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Wonderball: le spectre de Kennedy

08/11/2014 08:49 EST | Actualisé 08/01/2015 05:12 EST

J'aime les complots. Ceux qui suivent la chronique depuis longtemps ne sont pas surpris de cette révélation. Je ne suis pas conspirationniste, mais il faut reconnaître que le complot est un fabuleux moteur pour de passionnantes intrigues, surtout lorsqu'elles se consacrent à deux des conspirations les plus populaires de notre imaginaire collectif : L'assassinat de J.F.K et le trésor des Templiers.

22 novembre 1963

San Francisco 1985. La plus européenne des villes américaines se la coule douce en ces années Reagan. Tout va bien sous le chaud soleil de la côte ouest. Soudainement en plein centre-ville, des détonations fendent l'air et font 9 victimes parmi les passants. Chargé d'enquêter sur la tuerie l'inspecteur « Wonderball » Spadaccini, un émule de Dirty Harry, découvre sur le toit où se logeait le tueur, les douilles provenant d'une arme. Un carcan, la même qu'avait Lee Harvey Oswald le 22 novembre 1963. Et si ?

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À partir de cette simple et possible corrélation, Duval, Pécau et Wilson réalisent une sympathique et surprenante enquête policière qui nous plonge au cœur d'un vaste complot qui mêle assassinat présidentiel, programme de super tueurs et société secrète ultra-catholique aussi obscure qu'étanche. La combinaison parfaite pour élaborer une conspiration fascinante, qui titille l'intérêt de tout amateur de complot et de suspense.

Duval et Pécau qui écrivent depuis plusieurs années la série Jour J, une uchronie bien ficelée publiée aux éditions Delcourt, s'amusent comme des petits fous dans cette traque où les indices et les sonneurs d'alarme disparaissent les uns après les autres devant un Spadaccini aussi obstinés que dépassé par l'ampleur de la conspiration. Les deux scénaristes, tel le Petit Poucet perdu dans la sombre forêt, sèment tout au long des pages des petits cailloux pour bien baliser notre chemin.

Appuyés par le dessin nerveux et efficace, mais un peu baveux de Colin Wilson, avec qui ils avaient travaillé pour deux albums de la série Jour J, Duval et Pécau proposent une relecture fascinante d'un assassinat mille fois raconté. Grâce à un habile mélange de passé et de présent, de suspense, de révélations foudroyantes et de références à certains films et à certains moments importants de l'histoire de la conspiration, le trio réussit à capter notre attention tout au long de l'album.

Et même si la fin est prévisible, tout en étant un merveilleux clin d'œil au sort d'Ozzie, le surnom de l'assassin du Président Kennedy, la grande maîtrise des auteurs de l'univers de la conspiration séduit autant les aficionados des complots que ceux qui y sont moins sensibles.

Une bonne bédé solide et efficace, qui ne renouvelle rien, mais qui comme le film Conspiracy Theory nous fait passer un moment très agréable.

18 mars 1314

18 mars 1314. Au terme d'un procès arrangé, Jacques de Molay est conduit sur le bûcher, sonnant le glas des Templiers et des intentions de Philippe Le Bel de faire main basse sur leur fameux trésor. Depuis, ils sont nombreux ceux qui comme Benjamin Gates, héros de National Treasure, rêvent de le retrouver. Régulièrement de nouvelles théories aussi farfelues les unes que les autres viennent s'ajouter au mystère du trésor des Templiers, c'est maintenant au tour d'Alcante et de Gihef de proposer une nouvelle piste pour cette quête sans fin.

Deuxième tome de la série Complot qui revisite les grandes conspirations historiques, La fin des templiers se consacre à ce fameux trésor. Comme dans le premier tome, consacré au krach boursier de 1929, Alcante et son comparse proposent une relecture audacieuse de cette vérité occultée par l'histoire officielle.

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Mais à la différence de l'opus sur la crise économique de 1929, ce nouvel album tient moins bien la route. Sans doute à cause du nombre de pages disponibles pour raconter l'histoire. Le choix de faire tenir l'intrique en un seul volume force le scénariste à user des ellipses à satiété, à tourner les coins ronds et à sacrifier la linéarité du récit et sa compréhension. Avec le résultat que le lecteur est étourdi par la rapidité de l'histoire et les brusques sauts temporels. Peut-être que s'il avait laissé le temps et l'espace nécessaires à son histoire pour qu'elle se développe, peut-être que s'il avait choisi de se concentrer sur une période plus courte, ce qu'il avait fait dans le tome précédent, cette Fin des templiers aurait été moins décevante ? On ne le saura jamais.

Quant à sa proposition audacieuse, elle l'est peut-être trop. Même si je suis bon public en matière de conspiration, le lien entre les templiers, leur trésor et Quetzalcoatl me semble un peu tiré par les cheveux, -trop pour que je me laisse séduire- quoique dans The Saga of Wotan, Gustavo Nelín établi un lien entre Quetzalcoatl et l'arrivée du viking Ari Marson, un des compagnons d'Érik le Rouge, sur les terres mexicaines au Xe siècle. Alcante a peut-être raison après tout?

À vous de juger.

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Dans la catégorie Beaux Livres, les éditions Albert-René viennent de lancer le deuxième tome de l'intégrale Uderzo. Ce deuxième opus couvre la période entre 1951-1953, période où il rencontrera René Goscinny, une rencontre marquante comme on le sait pour la suite de l'histoire de la bande dessinée mondiale. Un ouvrage essentiel où on retrouve la naissance d'Oumpah-Pah et de Jehan Pistolet et deux aventures de Belloy sur des textes de Jean-Michel Charlier.

Duval, Pécau, Wilson, Wonderball, tome 1 Le chasseur, Delcourt

Alcante, Gihef, B.Cossu, Complot, la fin des templiers, Delcourt

Alain Duchêne, Philippe Cauvin, Uderzo, l'intégrale 1951-1953, Éditions Albert-René

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