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Les trésors oubliés

30/11/2013 10:10 EST | Actualisé 30/01/2014 05:12 EST

Avec la production massive, semaine après semaine, de nombreuses bandes dessinées, certaines, moins pressantes à lire, se retrouvent dans la pile des à lire plus tard. Devant l'ampleur de la pile et les nouveautés qui ne cessent de sortir, on en vient à les oublier. Pourtant on retrouve souvent, dans ces piles des laissés-pour-compte, de véritables petits trésors. Voici deux de ces bijoux.

Dans l'atelier de Fournier

Plusieurs ouvrages captivants ont été publiés pendant cette année de célébration du 75e anniversaire de Spirou. Mais parmi tous ces excellents titres, la bande dessinée biographique consacrée à Fournier m'a agréablement surpris. Fournier, c'est ce bédéiste mal-aimé qui a eu le malheur d'animer Spirou après le départ de Franquin et qui a subi les foudres des aficionados, de la critique, de ses collègues et de la direction de Dupuis. Avec le temps il faut reconnaître que, malgré les contraintes imposées par Franquin, - il ne pouvait reprendre ni le marsupilami ni Zorglub - le dessinateur breton a su moderniser le petit groom et le mettre au diapason avec son époque post Mai '68.

C'est toute cette époque que Nicoby et Joub traitent dans cette biographie dessinée. Au fil des pages, nous assistons avec plaisir et sans voyeurisme aux confidences dessinées et aux réflexions du bédéiste sur l'industrie des petits Mickey, sur la conception de ses Spirou et sur sa vie en général. Fournier se révèle lumineux et généreux. Sa bouille sympathique, son enthousiasme communicatif et son autocritique pleine d'humour donnent envie de relire son travail, de nuancer le jugement populaire trop influencé par l'ombre imposante de son prédécesseur.

Dans l'atelier de Fournier, c'est bien sûr l'histoire d'un catch 22, d'un pari impossible où les dés étaient pipés d'avance. Mais c'est aussi l'histoire d'un incroyable optimiste qui, malgré des lendemains qui déchantent, a réussi contre vents et marées à faire ses petits personnages de papier comme bon lui semblait. Dans l'atelier de Fournier ,c'est le livre qui nous permet de redécouvrir ce créateur qui vaut plus que les jugements lapidaires qu'il a reçu avec sa reprise de Spirou.

Batman la légende

Au début de la décennie 70, deux grands dessinateurs ont transformé le chevalier à la cape: Neil Adams et Jim Aparo. S'influençant mutuellement, les deux ont revisité le justicier masqué, délaissant le style plus cartoon et plus naïf de ses prédécesseurs et adoptant un dessin plus mature, plus réaliste, tout en élégance, en souplesse et en fluidité. Si Adams a surtout été associé aux aventures solos de Batman, Apparo, lui, s'est consacré aux numéros de The Brave and the Bold où la chauve-souris y jouait un rôle important.

C'est justement ce dernier Batman qui est au cœur de cette fabuleuse anthologie. Pour les néophytes le concept de The Brave and the Bold est simple: une aventure vécue conjointement par un personnage populaire de DC Comics et un de ses nouveaux super héros. La série permettait ainsi de prendre le pouls des lecteurs envers certains nouveaux personnages, histoire de savoir si ces derniers pouvaient animer avec succès leur propre série. Associé aux Teen Titans, à Deadman, à Phantom Stranger, aux autres jeunes héros de DC et même à certains méchants, - dont une alliance improbable avec le Joker - Batman vivra des aventures où il devra déjouer les plans de la mafia, de trafiquants de drogue cruels, de cambrioleurs exceptionnels et même d'une secte satanique.

Sous la plume d'Aparo et de Bob Haney, on découvre un Batman inspiré et humble qui laisse beaucoup de place à ses collègues, s'effaçant même à l'occasion - dans l'épisode 100, il est en fauteuil roulant alors que dans le 98, il est dans le coma - au profit de ses invités. Ancrées dans le quotidien de l'Amérique du début des années 70, les histoires du duo sont sous le signe des préoccupations et des incompréhensions de cette société qui découvre les fissures du rêve américain. Une belle anthologie - même si certaines histoires passent difficilement la rampe du temps - qui nous montre que la modernisation du héros de Gotham fut entreprise bien avant Frank Miller

Triste nouvelle dans le monde de la bande dessinée québécoise. Un de ses plus talentueux représentants, le jeune Nicolas Plamondon, nous a quittés il y a quelques semaines. Même s'il était encore jeune, Nicolas démontrait une grande maturité dans ses bandes dessinées. Avec son style grand-guignolesque - dans le sens noble du terme -, il occupait une place bien à lui dans notre univers dessiné. Les amateurs se rappelleront d'ailleurs son Théâtre de l'horreur qui laissait entrevoir de belles promesses. Salut Nicolas!

Nicoby, Joub, Dans l'atelier de Spirou, Dupuis.

Jim Aparo/Bob Haney, Batman la légende tome 1, Urban Comic

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