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Mais où diable est donc passé le maudit Français ?

Publication: 12/03/2012 06:48

Dans sa chronique du 10 mars dans La Presse, Nathalie Petrowski faisait écho au texte de Monique La Rue, publié dans le dernier numéro de la revue littéraire L'Inconvénient, consacré au thème de "la France et NOUS". On peut y lire Madame La Rue se réjouir et "éprouver un plaisir ténu et nouveau à entendre dans les autobus, les rues, les restaurants, la voix, l'accent, la tonalité caractéristiques des Français de France". Et Nathalie Petrowski d'abonder dans le même sens, évoquant ces "Français ordinaires" lui procurant ce "plaisir sonore", fruit de "la maîtrise, de l'élocution et de l'éloquence émanant des sons produits par nos amis".

Dans ce même numéro de L'Inconvénient, on y parle d'un Français "moins arrogant, moins éloquent, moins sûr de lui", ou encore de ces jeunes Français venus étudier au Québec, qui ne "se vantaient pas, ne cherchaient pas à affirmer la supériorité de la France sur le Québec [...]" (Yannick Roy).

Mais où diable est donc passé le maudit Français? Quid de l'arrogant, du chiant et de son air supérieur? Quid du salaud qui nous abandonna jadis, nous laissant à nous même dans la mâchoire de l'ogre britannique? Quid de l'ingrat qui poussa l'humiliation jusqu'à sous-titrer nos films à l'accent agricole et si risible?

Et cet accent justement, hier encore insupportable, plein de condescendante articulation et de méprisantes nuances, pointu à nous piquer le cul, il serait tout à coup devenu cette musique douce et harmonieuse qui éveille les sens de Petrowski et de La Rue? C'est à y perdre son joual.

La tentation est forte de mettre en relation cet amour soudainement retrouvé avec les différents débats, très identitaires, qui animent la province ces temps-ci. Dans un Canada sourd qui méprise et qui inquiète, dans un Québec où l'on re-questionne la loi 101 que l'on croyait acquise à jamais, il apparait comme une urgence de ré-affirmer notre distinction fondamentale qu'est le fait français, quitte à mettre de côté les rancoeurs du passé.

De la menace anglophone à la menace allophone, en passant par la somme des épouvantails revêtant tour à tour le costume de l'intégriste religieux et de l'envahisseur basané, agités par Martineau, Duhaime et consorts, il devient soudainement pratique de se souvenir du vieux cousin grincheux et moqueur. Gracié - temporairement sans nul doute - de ses méfaits du passé, ce nouvel ex-agaçant blanc, catholique, mais surtout francophone, se fait soudainement rassurant.

Point de romantisme donc dans cet amour opportunément retrouvé, mais plutôt un jeu de séduction pragmatique dans un contexte de survie identitaire et salutaire. Aimer et embrasser à nouveau, comme un syndrome de Stockholm désespéré et inévitable, celui qui nous a oublié, méprisé, rabaissé, mais qui a si joliment mis sa langue dans notre bouche.

 

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