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Le tas

Publication: 30/12/2012 16:22

Voilà, c'est fini. C'est le temps des bilans et des palmarès, et on essaie d'illustrer notre Times Magazine à nous. Entre un député impubère, un dépeceur ontarien, et une policière à barbe, chaque rédaction travaille à identifier l'indispensable personnalité de l'année, celle qui aura su prendre le plus de place dans le vacarme de 2012.

Un instant j'ai voulu, moi aussi, apporter ma contribution à cette remise de récompense en ajoutant un nom à la liste des personnalités m'ayant marqué cette année, quand je me suis aperçu qu'il n'avait pas de nom, que personne n'en avait jamais parlé, et que personne n'en parlerait jamais. Et pour cause, c'est un tas. Et un tas n'as pas de nom, c'est bien connu.

Le tas en question réside à la sortie du métro Square Victoria. C'est un tas informe, un tas de vieilles couvertures sales dessous lesquelles dort quelque chose. Enfin c'est une supposition, il peut y mourir quelque chose aussi. Pour savoir exactement et distinguer une éventuelle respiration, il faudrait s'y arrêter, et le temps nous manque.

Un soir, alors que j'arrivais près du tas, il s'est mis à bouger. Un visage est apparu en même temps qu'une toux rauque et profonde. Je ne sais pas si ses yeux étaient beaux ou si j'en avais décidé ainsi.

- Ça va Monsieur?
- T'aurais pas une cigarette?
Il tousse.
- Tenez, gardez le paquet. Vous allez pas rester ici au froid toute la nuit quand même?
- Ben tu sais quand t'as pas le choix...
Il tousse.
- Je sais, c'est pas facile. Mais vous seriez quand même mieux au refuge, non?
- Non
Il tousse.
- C'est pas parfait le refuge, je sais bien, mais au moins il fait chaud, et puis ils servent à manger.
- Non je veux pas aller au refuge, je suis mieux ici.
Il tousse.
- C'est parce qu'ils demandent un dollar pour entrer? Voulez-vous que je vous le donne?
- Non.
Il tousse.
- Je m'excuse d'insister Monsieur, mais il va vraiment faire froid cette nuit...
- Merci petit gars, mais je veux pas y aller. Quand j'y vais, j'empêche les autres de dormir, parce que je tousse.
- ...

Quand tu as le sentiment de déranger même un clodo, tu dois avoir le sentiment de déranger l'humanité toute entière. Alors tu formes un tas, Square Victoria, en attendant de ne plus tousser.

Il n'y a pas de morale à cette histoire. C'est simplement l'histoire de la personne ayant le moins fait parler d'elle cette année.

 

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Voilà, c'est fini. C'est le temps des bilans et des palmarès, et on essaie d'illustrer notre Times Magazine à nous. Entre un député impubère, un dépeceur ontarien, et une policière à barbe, c...
Voilà, c'est fini. C'est le temps des bilans et des palmarès, et on essaie d'illustrer notre Times Magazine à nous. Entre un député impubère, un dépeceur ontarien, et une policière à barbe, c...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
01:28 sur 31/12/2012
Grande leçon d'humilité et de charité de la part d'un homme qui n'a plus que son humanité. Cet homme vit l'évangile au delà de toute exigence. Quel chrétien pourrait en dire autant?
22:00 sur 30/12/2012
Je ne vois aucun commentaire à cette petite chronique. Les ``tas`` ne semblent intéresser personne. Pourtant nos vies citadines sont parsemés, de plus en plus au fil des années, de ces ``tas`` silencieux, tristes, abandonnés à leur sort. Quelques uns ont encore la force de tendre la main pendant que tant d'autres ont préféré renoncer, déployant ce qui leur reste d'énergie pour seulement survivre cachés là ou ils peuvent comme des rats. Oh bien sûr, nous avons tous déjà apporté notre petite contribution, une piasse par ci, une cigarette par là, pour alléger notre conscience... Mais combien partage ce gout amer, qu'une société a le devoir de s'occuper de ses citoyens dans la détresse. Ces tas sont des êtres humains brisés, pour mille raisons différentes qu'il nous appartient pas de juger. Ils ont les mêmes droits: respect et assistance. Que vaut vraiment une société qui ne veut plus s'occuper de nos semblables, pour la seule raison qu'ils sont exclus du système????
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Slash22
Quot homines, tot sententiae.
21:21 sur 30/12/2012
Touchant ! D`une tristesse indescriptible et surtout d`une vérité qui fait mal à l`âme de notre société. Quand on affirme que la rue est un piège... Et cette impression de liberté, une prison dans la tête !