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Le Québec face à la menace islamiste et le besoin d'intégration

01/02/2015 11:01 EST | Actualisé 04/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

« Des mouvements islamistes, soutenus par les tribunaux occidentaux, tentent d'empêcher toute critique à l'égard de l'islam. Il faut savoir résister à ce vent d'inquisition dans l'intérêt même de l'humanité. Les juges occidentaux qui soutiennent cette inquisition sont de véritables idiots utiles qui exposent leurs propres pays aux pires dangers.» - Sami Aldeeb, juriste européen d'origine palestinienne et de nationalité suisse (2014)

« Le Canada n'a pas compris les leçons du 11 septembre [aux États-Unis]. (...) Le pire est devant nous. Il n'est pas derrière nous. Notre évaluation est qu'il va se passer quelque chose. Nos sismographes - malheureusement, on ne s'est jamais trompé - nous le disent. (...) C'est cependant l'Europe qui risque d'abord d'être visée la prochaine fois. » - Jean-Louis Bruguière, juge français spécialiste reconnu mondialement de la lutte antiterroriste (2014)

« Notre pays (c.-à-d. la Grande-Bretagne) est encore, en théorie, un pays libre, mais les attaques culpabilisantes de la rectitude politique sont telles que beaucoup d'entre nous tremblent à la pensée de donner libre cours à des vues parfaitement acceptables par crainte d'une condamnation. La liberté d'expression est ainsi mise en péril, de grandes questions sont débattues et de gros mensonges sont reçus, sans équivoque, comme de grandes vérités. » - Simon Heffer, journaliste britannique, auteur et commentateur politique (2000).

Les attentats terroristes à Paris le 7 janvier 2015 contre le magazine satirique Charlie Hebdo, et qui ont fait 17 morts, ont soulevé de nombreuses questions, notamment en ce qui concerne les libertés fondamentales dans une société ouverte et démocratique face au terrorisme islamique et en ce qui concerne l'intégration des immigrants, et, en ce qui concerne les politiques gouvernementales en général pour relever ces défis.

1. Réaffirmer les libertés fondamentales

Depuis les évènements malheureux du début de janvier à Paris, certaines voix se sont fait entendre pour restreindre la liberté d'opinion, la liberté d'expression et la liberté de la presse dans nos sociétés démocratiques. Il existe même une démarche en ce sens qui est en cours de la part des dirigeants de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJ).

Ce ne serait pas la première fois qu'une agence gouvernementale se détourne de son mandat principal pour poursuivre des objectifs secondaires, ces derniers pouvant entrer en contradiction directe avec sa raison d'être. En effet, cela peut se produire, par exemple, si une commission des droits de la personne, dont le mandat principal est de défendre les libertés fondamentales des personnes, décidait plutôt de limiter l'exercice de ces libertés individuelles pour renforcer le pourvoir de certaines organisations ou celui de certains systèmes idéologiques ou religieux, lesquels organisations ou systèmes nient souvent, dans les faits, ces mêmes libertés individuelles fondamentales.

Ainsi, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec stipule bien que « toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d'association. » (art. 1, par. 3). La Charte canadienne des droits et libertés y ajoute expressément la « liberté de la presse et des autres moyens de communication », une disposition qui semble avoir échappé aux rédacteurs de la Charte québécoise (même s'il y est dit qu'elle peut s'appliquer quand un droit ou une liberté de la personne n'y est pas inscrit ! - article 50).

Un problème peut survenir, eu égard aux grands principes de liberté individuelle, lorsqu'une instance bureaucratique de surveillance, sous la pression politique de groupes bien organisés, souhaite assujettir leur application concrète à trop de limitations, trop d'exceptions et trop d'exemptions.

À terme, on peut tellement multiplier les limitations, les exceptions et les exemptions à nos libertés que cela peut équivaloir à nier, en pratique, la possibilité d'exercer des libertés individuelles qu'on a autrement érigées en principes. Comme le dicton le dit bien, « définir, c'est limiter », et trop vouloir définir dans le détail équivaut à limiter la portée de ce que l'on définit. En d'autres termes, l'enfer est pavé de bonnes intentions !

Or, je crains fort que ce soit précisément ce genre d'excès de zèle bureaucratique qui afflige présentement les dirigeants de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), cette dernière étant chargée de l'application de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

Les dirigeants de la CDPDJ, en effet, ont récemment demandé au gouvernement du Québec des amendements à ladite Charte qui équivaudraient, s'ils étaient adoptés, à réduire considérablement et indûment la liberté d'expression critique des religions établies. Dans une société démocratique, on ne peut soustraire de la pensée critique et de la libre expression tout un champ de l'activité humaine sans restreindre indûment les libertés individuelles. Il s'agit d'un précédent dangereux à éviter et à repousser.

