Savignac

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Bobos

Publication: 03/02/2013 15:45

Bonjour, je suis de gauche. J'aime me présenter comme ça quand je rencontre quelqu'un, d'abord parce qu'il faut bien dire quelque chose, et puis dire "enchanté" me parait fortement prématuré. Ça me prend beaucoup plus qu'un nouveau visage et une poignée de main pour que j'atteigne l'enchantement; j'ai l'enchantement exigeant, j'ai le sourire dispendieux, je suis une joie à conquérir. Et puis surtout c'est vrai, je suis de gauche. Pas par fantaisie, pas par opportunisme, mais parce que je n'ai pas encore trouvé mieux.

J'ai tenté quelques expériences, de l'autre bord de mes convictions, mais sans succès. Je me suis associé brièvement aux préoccupations de mes patrons, j'ai évalué les vertus de l'ordre, du mérite et de la tradition, j'ai essayé de faire fructifier mon argent parce que je le vaux bien, j'ai caressé l'idée du luxe et favorisé mon moi, je me suis réduit l'empathie et j'ai arrêté d'acheter l'Itinéraire, et je suis même allé au spa. En vain. Je suis de gauche comme deux et deux font quatre mais pas tout le temps, je suis de gauche parce que je crois aux forces de l'inutile, je suis de gauche parce que mes rêves ne sont pas sur les tablettes chez Walmart.

J'ai dans mon entourage de vraies personnalités de gauche, très complexantes. À côté, je l'avoue, je ne suis qu'une merde, un gauchiste à temps partiel, un Che Guevara du dimanche. Occupy Wall Street, Printemps Érable, Idle no more, Communauto, Commensal, Pierre Lapointe, commerce de proximité, vélo d'hiver, 1%, Les Inrockuptibles, la pollution, le Mont-Royal, la forêt amazonienne, le Bixi, le Tibet, le gaz de Schiste, la guerre, Jorane, la marche à pied, la poésie ... ils sont de gauche, jour et nuit, même le vendredi soir, même à Noël.

Pour quiconque a déjà eu la chance inouïe et aujourd'hui encore sous-estimée de me lire ici ou ailleurs, d'aucuns diront que j'ai, plus souvent qu'à mon tour, embrassé tantôt l'une de ces causes, tantôt l'autre de ces colères, et que je me trouve bien mal placé tout d'un coup. Ce à quoi je vous répondrai: vous avez raison. Mais j'essaie de varier les plaisirs.

Oui il y a un lien idéologique entre le Tibet, les frais de scolarité, et le Bixi. Oui, sans aucun doute. Mais faut-il mettre tout cela dans la même bouche, dans la même idée, toujours, tout le temps?

Les gens de gauche nous nuisent, à nous, gens de gauche. Comme le plaisir devient douleur quand il a par trop longtemps duré, l'indignation fait long feu quand elle est martelée sans fin, et elle prend le trait grossier de la caricature. Je les invite à lâcher prise de temps en temps. Je les invite à me sacrer patience quand je prends mon auto. Je les invite à se relayer dans les manifestations pour éviter de montrer à rire toujours les mêmes gueules révoltées trop faciles à parodier.

Trop d'indignation tue l'indignation. Être de gauche n'est pas un métier, c'est une pensée collective, de plus en plus difficile à articuler tant le propos de la droite populaire est séduisant de simplicité réconfortante. La course au profit s'accélère et un monde inquiétant l'accompagne. Les forces de l'argent glorifient l'individu chaque jour un peu plus, et laissent toujours plus de monde sur le bord de la route. Le temps est à la vigilance, et seul un propos crédible pourra être entendu.

J'invite mes amis de gauche à bouffer du tofu et à pédaler au bio-diesel si ça leur chante, mais discrètement, s'il vous plait. j'invite mes amis de gauche à donner à réfléchir, pas à rire. Ce message m'est aussi adressé.

