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La dangereuse fusion entre politique et religion

12/04/2013 07:25 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT
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BRASILIA, BRAZIL - MARCH 07: (BRAZIL OUT) The Pastor Marco Feliciano speaks at the Human Rights Commission on March 7, 2013 in Brasilia, Brasil. (Photo by Givaldo Barbosa/Globo via Getty Images)

Ils attirent les masses dans leurs églises, possèdent des médias et conquièrent du pouvoir à Brasilia. La montée des évangélistes au Brésil ne transforme pas seulement le paysage religieux, elle modifie aussi l'identité politique du pays. 14,2 % des députés fédéraux et 5 % des sénateurs forment ce qu'on appelle le Front parlementaire évangélique. Créée en 2003, cette coalition est un des groupes les plus proactifs du Congrès brésilien. L'élection d'un pasteur controversé à la tête de la Commission des droits humains et des minorités est la toute dernière démonstration de force de ce bloc déterminé à placer ses pions pour influencer la société.

Marco Feliciano, 40 ans, est député fédéral du Parti social-chrétien (PSC), en plus d'être président d'un mouvement spirituel affilié à l'Assemblée de Dieu, une église pentecôtiste réunissant 20 millions de fidèles, presque la moitié des 43 millions d'évangélistes du pays. Le 7 mars dernier, le pasteur a été choisi par ses pairs pour diriger la commission parlementaire chargée d'étudier et de proposer des projets de loi liés aux droits humains et aux minorités. Depuis, le cas Feliciano ne cesse de faire couler de l'encre, et pour cause, le personnage est connu pour ses déclarations polémiques.

Lorsqu'on donne aux femmes les mêmes droits que les hommes, elles veulent travailler et cela tue leur instinct maternel (...) et pour ne pas être mères, elles ne se marient pas ou ont des relations homosexuelles.

Le député du PSC est également convaincu que le sida est un «cancer de gai» et que les noirs sont «maudits de par leurs origines».

La malédiction que Noé lance sur son petit-fils, Canaan, se répand sur le continent africain, d'où la faim, les pestes, les maladies, les guerres ethniques!

Oui. Cet homme, qui se défend d'être homophobe et raciste, est responsable des droits humains au Brésil. Son invraisemblable élection est le fruit d'un jeu politique. Son parti soutient le gouvernement du Parti des travailleurs, qui lui, se doit de partager la direction des différents comités entre ses alliés. Le prix du pacte est élevé.

Les manifestations contre Marco Feliciano se multiplient, de Rio jusqu'à la diaspora de Paris. Une lettre ouverte réclamant sa démission a même été signée par plus de 200 pasteurs évangéliques et le Conseil national des églises chrétiennes s'est aussi positionné contre lui. Des leaders de partis, des artistes et des militants souhaitent le voir tomber, mais personne ne peut le destituer.

Feliciano a des appuis et il ne compte pas renoncer à ses nouvelles fonctions. En 2010, il a été élu avec plus de 211 000 voix, ce qui en fait le 12e député fédéral le plus voté de l'État de São Paulo. Certains rêvent même qu'il se porte candidat à la présidence du pays. Sa représentativité lui donne-t-elle le droit d'utiliser les institutions publiques pour prôner des convictions jugées rétrogrades par la majorité? Où est la limite de sa liberté d'expression?

Ce feuilleton qui dure depuis plus d'un mois aura au moins eu l'effet positif de provoquer un tourbillon d'idées dans une société qui a tendance à éviter le débat. En plus de raviver la discussion sur le mariage gai, cette confusion pousse les Brésiliens à réfléchir sur leur système politique et leur jeune démocratie. Même si le Brésil est une nation majoritairement chrétienne, la laïcité est un acquis valorisé. Le problème des députés du Front évangélique n'est pas leur allégeance à la religion, mais plutôt l'usage qu'ils en font. Marco Feliciano est pasteur avant d'être politicien et il place sa foi au-dessus de la justice, ce qui ne peut être toléré. Le risque de voir le Brésil se transformer en théocratie tropicale est nul, mais la situation actuelle démontre que les évangélistes sont là pour rester et progresser.

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Brazil Favelas