Dans sa chronique du 10 mars dans La Presse, Nathalie Petrowski faisait écho au texte de Monique La Rue, publié dans le dernier numéro de la revue littéraire L'Inconvénient, consacré au thème de "la France et NOUS". On peut y lire Madame La Rue se réjouir et "éprouver un plaisir ténu et nouveau à entendre dans les autobus, les rues, les restaurants, la voix, l'accent, la tonalité caractéristiques des Français de France". Et Nathalie Petrowski d'abonder dans le même sens, évoquant ces "Français ordinaires" lui procurant ce "plaisir sonore", fruit de "la maîtrise, de l'élocution et de l'éloquence émanant des sons produits par nos amis".
Dans ce même numéro de L'Inconvénient, on y parle d'un Français "moins arrogant, moins éloquent, moins sûr de lui", ou encore de ces jeunes Français venus étudier au Québec, qui ne "se vantaient pas, ne cherchaient pas à affirmer la supériorité de la France sur le Québec [...]" (Yannick Roy).
Mais où diable est donc passé le maudit Français? Quid de l'arrogant, du chiant et de son air supérieur? Quid du salaud qui nous abandonna jadis, nous laissant à nous même dans la mâchoire de l'ogre britannique? Quid de l'ingrat qui poussa l'humiliation jusqu'à sous-titrer nos films à l'accent agricole et si risible?
Et cet accent justement, hier encore insupportable, plein de condescendante articulation et de méprisantes nuances, pointu à nous piquer le cul, il serait tout à coup devenu cette musique douce et harmonieuse qui éveille les sens de Petrowski et de La Rue? C'est à y perdre son joual.
La tentation est forte de mettre en relation cet amour soudainement retrouvé avec les différents débats, très identitaires, qui animent la province ces temps-ci. Dans un Canada sourd qui méprise et qui inquiète, dans un Québec où l'on re-questionne la loi 101 que l'on croyait acquise à jamais, il apparait comme une urgence de ré-affirmer notre distinction fondamentale qu'est le fait français, quitte à mettre de côté les rancoeurs du passé.
De la menace anglophone à la menace allophone, en passant par la somme des épouvantails revêtant tour à tour le costume de l'intégriste religieux et de l'envahisseur basané, agités par Martineau, Duhaime et consorts, il devient soudainement pratique de se souvenir du vieux cousin grincheux et moqueur. Gracié - temporairement sans nul doute - de ses méfaits du passé, ce nouvel ex-agaçant blanc, catholique, mais surtout francophone, se fait soudainement rassurant.
Point de romantisme donc dans cet amour opportunément retrouvé, mais plutôt un jeu de séduction pragmatique dans un contexte de survie identitaire et salutaire. Aimer et embrasser à nouveau, comme un syndrome de Stockholm désespéré et inévitable, celui qui nous a oublié, méprisé, rabaissé, mais qui a si joliment mis sa langue dans notre bouche.
Suivre Savignac sur Twitter: www.twitter.com/_Savignac
Humanisme: quel beau mot de notre dictionnaire.
M. Savignac, ou bien ils s'adaptent ou bien ils retourment chez-eux. Des «maudits français» il y en a encore plusieurs en France, y compris sur les médias Internet. ;-))
Sur sa monnaie (j’étais numismate à l’époque), il y avait trois mots bien intrigants : liberté, égalité, fraternité. Je lisais et relisais, je réfléchissais. C’était différent de ce qu’on voyait sur les billets américains : In God we trust.
Curieusement, c’était l’époque du « maudit français ». On les voyait avec méfiance, ces étrangers qui nous paraissaient hautains, qui parlaient la langue mieux que nous, et qui mangeaient du fromage moisi qui pue. Je me suis mis aux fromages fins et j’adore ça. Il y avait aussi le rouge, délicieux, et pour lequel tout un langage descriptif était déjà développé.
Mais je ne me suis jamais habitué aux Gitanes, qui vous râpent la gorge.
Bon appétit pour les fromages et en plus du rouge il y a des blancs ! par exemple un petit Vouvray pétillant brut , excellent avec le fromage de chèvre tartiné sur du pain complet ;-)))
Bonne soirée (il est 17h , quelle heure avez-vous ?)
Ici un mange une sandwich (c'est féminin) pour diner (pour le repas du midi). Le soir, on soupe.
Curieusement, certains mots très utilisés en France ne le sont pas ici, comme "marrant" (on dit c'est l'fun ou c'est drôle), ou "vachement" (on dit très). Et comme vous le savez, nos gros mots se rapportent à l'église. Quand quelqu'un est en "tabarnak" ou en "câlisse" (très fâché), il est recommandé de s'éloigner... S'il est en "esti" c'est un peu moins pire. Et nous faisons toutes les combinaisons de ces gros mots.
J'ai reçu votre message à midi le 14 mars.
Les filles prennent grand soin à leur apparence physique, et elles ont du goût; elles sont raffinées. Elles s'expriment bien et sont fonçeuses. Les garçons sont timides, très timides. C'est très évident cette différence de caractère entre les sexes. Je me dis souvent que la France doit être devenue une société matriarcale. Ca fait bien longtemps que je n'ai pas été en France.
Il y a une chose que j'ai remarqué: la qualité de la langue écrite s'est détériorée d'une façon spectaculaire. Je vous dirais que les jeunes Français ne s'expriment pas mieux que les québécois par écrit. Je passe mon temps à corriger de grossières erreurs d'orthographe, et la faiblesse de la syntaxe. Il leur reste un prononciation plus délicate au parler, c'est tout. Et c'est vraiment de moins en moins vrai qu'ils ont davantage de culture générale que nous.
Voilà, je fais mon "coming out": j'aime les Français! Et puis tiens, vive la France!
Quant à la langue écrite ! je ne peux que constater , comme vous , et regretter !
La France , devenue société matriarcale ? oh non ! pas du tout , l'apparence est loin de la réalité en régression , un ex : les femmes députés vont au Parlement en pantalon pour éviter les commentaires déplaisants !
Enfin , j'ai découvert depuis peu que je pouvais lire et commenter le Huff/Québec , sympathique ! Bonne journée à tous .
Autant que je me rappelle, c'est le film "Crazy" que les Français ont sous-titré, ce qui m'a tannée, évidemment, ce 'était pas trop sympa! Je me suis bien tapé "La gloire de mon père" sans sous-titres moi!
"mais qui a si joliment mis sa langue dans notre bouche." euh ! c'est un peu coquin , non ?
Bonne soirée à tous .
Je me demande pourquoi les Français devraient oublier leur bagage culturel pour s'intégrer à nos tsé veux dire, ça la, comme genre, chu t'aller... et autres bouches molles et esprits brouillons.. Bravo.
Le concept du "maudit français" est vieilli. Il nous vient d'une époque où le Québec sortait à peine de l'ère de Cro-magnon. Les temps ont changé, et pour le mieux. Nous les québécois, nous nous sommes raffinés de notre côté, et nous prenons confiance en nous.
Non seulement nous avons pris confiance en nous mais j'ai apprécié la chaleur des parisiens sur place. En un mot, je me demande même s'il n'apprécient eux même cette nette différence dans notre accent.
personne n'est parfait dans ce monde.