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Zinedine Zidane, Alexandre Despatie et Gabriel Nadeau-Dubois

Publication: 10/08/2012 06:33

Berlin, le 9 juillet 2006, finale de la Coupe du Monde de soccer entre la France et l'Italie. Zinedine Zidane, milieu de terrain français, joue le dernier match d'une carrière qui l'a hissée au rang de demi-dieu planétaire.

La suite, on la connait, c'est cette révérence en queue de poisson. Ce geste qui a figé les amoureux du ballon rond dans une incompréhension dramatique sans précédent. L'idole, le génie, l'artiste assène ce coup de tête désormais passé à l'histoire à un Italien qui a dit les mots de trop.

Le lendemain matin, à la radio de Radio-Canada, Dany Laferrière, dans une chronique majestueuse, égale à chaque mot que prononce ou écrit cet homme-là, dira :

"Dans les anciennes fables plus sanglantes des frères Grimm, une fin avec un carton rouge était acceptable. Mais aujourd'hui, dans cette étrange époque où tous les humains semblent avoir bu durant leur enfance du lait de Disney, une fin qui ne soit pas rose est inacceptable. Tout doit bien finir. Nous devons aimer nos héros. Avant de les ranger dans le placard des bons souvenirs. Alors qu'est-ce qui reste pour Zinédine Zidane lui-même? "

Londres, le 7 août 2012, finale olympique du plongeon de trois mètres. Alexandre Despatie entreprend le dernier plongeon de sa série, mais aussi le dernier plongeon sous les cinq anneaux mêlés, couronnement d'une carrière exemplaire qui l'a hissée au rang de demi-dieu québécois, à la beauté si greco-lavalloise.

La suite, on la connait, c'est cette entrée à l'eau, en queue de poisson, et une onzième et improbable marche loin d'un podium qui n'en comporte que trois.

S'il avait grandi à Marseille, il aurait sûrement fait la peau du Chinois ou du Russe, au coin de la piscine, au hasard d'un regard trop appuyé. Mais en gendre idéal de banlieue cossue, son coup de tête, c'est sur la planche qui fit sa gloire qu'il l'a donné, quelques semaines plus tôt, en s'entrainant pour continuer, à tout prix, d'être formidable. Et de fendre en deux cette gueule d'ange.

Et de relire Dany Laferrière ... "Tout doit bien finir".

Il est abominable de notre part d'avoir espéré, voire exigé, la cicatrice suintante, qu'Alexandre Despatie fende l'eau à s'en éclater le crâne. On était prêt à voir couler le sang pour voir couler l'or. De la poudre d'or pour nos yeux à distraire du quotidien, de la poudre d'or à éparpiller sur un sandwich ravi.

Et de relire Dany Leferrière ... "Je crois qu'il y a des moments dans la vie qui n'appartiennent qu'à celui qui les vit. Et à personne d'autre. Ce moment où l'on refuse de jouer, c'est toujours un moment bête aux yeux des autres. Car que vaut l'image de la fierté réclamée par la collectivité face à la fierté intime de l'individu?"

J'aurais aimé qu'Alexandre Despatie nous dise merde, comme Zidane. J'aurais aimé qu'il jette le sandwich au bout de ses bras, qu'il s'assoie, qu'il nous sourie, et qu'il nous renvoie à nos héros. Et de relire Dany Laferrière, encore ... "La dignité, c'est justement le geste de Zidane pour récupérer un peu de son honneur. C'était son moment. Il a tout donné à son équipe. Là, c'était pour lui".

Et de saluer Gabriel Nadeau-Dubois.

 

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