À titre d'exemple, les Nations Unies ont toujours repoussé, et à juste titre, les pressions venant des pays islamiques, la plupart non démocratiques, visant à faire adopter une exception à la Déclaration des droits de l'homme et à la liberté d'expression «le fait de prendre pour cibles les symboles religieux et les personnes vénérées».

De prime abord, l'intention des dirigeants de la CDPDJ peut sembler louable, soit vouloir interdire d'une manière explicite, au-delà des dispositions existantes à cet effet dans le Code criminel canadien, « les propos haineux qui ciblent les membres de groupes en raison notamment de leur sexe, leur orientation sexuelle, leur origine ethnique, leur race ou leur religion ».

En ce qui concerne les caractéristiques physiques immuables que sont le sexe, l'orientation sexuelle, l'ethnie et la race des personnes, des dispositions pour empêcher la discrimination existent déjà dans les textes juridiques et une telle addition apparaît superflue.

De même, en ce qui concerne l'appartenance ou non à une religion quelconque, le droit d'association et le droit de pratiquer une religion (ou non) existe déjà dans les chartes des droits et libertés.

Par contre, le fait d'introduire formellement dans la Charte québécoise une disposition explicite permettant à quiconque de porter plainte contre toute opinion critique d'une religion établie à laquelle il souscrit, et qui lui déplait, m'apparaîtrait être une restriction indue à la liberté d'opinion, à la liberté d'expression et à la liberté de la presse dans une société ouverte et démocratique. Si un tel amendement était adopté, la CDPDJ deviendrait une sorte d'instance protectrice des systèmes idéologiques religieux, en contradiction avec son mandat d'éviter que les libertés fondamentales des personnes ne soient indûment érodées ou violées.

En effet, dès qu'une personne exerce son esprit critique et émet une opinion quelconque en démocratie, elle se trouve inéluctablement à froisser certaines autres personnes qui ont une opinion ou des intérêts contraires. C'est pourquoi on se doit d'être prudent face aux demandes d'encadrement de l'exercice des libertés fondamentales de manière à poursuivre l'objectif utopique d'empêcher que l'exercice de ces libertés ne froisse les susceptibilités de personne. Cela est impossible sans de facto restreindre ou même, à terme, supprimer la liberté d'opinion et la liberté d'expression. On connaît trop de pays qui ont sur papier une constitution parfaitement démocratique, mais qui sont, dans les faits, des régimes répressifs.

En fait, on a affaire ici à un stratagème sournois pour nier dans les faits des pans entiers de libertés fondamentales, au-delà des balises déjà prévues pour empêcher la diffamation, l'atteinte à la réputation et les incitations à commettre des crimes.

Il ne faudrait quand même pas, au Québec, que l'on introduise par la bande le fameux « délit d'opinion » que l'on retrouve dans certains pays totalitaires. On a même sous les yeux, ces jours-ci, le cas répugnant du jeune blogueur Raif Badawi que l'Arabie Saoudite a condamné à la prison et fouetté pour ses idées et ses opinions, après que la « police de la religion » dans ce pays arriéré l'eut condamné pour « insultes à l'islam ».

Le droit de critiquer ouvertement les religions établies et leurs systèmes idéologiques ou moraux fait partie de la liberté d'opinion, de la liberté d'expression et de la liberté de la presse. Il faut donc être vigilant et éviter l'érosion graduelle des libertés fondamentales des personnes, n'en déplaise à certaines organisations peu démocratiques. Sur ce plan, le Québec n'est toujours pas pour copier l'Arabie saoudite !

J'inviterais donc le gouvernement du Québec à opposer une fin de non-recevoir à la demande des dirigeants de la Commission des droits de la personne et à les inviter plutôt à se concentrer sur leur mandat prioritaire qui est de défendre la pratique des libertés fondamentales des individus et non des organisations et des systèmes idéologiques discutables.

2. Une révision en profondeur de certaines politiques gouvernementales s'impose

Sur un plan plus général, j'inviterais aussi le gouvernement du Québec, non seulement à adopter des mesures de lutte à l'intégrisme religieux et à proscrire, par exemple, les appels au meurtre que sont les fatwas religieuses, ce qui est un besoin criant, mais aussi à prévoir des mesures premièrement, pour favoriser concrètement l'intégration des immigrants au Québec, et deuxièmement, pour éviter que le terrorisme islamiste ne trouve dans l'avenir un terreau fertile chez nous.

