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Mais qu'est ce qui fait courir Spirou? (2/2)

23/05/2015 09:21 EDT | Actualisé 21/05/2016 05:12 EDT

Il en a vécu des choses Spirou depuis sa naissance en 1938. Que ce soit Zorglub, Zantafio, le terrible docteur Kilikil, John Héléna dit «La Murène», les révolutions et les coups d'État de toutes sortes, les organisations terroristes, les nazis, les dinosaures et même l'irruption du trio de singes fous (les Brothers), rien ne semble ébranler la voyante cuirasse rouge du preux chevalier de Marcinelle Charleroi. C'est peut-être ce qui explique pourquoi se frotter à son univers fascine autant qu'il intimide les créateurs de bédés. À l'occasion de la sortie de La grosse tête, le tout nouvel opus de la série Le Spirou de..., nous avons rejoint deux bédéistes qui ont décidé de relever le défi: Makyo, scénariste du nouvel opus, et Benoît Feroumont, qui travaille sur sa vision de Spirou.

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«C'est certain qu'il a un cahier des charges très contraignant et ce, même si cette collection permet aux auteurs de redéfinir un peu plus les personnages», explique Feroumont, rencontré lors de son dernier séjour dans la métropole. «Mais ce sont justement ces contraintes qui sont intéressantes. Le défi c'est de trouver un angle qui va permettre de pousser le personnage vers des frontières qu'il ne connait pas», rajoute-t-il. Et pour le père du Royaume, cette nouvelle frontière, ce sont les relations que Spirou entretient avec les femmes: «Il a des relations un peu compliquées avec les femmes, et je ne parle pas d'amoureuses, je parle des femmes en général. Alors je me suis dis que si je le mettais en contact avec les femmes, des infirmières, des policières, des mères, des femmes résolument modernes à des années lumières de ce vieux boy scout des années 1940, ça donnerait un aspect intéressant à l'histoire.»

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Même son de cloche du coté de Makyo, scénariste presque légendaire de la planète bédé, qui, tout comme Jean Dufaux, voyait dans ce «one shot» un défi motivant: «Oui, c'est un univers figé et sacralisé. Mais pour moi, c'est un avantage et surtout un plaisir de pouvoir reprendre tous ces codes, les triturer et m'amuser avec.» Il faut dire que Makyo, tout comme Vehlmann et sans doute Feroumont, a grandi avec Spirou. Un fait que le bédéiste revendique avec fierté: «Je suis un enfant de Spirou et de son journal. J'ai appris à dessiner avec lui», explique-t-il, confiant au passage qu'il a encore les 22 lettres de refus envoyées par les différents rédacteurs en chef de la revue. «Ils me demandaient d'arrêter des les importuner avec mes dessins!», précise-t-il avec un sourire dans la voix.

«Chez les auteurs de bandes dessinées, il y avait les tintinophiles et les spirouphiles. Moi, j'étais un spirouphile. Alors quand l'occasion s'est offerte, j'ai tout de suite dit oui.» Si le challenge motive Makyo, ce n'est pas n'importe quel Spirou qui l'intéresse. Exit Jijé, Robert Velter, Tome et Janry, Makyo veut se confronter à celui du maître, celui de Franquin , dont il maîtrise tous les codes, une occasion en or pour glisser aux passages d'amusantes références à son univers. «Ça m'a permis de faire des clins d'œil à mes trois albums préférés de Franquin, Le Prisonnier du Bouddha, QRN sur Bretzelburg et la Mauvaise Tète.».

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Si Feroumont choisi de confronter le groom à l'univers féminin moderne, Makyo, lui, le place dans un monde totalement différent: celui des stars du cinéma. Le célèbre groom devient la vedette des adaptations cinématographiques à succès de ses aventures. Le prétexte devient parfait pour Makyo, qui non seulement critique le star system et les vedettes instantanées, mais donne en plus une nouvelle humanité à Fantasio et à sa bande, une vie propre, comme s'ils devenaient eux aussi des êtres de chair avec leurs défauts, leurs qualités, leurs forces, leurs faiblesses et leurs petites bassesses. Fantasio se révèle amer, jaloux du succès de son ami et se la joue grand reporter, alors que Spirou, égocentrique et sensible à la flagornerie de son entourage hypocrite, est tellement obnubilé par sa carrière qu'il en oublie son côté protecteur de la veuve, de l'orphelin et de l'innocent. Le tout sur fond de coup d'État, alors que le Bretzelburg se trouve sous le joug d'un terrible dictateur d'opérette qui, pour s'assurer la passivité des habitants, les force à s'empiffrer de nourritures grasses et lourdes dont les fameux «chtoumpfells», étrange mixture composée de patates, de saucisses et de fraises.

Un théâtre génial qui, même s'il lui a valu une lettre d'insultes, aurait pu germer dans l'imagination de Franquin. «Justement je voulais retrouver son esprit.» La grosse tête devient vite une farce débridée un tantinet «slapstick», aux parfums des Panade à Champignac et Bravo les Brothers, deux aventures où Franquin déboulonnait son univers. Mais la comparaison ne s'arrête pas là. Autant ces deux aventures détonnaient des autres albums du groom, autant ce Makyo est un ovni dans la collection Spirou: «Effectivement, il est différent des autres albums, mais ça s'est fait inconsciemment. Mon axe principal est le plaisir et j'ai simplement fait l'album que j'avais envie de faire. Des histoires comme ce Spirou, je pourrais en faire une cinquantaine! Ce que j'espère d'ailleurs», confie le scénariste avec la voix malicieuse du gamin qui vient de nous en conter un bien bonne.

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Un autre rendez vous incontournable pour les amateurs de bédés les 29, 30 et 31 mai prochain: le parc La Fontaine sera l'hôte du 4e Festival de la bande dessinée de Montréal, qui pour l'occasion deviendra bilingue. Au menu: rencontre avec des auteurs, expositions, conférences et plusieurs autres activités.

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