Samuel Larochelle

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Le plongeon est-il un sport sexiste?

Publication: 22/06/2012 07:21

En croisant les affiches où l'on peut lire « Le féminisme? Plus actuel que jamais... » au cours des derniers mois, je me suis demandé si le domaine dans lequel j'évoluais offrait aux femmes et aux hommes des chances égales. Quelques secondes ont suffi pour réaliser que non seulement le plongeon était une discipline un peu sexiste, mais que trop nombreux sont les sports qui sont aussi pire, sinon plus!

Afin d'illustrer la notion de sexisme en plongeon, je pourrais facilement vous parler de toutes les femmes qui ont subi les commentaires de ceux qui prétendaient qu'elles n'avaient pas leur place en tant qu'entraineures et qui ont été obligées d'obtenir de meilleurs résultats que ceux des hommes afin d'être considérées, mais j'ai plutôt envie de m'attaquer au phénomène à un autre niveau : celui de la réglementation des fédérations et des organisations qui devraient prêcher par l'exemple du respect, de l'équité et de l'éthique dans le sport.

Le meilleur exemple de dichotomie des règlements du plongeon masculin et féminin se résume à un élément bien simple: comment se fait-il que chez les plongeurs seniors, les hommes doivent faire six plongeons, alors que les femmes sont limitées à cinq? Est-ce dire que les plongeuses n'ont pas les capacités nécessaires pour apprendre la technique d'une nouvelle figure? Ou encore qu'elles ne possèdent pas l'énergie suffisante pour remonter sur le tremplin ou la plate-forme une fois de plus en compétition? Dans un sport où TOUT peut changer avec un seul plongeon, cette réglementation ne fait rien d'autre qu'handicaper les athlètes de sexe féminin.

De toute évidence, un parallèle peut être fait avec le monde du tennis, où les femmes doivent remporter deux manches sur un maximum de trois, alors que les hommes ont plutôt la commande d'en gagner trois sur cinq, dans les tournois du Grand Chelem (Open d'Australie, Roland Garros, Wimbledon, US Open). Rappelons-nous aussi les fameux courts de Roland Garros qui ont déjà été dotés d'une terre battue rose fuchsia, question de faire survivre les paradigmes archaïques des couleurs traditionnellement associées à la gent féminine.

Mentionnons également le sort des femmes en boxe - dont le statut professionnel a été créé en 1998 seulement - qui ont évité de justesse l'obligation de porter la jupette lors de la première participation de la boxe féminine aux Jeux olympiques de Londres. Avant de plier aux critiques de plusieurs de ses athlètes, l'Association internationale de boxe amateur voulait imposer le port de la jupe aux compétitrices afin de les DISTINGUER de leurs homologues masculins. Les boxeuses auront finalement la possibilité de porter un short ou une jupe, à leur préférence.

Même combat pour les joueuses de badminton, alors que la Fédération internationale a reçu plusieurs objections formulées par la Chine, l'Indonésie, l'Inde, le Danemark et la Suède, qui s'opposaient à ce que les femmes doivent porter des jupes ou des robes. Au moment de changer leur règlement, les responsables de la fédération se sont défendus d'avoir une position sexiste, affirmant que leur choix était un souci de «style et d'esthétique» afin d'attirer plus de public.

Situation similaire au volleyball de plage : le marketing entourant la pratique sportive imposait jusqu'à tout récemment de porter un bikini extra moulant, au lieu d'un short et d'un maillot à manches. Imaginez qu'une femme soit le moindrement pudique et qu'elle décide de quitter son sport en raison du costume qui fait d'elle un objet sexuel visant à vendre des billets.

Au softball, la distance entre la plaque du lanceur et le marbre est plus petite chez les femmes à partir de la catégorie midget, étant de 43 pieds au lieu de 46 chez les hommes. La distance des clôtures est elle aussi différente, alors qu'elles varient entre 220 et 235 pieds chez les femmes, au lieu de 225 à 265 pieds chez les hommes, afin d'augmenter les chances de circuits.

Attardons-nous également au nombre d'années qui séparent l'entrée des hommes et des femmes aux Jeux olympiques : 1896 pour les hommes et 1984 pour les femmes en cyclisme sur route, 1900 pour les hommes et 2000 pour les femmes en waterpolo, 1900 pour les hommes et 1976 pour les femmes en aviron, ainsi que 1934 pour les hommes et 1976 pour les femmes en basket-ball.

De son côté, le soccer féminin semble croire à la nécessité de casser l'image de « tomboy » de ses joueuses afin d'attirer davantage de spectateurs. Le meilleur exemple (lire ici : le plus désolant) : certaines joueuses de l'équipe féminine allemande de soccer ont posé pour Playboy afin de promouvoir la Coupe du monde 2011 et montrer « que les joueuses de soccer ne sont pas toutes des lesbiennes butch et laides ».

Avec les Jeux olympiques de Londres qui débutent dans près d'un mois, les yeux du monde entier seront tournés vers les différents sports d'été. L'occasion est donc offerte à ses dirigeants de laisser aux vestiaires la sinistre croyance voulant qu'il faille changer les règles pour les femmes. Par le fait même, peut-être pourront-ils prendre des notes afin d'uniformiser la pratique sportive lors des éditions futures.

Oh, aussi, avant de vous quitter, je m'en voudrais de ne pas vous lancer une autre question franchement préoccupante : à quand les hommes en gymnastique rythmique et en nage synchronisée?

Texte publié sur TVGO. Les archives du blogue sont disponibles ici.

 
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