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Quel avenir pour les jeunes Québécois de 25 à 40 ans?

04/07/2013 12:20 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT

Début mai 2013, j'accompagnais Philippe Couillard à l'un des nombreux évènements tenus dans le cadre de sa tournée des régions du Québec. Il s'agissait d'un petit 6 à 8 dans un bistro branché de la métropole, réunissant des jeunes de 25 à 40 ans.

Je n'apprendrai rien aux membres du Parti libéral du Québec, ni aux chroniqueurs politiques, en affirmant qu'il s'agit là d'un groupe hétérogène dont l'allégeance politique varie fréquemment et constitue donc un défi en terme de mobilisation pour toutes les formations politiques du Québec. Ce sont pourtant ces électeurs qui, j'en suis convaincu, donneront au Québec un gouvernement majoritaire stable. Les autres groupes d'âge ont souvent des préférences partisanes bien établies et bien sûr, une partie de la population n'exerce pas son droit de vote.

Qui sont donc ces jeunes qui ont grandi dans l'ombre du baby-boom? Les ayant côtoyés toute ma vie, laissez-moi vous en parler davantage.

Il s'agit bien sûr d'un groupe diversifié, composé de gens pour qui les projets familiaux ou de carrière sont déjà bien avancés ou sur le point de l'être. Mais j'affirmerais malgré tout qu'ils partagent trois grands principes en commun: la conviction que leurs aînés l'ont eu plus facile qu'ils ne l'auront, la crainte de devoir payer les factures liées à l'endettement collectif et au virage démographique, et l'impression que les services publics ont été conçus sans considération pour les réalités des familles d'aujourd'hui.

Depuis toujours parti de projets et de progrès, le PLQ a parfois du mal à bien saisir le sentiment de pessimisme qui afflige une partie des Québécois âgés de 25 à 40ans.

Les jeunes de 25 à 40 ans ont vu leurs grands-parents échapper à la pauvreté qui accompagnait jadis la vieillesse et leurs propres parents accéder à la propriété à des conditions sans précédent. Or, ils ont aujourd'hui l'impression que cette situation ne sera pas la leur. Ils ne sont pas tous démographes, mais ils savent fort bien qu'il y aura bientôt davantage de Québécois qui quitteront le marché du travail et ensuite le marché de l'immobilier qu'il s'en trouvera parmi eux pour les remplacer.

Au début des années 70, en effet, pour chaque 100 personnes qui s'apprêtaient à quitter pour la retraite, il se trouvait encore 305 jeunes prêts à les remplacer. Aujourd'hui, on est rendu à 98. Depuis un siècle au Québec, il s'est toujours trouvé plus d'acheteurs que de vendeurs sur le marché résidentiel. À Trois-Rivières et Saguenay, cela cessera d'être vrai d'ici 20 ans.

Si les jeunes Québécois étaient de jeunes Albertains, ils pourraient se convaincre que le gouvernement pourrait emprunter pour composer avec la démographie défavorable. Mais, au Québec, leurs aînés l'ont déjà fait pour eux.

Au moins, ils peuvent se dire qu'ils deviendront progressivement une denrée rare sur le marché du travail en de pareilles circonstances. Ils n'auront qu'à travailler fort, être productifs, faire beaucoup d'argent, et ainsi assumer la grosse facture du passé à même un niveau de vie bien supérieur à celui de leurs aînés. Voilà qui est vrai en théorie, mais hélas faux de plusieurs façons dans la pratique.

Certes, les Québécois de 25 à 40 ans sont plus éduqués que jamais dans notre histoire. Mais encore faut-il que les compétences qu'ils détiennent correspondent à celles dont les employeurs ont besoin, et qu'ils puissent les modifier et les enrichir avec l'évolution souvent rapide de la technologie et des pratiques d'affaires. Il faut que certains d'entre eux soient encouragés et outillés pour innover, investir, entreprendre. Et tout ça doit se produire sans qu'il devienne impossible d'élever une famille à travers ce parcours, sans quoi nous allons aggraver nos problèmes démographiques.

Or, il reste encore beaucoup d'obstacles sur la route de ceux qui veulent prendre le risque d'investir dans leur vie professionnelle. Les difficultés de l'entreprenariat sont bien documentées, tout comme les problèmes de conciliation familiale en milieu de travail. C'est moins connu, mais l'État québécois contribue aussi au problème. Dans l'accès au médecin de famille aux horaires du transport scolaire, dans la capacité de s'adapter aux besoins des familles atypiques ou aux réalités des régions, il manque encore cruellement de souplesse. Notre système fiscal, pour généreux qu'il soit envers les familles, finit pas pénaliser ceux qui accepteraient volontiers une formation et une promotion si seulement cela mettait davantage d'argent net dans leurs poches.

Récompenser l'effort, obtenir de la souplesse, prioriser les compétences, voilà trois grandes pistes sur lesquelles le PLQ est déjà lancé. S'il veut convaincre les générations de l'après baby-boom, il faut que le PLQ comprenne leurs appréhensions et partage leurs aspirations, c'est dans cette voie qu'il doit continuer. Il y trouvera des oreilles attentives, et la bouffée d'oxygène qui ne pourra que lui faire grand bien.

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