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Voyage au coeur des ténèbres

17/05/2014 09:09 EDT | Actualisé 17/07/2014 05:12 EDT

Quelquefois une banale enquête policière se révèle une descente au cœur des ténèbres qui ébranle, qui détruit les certitudes, qui laisse un goût amer dans la bouche, mais qui fascine toujours. Bienvenue dans les tréfonds de l'âme humaine, là Quelque fois une banale enquête policière se révèle une descente au cœur des ténèbres qui ébranle, qui détruit les certitudes, qui laisse un goût amer dans la bouche mais qui fascine toujours. Bienvenue dans les tréfonds de l'âme humaine, là où la lumière ne perce que très rarement.

Au cœur du gothisme marginal

Les inspecteurs Herreros et Santana se sont vus confier par leur supérieur une étrange enquête qui piétine ; depuis quelques mois on découvre un peu partout dans les rues obscures d'une métropole espagnole des cadavres vidés de leur sang. Mais à part ce détail, rien ne lie les différents macchabées entre eux. Face à la pression d'un supérieur qui veut des résultats, les inspecteurs s'intéressent à la théorie d'une journaliste pigiste qui semble croire en la responsabilité d'une communauté gothique. Pour les deux inspecteurs commence une véritable virée au cœur du côté obscur de notre réalité où crimes mystérieux et rituels initiatiques et sanglants s'enlacent dans une danse perverse au rythme des battements d'une société parallèle et marginale.

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Nouvelle bande dessinée de l'Espagnol Rafa Fonteriz, L'essence du vampire fascine avec ces angoisses et ces doutes. Sans jamais prendre position sur la réalité et sur les conclusions des deux enquêteurs, Fonteriz nous guide dans cet univers de simulacres où la réalité et l'irréalité se disputent la logique des protagonistes et des lecteurs. Avec le résultat qu'il ne nous reste à la fin, comme aux inspecteurs d'ailleurs, que des certitudes douteuses, mais rassurantes qui ne reposent sur rien et qui relèvent aussi bien d'une implacable logique que d'un délire mal assumé. Avec un plaisir évident, l'auteur nous propose une œuvre qui suscite plus de questions qu'elle n'apporte de réponses et qu'il nourrit goulûment de toutes ces ambiguïtés.

Dessinateur reconnu pour son travail en science-fiction et en érotisme, le trait de Fonteriz n'est pas sans rappeler celui du grand Paul Gillon tout en fluidité, en rythme et en élégance. Avec son habile combinaison de bleu acier, de rose et de rouge éclatant et sa valse entre un style classique, un autre plus vaporeux et des sonorités psychédéliques, l'Espagnol esquisse une toile qui souligne et amplifie le doute, l'angoisse et l'incompréhension au cœur de son essence du vampire. Une belle surprise.

Au cœur de l'extrême droite

Une brutale agression dans un quartier chaud de Copenhague incite le Département V de la police de la capitale danoise à ouvrir un dossier classé, mais inexpliqué, celui de la disparition d'une prostituée. Au fil de l'enquête Carl Mørck et ses adjoints, l'énigmatique et discret Assad et la tout aussi énigmatique mais flamboyante Rose, exhument une macabre affaire datant des années 50 qui révèle un visage de la société danoise qu'elle aimerait bien garder secret.

Nouvelle investigation de Carl Mørck et du département V, Dossier 64 de Jussi Adler Olsen est une fabuleuse enquête policière qui nous projette au cœur d'un Danemark sombre, pour ne pas dire, obscur, tenté par les mirages de l'eugénisme, de la pureté raciale, du darwinisme social, de la dérive sécuritaire et de la ségrégation légale- une idée qu'on retrouvait aussi dans l'excellente série télé danoise Borgen.

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Il y a ce parfum de Borgen, mais il y aussi celui d'Henning Mankell. On ne peut s'empêcher de penser à L'homme inquiet, cette dernière enquête de Wallander qui elle aussi s'aventurait sur le terrain politique; celui du financement par les États-Unis d'organisations d'extrême droite, bastion contre les lendemains qui chantent promis par les sirènes communistes de l'URSS.

Olsen écorche l'image de ce Danemark bucolique dont le vernis lève aussitôt qu'on le gratte trop. Olsen présente un Danemark déchiré par les tensions internes, aux prises avec la séduction des organisations démagogiques et populistes, en pleine remise en question de ce qu'il fut, de ce qu'il est et de ce qu'il veut devenir. Avec l'insouciance cynique du fou du roi, l'auteur fait la lumière sur un passé que le royaume d'Hamlet tente d'oublier.

Mais au-delà de ces considérations politiques, il y aussi ce coté quotidien du département V qui séduit tout au long des pages et qui rend ses membres si attachants, si authentiques. Olsen maitrise à merveille cet univers où se mêlent rires et larmes, gravité et superficialité et problèmes quotidiens aussi insignifiants que le rhume, la chiasse ou la jalousie crasse des confrères policiers.

Un suspense efficace, écrit de main de maître, une équipe attachante, une vérité qui dérange et un pays peut-être plus pourri que ne l'avait imaginé Marcellus célèbre officier « shakespearien » de la garde royale danoise. À lire.

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En terminant, courez vite vous procurez le premier tome de l'intégrale de Michel Risque que vient de lancer les éditions La Pastèque. Quel bel hommage au premier héros moderne de la bande dessinée québécoise. Ce premier volume nous fait découvrir ou redécouvrir toute la richesse et l'intelligence de ce baroudeur sans frontière, de sa brochette d'horribles méchants et des terribles frères Poupart. Jouissif!

Rafa Fonteriz, L'essence du vampire. Diabolo éditions;

Jussi Adler Olsen, Dossier 64, Albin Michel

Real Godbout, Pierrot Fournier, Michel Risque l'intégrale tome 1, la Pastèque la lumière ne perce que très rarement.

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