À ce sujet, j'inviterais le gouvernement à revoir les critères de sélection des immigrants désirant venir s'établir au Québec. De toute évidence, les vieux critères laissent à désirer et on sait maintenant qu'ils peuvent être porteurs d'effets sociaux et économiques néfastes.

Dans le contexte de libre-échange qui est le nôtre depuis 1989, lequel a profondément transformé le marché du travail et rendu beaucoup moins souhaitable que dans le passé l'importation de main d'œuvre bon marché, et avec la généralisation de l'automatisation, de la robotisation et des nouvelles technologies, lesquelles exigent moins de main-d'œuvre qu'auparavant, le Québec tout comme le Canada d'ailleurs n'ont aucunement besoin d'une immigration de masse, mal intégrée et qui mène au chômage, mais plutôt d'une immigration réduite et davantage ciblée en fonction de leurs intérêts économiques, démographiques et sociaux.

En fait, dans le contexte actuel, trois critères devraient prévaloir au Québec avant qu'une personne n'obtienne le statut de résidant permanent:

  1. Une volonté manifeste de s'intégrer dans la société d'accueil, en accordance avec ses valeurs démocratiques fondamentales ;
  2. Une connaissance adéquate de la langue française, ou une obligation de l'acquérir dans les meilleurs délais ;
  3. Une adéquation entre les besoins réels de main-d'œuvre des employeurs et les compétences et qualifications des candidats.

Et surtout, on devrait tirer leçon des erreurs du passé et de l'expérience malheureuse vécue présentement en Europe, notamment en France et en Belgique, mais aussi en Grande Bretagne et dans d'autres pays européens, ces derniers étant aujourd'hui aux prises avec des problèmes sociaux et économiques majeurs, presque insolubles.

En France, en particulier, on se met maintenant à parler ouvertement de « ghetto » et de « ségrégation », voire d'« apartheid territorial, social, ethnique » dans certains quartiers de villes françaises ! Et c'est le premier ministre Manuel Valls qui le dit ! Du jamais vu. C'est l'aveu public d'un échec majeur des politiques gouvernementales françaises des trente dernières années. On fait allusion ici, entre autres, à la politique française d'une immigration massive, sélectionnée selon de mauvais critères et mal intégrée à la société française.

Il est vrai qu'il y a quelques années, en 2005, le ministre français de l'Intérieur du temps, Nicolas Sarkozy, avait déjà parlé de « zones de non-droit. » Mais alors on parlait encore de simple « délinquance », et non pas de terrorisme islamique organisé en terre française. Mais aujourd'hui, les tabous politiques et intellectuels commencent à tomber devant une réalité que personne ne peut plus nier.

Les politiciens français commencent, en effet, à s'ouvrir les yeux. Il serait sage que nos politiciens en fassent autant. Car, ne nous méprenons guère. Nos gouvernements ont poursuivi les mêmes politiques désastreuses que celles adoptées en France et dans d'autres pays européens au cours des dernières trente années. Ce n'est qu'une question de temps avant que les mêmes causes ne produisent ici les mêmes effets. Tous les signes avant-coureurs sont d'ailleurs présents, et il ne faudrait pas faire surtout comme si les attentats terroristes d'Ottawa n'avaient pas eu lieu !

Il est quand même dommage que le terrorisme islamique, bien organisé et bien financé de l'extérieur, frappe et tue avant que les politiciens n'abandonnent leur aveuglement et leur immobilisme et ne s'ouvrent les yeux. Et surtout, ils ont le devoir de rejeter la rectitude politique en tant qu'inspiration des politiques gouvernementales. La prudence la plus élémentaire, en effet, veut qu'on agisse avant qu'il ne soit trop tard et avant que le mal ne soit irréparable.

La responsabilité en la matière n'est pas seulement celle du monde politique, quoique celle-ci soit grande, mais elle est aussi celle de l'ensemble de la société, et en particulier des médias, des éditorialistes, du monde des affaires, des intellectuels, des universitaires, des artistes et de chaque citoyen et de chaque citoyenne. Il faut avoir une vision de quelle sorte d'avenir sombre nous préparons collectivement pour nos enfants si nous posons le mauvais diagnostic et si nous refusons d'agir.

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