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Stimuler l'estime de soi et les qualités de <i>leadership</i> chez les filles

25/03/2013 04:43 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT
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Portrait of a young woman pulling her long brown hair across her face. Female is unrecognizable.

Les filles qui grandissent au Canada se font dire qu'elles peuvent être tout ce dont elles rêvent dans la vie. Or, la réalité est toute autre.

Un rapport pancanadien publié récemment sur les principales difficultés auxquelles les filles font face au Canada démontre que nombre de filles subissent encore de la violence et possèdent une faible estime de soi, une situation qui entraîne parfois de graves conséquences, et ce malgré le fait qu'elles ont accès à des possibilités sans précédent en matière d'éducation.

L'étude souligne qu'à l'adolescence, l'estime de soi diminue de façon plus marquée chez les filles que chez les garçons. Les filles consomment aujourd'hui plus de drogues et d'alcool que les générations antérieures, et les filles âgées de 10 à 14 ans sont cinq fois plus à risque que les garçons de se retrouver à l'hôpital à la suite d'une tentative de suicide. En Colombie-Britannique, un cinquième des adolescentes s'automutilent.

Le bien-être des filles doit être une préoccupation nationale.

Selon de récentes recherches, l'estime de soi est une question des plus importantes. Parmi les filles de la sixième à la dixième année scolaire qui pensent être trop grosses, seulement la moitié d'entre elles affichent un réel surpoids. De plus, le dixième des adolescentes de l'Ontario est convaincu qu'elles « ne valent rien » comme personnes.

L'estime de soi est façonnée par des messages cachés qui proviennent des parents, des pairs et des médias et qui dictent aux filles les modèles auxquels elles doivent ressembler et les comportements qu'elles doivent adopter.

Les filles qui détonnent ou qui sont marginalisées pour diverses raisons, comme le fait d'être autochtones, racisées, lesbiennes ou bisexuelles, risquent davantage de vivre une détresse émotionnelle, de tenter de se suicider ou d'être maltraitées.

La pression que subissent les filles aujourd'hui est plus grande et provient de multiples sources. Elles doivent être à la fois gentilles, intelligentes, serviables, sexy et libérées. En plus, les filles racisées et autochtones doivent composer avec les stéréotypes raciaux. Déroutant? Absolument.

Les filles qui ont une faible estime de soi peuvent se sentir obligées d'avoir des relations sexuelles précoces. Dans une étude récente, plus du quart des filles des écoles secondaires ontariennes ont dit avoir vécu un acte sexuel après avoir subi des pressions, et ce même si elles ne le désiraient pas.

Les filles subissent des formes de violence plus subtiles, qui passent inaperçues. Les commentaires à caractère sexuel lancés dans les corridors et l'intimidation peuvent s'avérer bien plus que des plaisanteries. Nous dirons peut-être que « les garçons sont des garçons », en minimisant l'importance de ces incidents. Mais le fait est que le quart des filles canadiennes affirment qu'elles ne se sentent pas en sécurité à l'école.

Les filles qui vivent un traitement insupportable à l'école et qui passent entre les mailles du filet risquent d'avoir de tristes perspectives d'avenir. Le revenu des filles qui décrochent avant de terminer leur secondaire sera deux fois inférieur à celui des jeunes décrocheurs masculins.

Au-delà de ces faits choquants, certaines données témoignent de l'admirable résilience de plusieurs, par exemple celle des filles immigrantes. Comparativement aux filles nées au Canada, elles sont plus nombreuses à continuer de fréquenter l'école malgré l'intimidation et la discrimination qu'elles vivent.

L'éducation des filles est un bon investissement. Pensez à ce que les filles qui ont un pouvoir d'agir peuvent apporter sur le plan économique, sans compter les solutions novatrices qu'elles concevront en tant que futures leaders. De plus, les problèmes de santé mentale et la violence entraînent des coûts élevés pour la société. Par exemple, selon les estimations, la violence sexuelle à l'endroit des enfants, laquelle touche davantage les filles, coûte au Canada 3,7 milliards de dollars par année.

La solution? Nous devons changer le monde dans lequel les filles grandissent et augmenter leur pouvoir d'agir de façon à ce qu'elles deviennent elles-mêmes des artisanes du changement.

Nous ne pouvons pas minimiser les difficultés que vivent les filles en pensant qu'une meilleure estime de soi résoudra tout. Les politiques et les programmes qui visent à améliorer la santé des jeunes et à réduire la violence doivent tenir compte des filles.

Nous avons besoin de multiplier les espaces sécuritaires pour les filles au sein de nos collectivités, où elles pourront découvrir leurs forces. Les filles ont tendance à intérioriser leurs difficultés. Dans des groupes de filles bien conçus, elles prennent conscience qu'elles ne sont pas seules et trouvent l'inspiration nécessaire pour provoquer des changements. Les recherches confirment que les programmes pour filles axés sur les actifs et les compétences sont beaucoup plus efficaces que les interventions qui ne font que les prévenir des dangers sur leur parcours.

L'esprit critique constitue le meilleur outil que les filles peuvent recevoir. Il les l'aidera à détecter les messages cachés qui dictent ce qu'une fille et une femme sont censées être. En offrant aux filles des modèles positifs et la possibilité de s'exprimer dans leur communauté, nous les aidons à atteindre leur plein potentiel.

Les filles peuvent être tout ce qu'elles désirent. Les filles dotées d'un pouvoir d'agir contribueront à améliorer la santé, l'équité et la sécurité des collectivités, de l'économie et de l'environnement du pays.

Mais d'abord, nous devons diminuer les obstacles qui entravent leur chemin et leur donner l'espace dont elles ont besoin pour courir.

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