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La dureté du mot-clic #moiaussi

Devant tant de mots-clics #moiaussi, la seule réponse possible est #onvouscroit.

17/10/2017 13:34 EDT | Actualisé 17/10/2017 13:34 EDT
Getty Images/EyeEm
On n’arrive pas à se souder, à se protéger, à prévenir, à stopper ces situations.

Je regarde la multitude de mots-clics #moiaussi (#metoo) et je trouve ça effarant. C'est une vague déferlante de témoignages et de confirmations d'une dure réalité concernant la culture du viol et l'échec de notre société à intervenir dans des situations d'agressions et de harcèlement.

C'est là, avec ces milliers de #moiaussi, qu'on peut saisir l'ampleur du problème. En sachant pertinemment que des milliers d'autres ne le revendiquent pas, et que nous ne voyons que la pointe de l'iceberg. On ne peut plus nier. On se rend compte que ça affecte tellement de vies. Que personne n'est à l'abri. Que ce n'est pas quelque chose de rare. Que tout ça n'a rien de banal.

Parce que c'est souvent ça le problème. Quand tu vis ce genre de situation, c'est ce que tu te fais beaucoup trop souvent dire : dans le fond, c'était banal. Quand c'est une blague ou un geste, ou une insistance ou une menace... Ben voyons, tu capotes! T'as don ben pas d'humour! C'était juste une blague. Ou encore tu t'es surement imaginé quelque chose là où il n'y avait rien au fond.

On rit nerveusement et on passe à autre chose en essayant d'oublier, comme la plupart des autres témoins et victimes.

Donc, on n'insiste pas ou pire, on en parle jamais. Parce qu'on ne veut pas donner de l'importance, on ne veut pas avoir l'air de celle qui chiale pour rien, on ne veut pas se faire traiter de fille platte, on ne veut pas se faire traiter de féministe. On ne veut pas perdre sa job, ou sa réputation. On ne veut pas déranger. On ne veut pas faire de vagues et être catégorisée comme étant celle qui dramatise. Donc, on rit nerveusement et on passe à autre chose en essayant d'oublier, comme la plupart des autres témoins et victimes.

Quand on se fait traiter de salope parce qu'on ne veut pas sourire a un inconnu dans la rue. Quand un mononcle a les mains longues et que toutes les cousines se passent le mot parce que les adultes banalisent et se ferment les yeux. Quand c'est un boss ou un collègue et que tout le monde tourne ça à la rigolade. Quand on se fait taponner dans les transports en commun parce que l'anonymat protège les pervers. Quand on se fait agresser par un homme et que tout le monde prend son parti. Quand des hommes connus, ayant du pouvoir, agressent et harcèlent des femmes en série pendant des années avant que quelqu'un dise quelque chose. Et qu'au final, il ne se passe rien.

Le problème, c'est qu'on entend trop souvent par la suite que tout le monde savait.

Le problème, c'est qu'on entend trop souvent par la suite que tout le monde savait. Les gens savaient, peut-être pas tout, mais ils savaient. Et ils ont laissé couler. Ce n'était qu'une blague ou une fabulation. C'était exagéré. Une autre drama queen.

Imaginez, même quand c'est une agression, un gros viol sale, quelque chose de clairement violent. Quelque chose qui ne laisse pas de doute. Quelque chose qui ferait une bonne histoire dans une série télé, question d'ajouter à l'axe dramatique d'un personnage féminin. Même quand c'est ça, on regarde toujours du côté de la victime pareil. Elle l'a peut-être cherché. Banaliser, chercher un contexte, trouver des excuses et adoucir les faits est trop souvent le premier réflexe, au détriment des victimes. Parce que c'est les culpabiliser en niant leur traumatisme.

On n'arrive pas à se souder, à se protéger, à prévenir, à stopper ces situations.

À voir autant de mots-clics, je ressens comme une vague de solidarité, mais surtout de tristesse pis de colère aussi. Frustrant de se dire qu'on est toutes là, mais qu'ensemble, on y arrive pas. On n'arrive pas à se souder, à se protéger, à prévenir, à stopper ces situations.

Devant tant de mots-clics #moiaussi, la seule réponse possible est #onvouscroit. Et être solidaires. Là, mais surtout lors de la prochaine fois où on sera témoins, la prochaine fois où on sera tentés de banaliser à la suite de confessions d'une victime. Parce que ça laisse toujours des traces. Les cicatrices se ferment, mais ne s'effacent pas.

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