 

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Bonjour, je suis de gauche. J'aime me présenter comme ça quand je rencontre quelqu'un, d'abord parce qu'il faut bien dire quelque chose, et puis dire "enchanté" me parait fortement prématuré. Ça...
Bonjour, je suis de gauche. J'aime me présenter comme ça quand je rencontre quelqu'un, d'abord parce qu'il faut bien dire quelque chose, et puis dire "enchanté" me parait fortement prématuré. Ça...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
ombriere
11:31 sur 05/02/2013
je suis de gauche est j'en suis fier mais je ne le cris pas sur tout les toits à longueur de jour non,mais je cherche plutôt à le vivre au jour le jour sans brous ah ah. je cherche à avoir l'information juste pour une prise de position juste . je cherche les leaders qui ne sont pas trop obtus . je cherche les moyens de ne pas abuser d'autrui . en fait être de gauche est d'être un chercheur acharné. être de gauche est d'être modeste et humble devant les faits et gestes d'un monde en constante évolution .alors je cherche
21:58 sur 04/02/2013
Je suis debout et, quand je marche, je partage le trottoir.
Dans les transports en commun, il m’arrive de céder ma place.
Bref, je respecte mon prochain et parfois j’aide des inconnus dans le besoin.
Ce n’est pas de ma faute : c’est dû à mon éducation. Une tare atavique.
L’accès aux études supérieures, je le dois à mes parents, à ma société et à la confiance qu’ils ont placée en moi. Bien sûr, j’ai prouvé ma valeur : c’était le prix à payer pour mériter cet héritage.
Quand ma jeune épouse est morte du cancer, nous étions aux études à Ottawa. C’est pourquoi j’ai reçu une facture de l’hôpital : 425 000$. À 24 ans, je devais rembourser près d’un demi-million. J’ai refilé la note au gouvernement du Québec. À mes concitoyens. Et je n’avais rien fait pour mériter cette largesse.
Suis-je de gauche? Suis-je de droite?
Je regarde des deux côtés avant de traverser la rue.
Je ne suis ni de gauche, ni de droite.
Juste solidaire de mon monde, héritier d’une société éprise de justice sociale et ennemi juré des abuseurs et de leurs chroniqueurs mercenaires.
Comme Jules Fournier, Olivar Asselin et Jean-Charles Harvey en leur temps.
Pas plus que Victor Hugo dans ses « Misérables ».
Ni moins.
17:02 sur 04/02/2013
Je ne crois pas qu'il faut dire je suis de gauche pour légitimer ce qui va suivre. On peut, par exemple si c'était moi, dire simplement : je ne suis ni de gauche ni de droite parce que les idéologies c'est justement ce qui rend les gens simplistes et démagogues et c'est exactement le sens de vos propos alors... how about that?

Aussi, cette opposition gauche droite me rappelle le débat séparatiste ou fédéraliste, bon ou méchant croyant non croyant. Comme si le monde était noir ou blanc, comme à Hollywood.

Sylvain Allard
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00:25 sur 04/02/2013
Très juste. C'est tout de même étrange ce qu'une simple étiquette - être de gauche - peut charrier comme inférences automatiques. Une sorte de pôle qui oriente nos vies déboussolées. Et n'est-ce pas trop souvent instrumentaliser à des fins identitaires et égologiques tout un ensemble de questions qui devraient d'abord interpeller la réflexion sans souci d'affichage ostentatoire d'un certain style de vie? Nous faisons parfois écran aux causes que nous défendons en nous en parant comme d'un vêtement qui nous avantage. La cause devient spectacle et se confond avec tout le reste...
22:24 sur 03/02/2013
Je suis de gauche en certains domaines, de droite dans certains cas, au centre souvent. La vie est complexe, il y a tant de situations diverses qu’il me semble impossible d’avoir une solution universelle pour toutes. Être campé à gauche ou à droite c’est tordre la réalité qui ne se laisse pas faire. Quant à l’écriture du billet, le texte de monsieur Savignac, alors là, chapeau, un grand talent. À lire ne serait-ce que pour le style et au diable la gauche et la droite.
18:18 sur 03/02/2013
Comme disait Margaret thatcher : " Le problème avec la gauche est qu'un jour l'argent des autres vient à manquer"
18:16 sur 03/02/2013
Monsieur, j'adore votre style et la qualité de votre écriture est un pur ravissement.
Je trouve que vous avez pondu un article qui a le mérite d'être honnête, en plus de faire sourire. Je ne suis pas de gauche, je me situe plutôt au centre...ou centre-gauche? Je suis comme vous, je branle dans le manche. Franchement, la gauche irréaliste de QS, par exemple, me rebute. Même s'il est permis de rêver, je trouve qu'en politique le pragmatisme doit prédominer.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Pedro Individuo
18:15 sur 03/02/2013
"Je suis de gauche comme deux et deux font quatre"

Si deux et deux font effectivement 4, alors pourquoi êtes-vous encore socialiste? L'argent des autres finit toujours par manquer

" La course au profit s'accélère"

grâce au fétichisme du court terme encouragé par l'état et les keynésiens