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18/07/2014 11:01 EDT | Actualisé 18/09/2014 05:12 EDT

Invasion, débarquement, deux mots qui sans avoir la même signification laissent entendre la même idée: l'arrivée impromptue et massive d'un groupe d'individus ou d'une culture qui va se frotter pour le meilleur et quelques fois le pire avec la culture locale. Une rencontre qui peut prend l'allure d'une confrontation, véritable ou symbolique, et qui engendre, pendant un temps du moins, une situation chaotique.

Les hommes du nord

Traduction française de la série culte de Brian Wood, parue chez DC entre avril 2007 et décembre 2012, Northlanders raconte, à travers le destin de quelques personnages et sur différents théâtres européens l'épopée viking. Mais la différence de l'édition américaine et de la première édition française, chez Panini, le nouvel éditeur français - avec l'autorisation de l'auteur - a préféré remanier l'ordre de publication en regroupant les 14 récits sous des thèmes communs. 3 volumes seront donc disponibles au cours des prochains mois regroupant les 50 numéros de la saga nordique. Si les tomes 2 et 3 seront respectivement consacrés à la présence des Vikings en Islande et dans le reste de l'Europe, le premier, déjà en librairie, se consacre à la présence des hommes du Nord en Angleterre, en Écosse et en Irlande.

L'album s'ouvre sur le pillage du monastère de Lindisfarne en 793, le plus ancien raid viking recensé par la chronique anglo-saxonne, que les historiens considèrent comme le début de l'âge viking. Une ouverture spectaculaire et puissante, à l'odeur enivrante du sang et de la sueur, au son de l'acier des épées qui s'entrechoquent et des os qui se brisent, qui donne le ton au reste de cette fabuleuse bédé.

Tout au long des récits du Livre anglo-saxon, Wood présente un portrait nuancé de ces hommes du nord, qui différent de celui traditionnellement proposé par les nations occidentales chrétiennes. Wood, au contraire du célèbre film The Vikings de Richard Fleischer mettant en vedette Tony Curtis et Kirk Douglas et des autres productions culturelles occidentales, met en scène une civilisation riche et intelligente, fière et ombrageuse - et régulièrement en guerre fratricide -, mais pas plus barbare que la civilisation chrétienne qui n'hésite pas à massacrer tous ceux qui remettent en question le concept du Dieu unique et de son fils mort sur la croix. Loin d'être ce peuple de colosses sanguinaires qui boivent dans le crâne des vaincus (merci Astérix), les Vikings de Wood, s'interrogent sur leur société, sur la religion et sur l'avenir de leur civilisation dans un monde où le christianisme s'impose partout, bulldozant sans ménagement les autres croyances.

Le résultat est une bande dessinée intelligente, passionnante, rythmée, aux couleurs légèrement fades qui reflètent la rigueur et l'austérité du climat, des paysages et de la vie. Une bande dessinée qui regarde ces fiers fils d'Odin à hauteur d'homme et qui leur donne une humanité que l'Histoire, écrite par les chrétiens, leur avait refusé. Un grand cru à la mesure d'une formidable épopée épique qui mérite beaucoup plus que la petite place qu'elle occupe dans notre mémoire historique collective.

Par Odin! Allez vite vous la procurer.

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Les hommes de la brume

La Normandie n'avait pas connu de débarquement provenant du nord de la manche depuis le XVe siècle, plus précisément depuis 1417 alors qu'Henri V d'Angleterre entreprenait avec ses 12 000 hommes et sa puissante artillerie, la conquête du duché de Normandie. Pourtant et, contre toute attente, le 6 juin 1944, l'opération la plus importante du second conflit mondial et le plus grand débarquement de l'histoire de l'humanité allaient avoir lieu dans cette région du nord de la France.

Encore aujourd'hui l'opération démesurée soulève l'admiration. Le courage de ces valeureux soldats qui s'accrochaient à la grève normande sous un déluge de balles, de mortiers et d'obus allemands défie l'imagination. Actuellement il est très difficile de bien saisir les conditions de leur sacrifice, alors imaginez si des photographes ne les avaient pas accompagnés et pris des clichés saisissants, témoignages évocateurs de l'aventure surhumaine du Jour J.

Robert Capa, un des plus grands photographes de presse de l'histoire, fut un de ses quatre photographes choisis par l'état-major allié pour participer au débarquement et le seul présent dans la première vague qui atteignit Omaha Beach, la plage qui devint un enfer. Cherchant autant à se protéger qu'à photographier le drame qui se déroulait sous ses yeux, Cappa réussit à prendre 106 photos dont seulement 11 seront sauvés et qui passeront à l'histoire comme les « magnificient eleven » des photos criantes de vérité, de douleur et désespoir devant l'horreur de l'enfer normand.

Omaha Beach, 6 juin 1944 raconte cette histoire, celle de Robert Capa qui risqua sa vie pour témoigner et donner un visage à une opération militaire tellement gigantesque qu'elle en devenait abstraite. Les auteurs se consacrent avec brio sur ce court instant dans la vie du photographe, un procédé qui permet de développer à fond le contexte et qui évite de faire ces énormes ellipses et ces raccourcis historiques un peu gênants qu'on retrouve souvent dans les bandes dessinées historiques. Il en ressort une œuvre encore plus forte et une meilleure compréhension du travail de Capa. En conclusion le dossier sur le photographe, sur ses photos de guerre, sur ses techniques photographiques et surtout sur ces fameuses onze photographies, seuls témoignages de l'aube du débarquement, est particulièrement éloquent et enrichit de belle façon la bédé.

omaha

Une œuvre impressionnante qui nous fait découvrir ou redécouvrir cette icône de la photographie, la démesure du débarquement et le courage surhumain de ceux qui y participèrent activement.

Brian Wood, Northlanders, tome 1 Le livre anglo-saxon, Urban comics.

Robert Capa, Morvan, Bertail, Omaha Beach, 6 juin 1944, Magnum photos et Dupuis.

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