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Le patient en otage

Les consultations pharmaceutiques doivent être couvertes et gratuites pour tous et ainsi pouvoir efficacement aider à désengorger les cliniques médicales publiques.

18/07/2017 06:00 EDT | Actualisé 18/07/2017 06:00 EDT
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La pilule du lendemain fait l'objet depuis plus d'une décennie d'une consultation par les pharmaciens.

Magalie est une jeune étudiante bien occupée qui pense faire une infection urinaire. Ses symptômes ressemblent à ceux qu'elle a eus il y a 3 mois. Elle pensait aller à la clinique médicale quand son amie lui conseilla plutôt de consulter sa pharmacienne de famille qui pourrait peut-être lui prescrire des antibiotiques. La perspective d'éviter une longue attente en clinique médicale en cette période d'examens enchanta Magalie qui alla immédiatement consulter sa pharmacienne préférée.

Cette dernière l'informe qu'elle peut effectivement lui prescrire un antibiotique puisqu'elle satisfait les critères pour une consultation pharmaceutique. Mais elle lui précise qu'elle devra malheureusement payer des frais de 16$ pour la consultation, car il a été décidé que les frais de consultation pharmaceutique ne seront pas couverts par l'assurance médicale...

Magalie est une jeune femme très engagée pour les causes qui touchent à l'accessibilité en santé et à l'éducation. Elle trouve inacceptable de payer pour un soin qui devrait être couvert et décide donc qu'elle ira consulter un médecin.

En effet, au lieu que la consultation de votre pharmacien soit entièrement couverte puisqu'elle remplace une consultation à la clinique médicale, mais en beaucoup moins dispendieuse, il a été décidé de vous faire payer franchises et coassurances. Si ce n'est pas brèche dans la gratuité des soins, ça y ressemble beaucoup...

Pourtant le concept n'est pas nouveau. La pilule du lendemain fait l'objet depuis plus d'une décennie d'une consultation par les pharmaciens. Cette consultation passe sur l'assurance maladie pour tous et est couverte à 100%. Étrangement, il en a été décidé autrement pour les nombreuses consultations de la loi 41. Consultations pour infection urinaire, vaginose, prévention contre la malaria et diarrhée du voyageur, nausées en grossesse, vitamines prénatales et autres sont couvertes chez le médecin, mais pas chez le pharmacien...

Si la consultation en pharmacie était couverte par l'assurance médicale, ça aurait coûté 16$ au contribuable...

Deux jours plus tard, Magalie a enfin terminé ses examens, mais ses symptômes ont empiré. Aucune clinique ne peut la recevoir, elle se dirige vers l'urgence. 7 heures et plus de 800$ pour le contribuable plus tard, elle reçoit enfin une prescription pour son infection urinaire. Si la consultation en pharmacie était couverte par l'assurance médicale, ça aurait coûté 16$ au contribuable...

Ça aurait permis un accès immédiat aux soins, économisé presque 800$ au système de santé et désengorgé une urgence qui a certainement besoin de déléguer pour mieux répondre aux cas qui relèvent de sa compétence exclusive.

Après tout, qui irait en clinique privée si les cliniques publiques n'étaient pas engorgées à l'extrême?

Pourquoi un tel choix alors? Certains diront que mettre des bâtons, ou plutôt des franchises et coassurances, dans les roues ne profitent qu'à ceux qui veulent encourager le privé en santé. Après tout, qui irait en clinique privée si les cliniques publiques n'étaient pas engorgées à l'extrême? Et quel meilleur moyen de conserver ces cliniques publiques engorgées que de mettre des barrières monétaires aux consultations des pharmaciens qui sont facilement accessibles?

En ces temps de surplus budgétaires, espérons que le bon sens l'emportera et que les contribuables que nous sommes ne seront plus tenus en otage à devoir choisir entre des soins faciles d'accès et des soins gratuits.

Les consultations pharmaceutiques doivent être couvertes et gratuites pour tous et ainsi pouvoir efficacement aider à désengorger les cliniques médicales publiques qui pourront ainsi mieux desservir ceux qui relèvent de leur compétence exclusive.

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