LES BLOGUES

Phénix, à qui la faute?

«Les gouvernements sont obsédés par la reddition de comptes, non pas dans un soucis de transparence, mais de protection.»

06/12/2017 19:47 EST | Actualisé il y a 3 heures
OtmarW via Getty Images

La triste saga de Phénix et des torts faits aux fonctionnaires fédéraux est le symptôme d'un mal bien plus profond. Les gouvernements sont obsédés par la reddition de comptes, non pas dans un soucis de transparence, mais de protection. Il faut pouvoir répondre aux questions du vérificateur général et des journalistes, et si possible baisser les coûts de fonctionnement de certains ministères. Cela induit un comportement schizophrène dans lequel on tente de faire cohabiter la microgestion et le désir de contrôle global et total.

L'inefficacité qui en résulte entraîne perte de temps, frustrations, et augmentations des coûts. Cela conduit souvent à chercher la solution dans la consolidation, le regroupement, la centralisation, sous prétexte d'économie d'échelle. L'exemple du système de santé du Québec en est un triste exemple.

Que les conservateurs aient été séduits par les promesses de Phénix n'est pas étonnant, compte tenu de leurs lubies budgétaires, et leur propension au contrôle de l'appareil gouvernemental.

Un autre exemple. Il y a quelques années, le gouvernement fédéral a créé «Services partagés Canada» (SPC) centralisant et gérant tous les services en TI du gouvernement. En minimisant les choix en matériel et en logiciels, en centralisant tout depuis Ottawa, sur une base de recouvrement de coûts, SPC rend difficile et lourde la prestation de service au niveau local, en plus de compliquer la vie de tous ceux qui ont besoin d'équipements spécialisés. Le système de paye Phénix est actuellement hébergé dans des installations sécurisées gérées et exploitées par Services partagés Canada. L'application est sous la responsabilité de Services publics et Approvisionnement Canada.

Que les conservateurs aient été séduits par les promesses de Phénix n'est pas étonnant, compte tenu de leurs lubies budgétaires, et leur propension au contrôle de l'appareil gouvernemental dont ils se méfiaient au plus haut point. Le fait que le gouvernement dans son ensemble, fonctionnaires compris, ait été si lamentable dans la gestion de la situation ne devrait pas surprendre non plus. En effet, le gouvernement fédéral a un lourd passif dans le domaine des TI. Au passage de l'an 2000, une véritable paranoïa s'est emparée du gouvernement au grand bonheur d'une multitude de consultants et autres spécialistes des TI. Des sommes importantes ont ainsi été dépensées sans raison valable.

Les cadres qui ont approuvé l'implantation de Phénix sont les responsables ultimes de la catastrophe.

Le fiasco du registre des armes à feu est dû, en plus des fausses déclarations volontaires encouragées par les conservateurs, à une incompétence crasse dans le choix et l'implantation de logiciels. Par exemple plusieurs ministères et organismes fédéraux se sont fait imposer l'utilisation d'un progiciel, conçu pour la gestion d'entreprises et totalement inadapté aux besoins d'organismes gouvernementaux.

Les cadres qui ont approuvé l'implantation de Phénix sont les responsables ultimes de la catastrophe. Peu après l'arrivée au pouvoir des libéraux, et fort probablement dans le but d'atteindre leurs objectifs annuels et le bonus qui vient avec, ils ont recommandé de poursuivre l'implantation, malgré les problèmes rencontrés dans les phases de test et non résolus. Comme le vérificateur général l'a mentionné, le gouvernement libéral a été lent à réaliser l'ampleur de la catastrophe, mais ce qui est fait est fait.

En plus de gérer la situation actuelle, il faut surtout penser à l'avenir. Il y a une culture de contrôle et de méfiance qu'il faut changer, dans les gouvernements, comme dans certaines entreprises. Le mieux est l'ennemi du bien. Le désir de contrôle et la quête d'économies d'échelle ne peut que se transformer en paralysie et économies de bouts de chandelle.