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Modes de vie

23/11/2012 10:53 EST | Actualisé 23/01/2013 05:12 EST

Je suis en mode écriture.

Triste signe du temps, nous sommes de plus en plus en mode quelque chose. Réduits à l'état de fonctions. 

Ainsi on ne dira plus: "Après une semaine harassante, je retrouve enfin ma famille et mes amis, je quitte cet uniforme ridicule, je rentre à la maison me reposer", mais plutôt "je suis en mode week-end", "je suis en mode repos".

Pas plus qu'on ne dira que "l'hiver est là, que la solitude nous pèse, qu'on a besoin d'un souffle chaud sur notre nuque, qu'on aurait envie d'aimer", mais plutôt: "Je suis en mode recherche".

Et en attendant d'être en "mode amour", ils se mettront en "mode manuel", elles se mettront en "mode vibreur".

En décembre, on se mettra en mode Noël, en mode cadeaux, en mode sapin. L'étudiant en mode révision, la ménagère en mode torchon, la maman en mode biberon, le cuisinier en mode poisson, l'alcoolique en mode bourbon, le vacancier en mode cuisson...

Automatisation des vies, successions des modes.

Tourner le bouton, être en fonction, fuir le vide. Rien ne doit s'intercaler entre le rinçage et l'essorage, pas de flottement, pas d'imprécision. Être en mode, en mode à tout prix. Le mode sans échec.

Tourner le bouton, changer de mode. Drôle de vie. Drôle de mode que ces modes de vie.