LES BLOGUES

Leur cabane au Kanada

26/07/2014 09:08 EDT | Actualisé 25/09/2014 05:12 EDT

L'expatriation, temporaire ou permanente, est une expérience qui bouleverse profondément un individu. En effet ce n'est pas parce qu'un Québécois connaît sur les bouts des doigts les répliques des Bronzés, qu'il est un aficionado de Renaud, qu'il adore La Modification de Michel Butor et qu'il connaît toutes les expositions qui se déroulent à Paris, qu'il ne sera pas déstabilisé même timidement en déménageant ses pénates dans le pays de Rimbaud. Alors, imaginez quand un Français qui ne connait du Québec que la neige, le sirop d'érable, les caribous, l'accent du XVIIIe (siècle pas arrondissement), Céline Dion et les chanteuses à voix décide de venir crécher pour plusieurs mois chez nous. La table est mise pour une suite de quiproquos et d'observations sur nos différences qui peuvent s'avérer amusantes. C'est justement ce sentier qu'ont décidé d'explorer trois ex-expatriés, Pauline Bardin, Édouard Bourré-Guibert et Aude Massot dans Québec Land une sympathique bédé et un guide humoristique pour les expatriés, publié chez Sarbacane.

2014-07-22-quebecland.jpg

« En avril 2011 mon conjoint Édouard (Bourré Guibert), notre chat et moi sommes arrivés à Montréal avec un permis vacances travail» raconte la scénariste du Mans. Armés du PVT, le Saint Graal pour ceux qui veulent venir travailler temporairement au Canada, nos deux exilés volontaires s'embarquent dans leur aventure québécoise. « Comme nous étions seuls au début nous avons décidé d'écrire individuellement et de publier quotidiennement des petits billets d'humeur sur ce que nous vivions.» Après quelques mois de résidence montréalaise, les deux auteurs - grands amateurs de bédé - décident de les adapter en strip. Dans un premier temps ils rejoignent leurs amis d'Europe et d'ici mais rapidement ils s'aperçoivent que leurs billets interpellent aussi ceux qui ont envie de tenter l'aventure québécoise ou qui tout simplement s'y intéressent sans nécessairement vouloir y vivre.

«Quand nous avons pris la décision de venir, nous ne connaissions rien du Québec. Nous n'y étions jamais allés, mais nous en avions régulièrement entendu parler. Nous connaissions des gens qui y avaient été, qui voulaient y aller ou qui connaissaient quelqu'un qui l'avait visité. Tous étaient unanimes pour dire que c'était génial, qu'il y avait de grands espaces, etc.» Des opinions enthousiastes qui transforment le Québec en paradis idyllique, presque « disneyen », d'où le titre de la bédé. « Avec tout ce qu'on nous racontait, on avait l'impression que nous allions arriver dans un Disneyland où nous étions attendu, où nous allions quasiment recevoir des confettis et où les Québécois allaient nous prendre par la main pour nous amener dans les contrées sauvages.» Malheureusement cette image paradisiaque disparaît vite avec les giboulées d'avril, la neige sale des rues de la Métropole et le printemps qui se pointe avec timidité «et je ne vous parle pas des écureuils que je trouvais effrayants, surtout quand ils s'agglutinaient autour de moi et quémandaient un bout de sandwich lorsque je déjeunais dans un parc Lafontaine boueux» rajoute en rigolant la Mancelle.

Si le projet prend la forme de billet rapidement il se transforme en bédé. «Six mois après notre installation nous avons commencé à travailler sur une adaptation bd. À l'origine nos billets étaient très anecdotiques et écrits individuellement. Pour la bande dessinée, nous avons décidé d'écrire ensemble et nous nous sommes mis en quête d'une dessinatrice.»

Aude Massot expatriée française à Montréal, PVTiste et dessinatrice répond à leur petite annonce Internet et devient l'heureuse élue. « Nous voulions travailler avec quelqu'un qui vivait la même situation que nous. Comme notre bédé voulait répondre à certaines questions que se posaient les futurs expatriés, il était important d'avoir un dessinateur qui collait à la réalité, qui soit imprégné de la ville. Nous aurions pu le faire avec un dessinateur qui ne connaissait pas le Québec, mais le résultat n'aurait pas été le même» , moins authentique peut-être?

Le résultat est une suite d'anecdotes sympathiques et amusantes qui quelques fois surfent sur les stéréotypes et les lieux communs, mais qui offrent un autre regard sur notre société, celui de l'expatrié. « Tous les lundis pendant 9 mois nous avons mis un épisode sur Delitoon. À notre grande surprise, le nombre de commentaires et visiteurs augmentait semaine après semaine (180 000 visiteurs pour le dernier épisode). Parmi tous ces commentaires, plusieurs lecteurs, et pas seulement des Français, ont souligné qu'ils se reconnaissaient dans nos aventures. Nous avions aussi des Québécois qui appréciaient de vivre l'intégration au Québec à travers les yeux d'un expatrié. »

Alors, pourquoi se priver de ce plaisir de découvrir et de partager un Québec à la fois proche et loin de celui qu'on connaît?

Édouard Bourré-Guilbert, Pauline Bardin, Aude Massot, Québec Land, Sarbacane.

2014-07-22-thor.jpg

Qu'est-ce qui se passe dans le milieu de la bande dessinée américaine ? Après la mort d'Archie voici que Thor change de sexe. Dès octobre prochain le dieu du tonnerre subira, dans les bédés pas dans les films, une transformation de sexe. Exit les pectoraux à couper au couteau, les longs cheveux blonds et le regard d'airain, Thorette -mais je présume de son nom- portera désormais un masque d'acier et un corser de fer. Imaginez un corset de fer... De quoi alimenter pour plusieurs décennies les pseudos analyses de psy bidons à la Fredric Wertham, auteur du tristement célèbre Seduction of the innocent en 1954.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les précédentes chroniques de Robert Laplante


Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?