loger, manger.
Si une erreur se glisse lors du parcourt elle le paiera cher. Tout comme ceux qui boivent leur salaire, qui le jouent sur des 7 chanceux...

Ce n'est pas elle qui est endettée....enfin je le pense...c'est vous...c'est moi....tous simplement parce que nous en avons les moyens...la banque nous prêtera...on doit être riche, en comparaison, pour être endetté.

Elle, elle survit, avec le salaire familial...bien sûr elle gaspillera bien ses sous avec des aliments prêt à manger, mais elle ne pourra pas s'endetter ni faire trop de folies.
Pas toujours besoin de vous pour hameçonner....une large vitrine , d'un vendeur, bien calculée , ferait l'affaire...
C'est ça la société de cosommation...le roue qui tourne faisant appel aux artistes dans votre genre pour la propager. Avec ses désastres et ses bienfaits, aussi.

Belle prise de conscience qui se doit d'être faite à tous les niveaux, vendeurs, publicitaires et consommateurs. C 'est pas demain la veille....
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Duc C Nguyen
Producer, Editor & Designer. #duccnguyen
10:45 sur 16/11/2012
BEIGBEDER, Frédéric, 2000, 99 francs, Paris, Grasset & Fasquelle, 281 p.

;)
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
AndreLegare
Carpe diem
12:15 sur 16/11/2012
Et bien voilà une pub qui colle...:)
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Zinzolin
Mauvais esprit
02:45 sur 16/11/2012
Bonjour, Savignac, vous êtes bien cynique ce matin.
Un peu facile, l'excuse du collège du petit, non?
Il y a mille façons de gagner sa vie et le collège du petit, sans pour autant "baiser son contemporain". C'est vrai, il y a pire : les traders, les banquiers, les industries de l'agro-chimie, du gaz de schiste et du nucléaire...
Mais c'est pas une raison !