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Les Dépassés: chérie, la tablette est encore gelée

Parce que la technologie et les grand-parents... ça fait deux!

16/09/2017 08:00 EDT

Ma vieille mère me fait bien rigoler. Non seulement elle a toujours l'esprit vif, malgré son âge vénérable, mais elle est aussi gourmande de l'actualité politique, économique, sportive et scientifique. Un appétit insatiable qu'elle comble grâce à sa tablette électronique qui demeure toutefois pour elle un mystérieux objet, à manipuler avec précaution et timidité, histoire de ne pas se retrouver avec des modifications qu'elle serait incapable de corriger. Sans le savoir les mésaventures technologiques de ma mère... et les miennes, et elles sont nombreuses, il faut bien l'avouer... pourraient devenir une véritable mine d'or d'humour si je me décidais à les coucher sur papier. Malheureusement pour moi, Séverine Dumais a été plus rapide que moi et a traduit en bédé et en websérie certaines de ces irrésistibles anecdotes. À l'occasion du lancement de la campagne de sociofinancement de sa bande dessinée et de sa websérie Les Dépassés je l'ai rencontré pour en parler... et pour m'exorciser.

severine Dumais

Graphiquement inspiré, de l'avis même de l'auteur, par le Paul de Michel Rabagliati, et on pourrait ajouter le Ben de Daniel Shelton, Les Dépassées racontent les péripéties quotidiennes d'Henriette et de Gilbert, deux Québécois octogénaires, avec les innovations technologiques. Et comme ils sont un tantinet inadaptés technologiquement tout devient prétexte à une succession de quiproquos cocasses et d'imbroglios farfelus. « Mais fait avec respect, s'empresse-t-elle d'insister. Je ne veux pas rire d'eux, je veux juste montrer qu'ils comprennent la technologie, mais à partir de leurs référents soient par exemple le téléphone à fil ou la télévision à roulette », présente jadis, bien avant la zapette ou cette immense et peu discrète boîte brune et beige « drabe » de Vidéotron, à l'époque où il fallait se lever pour changer de chaîne.

Severine Dumais

Le projet est né dans un cours de création littéraire où elle devait écrire un scénario. « L'idée provenait de mes observations sur la relation entre mes proches et la technologie. En écrivant le court scénario, je me suis aperçu que le sujet avait beaucoup de potentiel et qu'il méritait plus de développement. Au départ, je voulais en faire une websérie, mais plusieurs personnes m'ont conseillé d'en faire en BD. Selon eux, le support papier permettrait aux lecteurs de connaître les personnages, de s'y attacher et de s'intéresser à la websérie quand elle sera disponible. » Elle transforme donc son projet en bande dessinée, un média qu'elle appréciait – elle en est une grande lectrice - sans pourtant en connaître ses codes. « Même si j'étais une illustratrice, je n'avais jamais fait de véritables bandes dessinées. J'ai dû beaucoup lire sur la bande dessinée, j'ai aussi suivi des cours sur sa construction, ses codes, ses spécificités, etc.. J'ai fait beaucoup d'essais et d'erreurs, beaucoup de croquis et de planches et j'ai souvent fait appel à mère, qui est peintre, pour me conseiller, jusqu'au moment où j'ai commencé à produire un résultat satisfaisant.»

Severine Dumais

Mais le langage des «petits Mickey» n'est pas le seul aspect que la jeune créatrice a dû apprendre, les techniques de l'écriture humoristique, très rarement enseignées dans les programmes universitaires de création littéraire, lui étaient aussi presque inconnues. « Ce n'est pas évident d'écrire de l'humour. C'est pourquoi j'ai fait appel à Bernard Fortin, qui lui en connait un bout, comme script éditeur pour améliorer mes gags, les rendre plus efficaces. »

Si la présence de Ned Flanders, de Clancy Wiggum et de Rod Paré pouvait en intimider plus d'un, ce n'est manifestement pas son cas, puisque dès le début, des atomes crochus se sont développés entre eux.

Si la présence de Ned Flanders, de Clancy Wiggum et de Rod Paré pouvait en intimider plus d'un, ce n'est manifestement pas son cas, puisque dès le début, des atomes crochus se sont développés entre eux. Il aurait même investi dans la campagne de sociofinancement. « J'apprends beaucoup avec lui, il m'a appris à puncher mes textes », soutient-elle avec un enthousiasme. « Il est très respectueux, jamais il n'impose ses idées, à l'occasion il en suggère, mais toujours pour l'amélioration des scénarios. Quelques fois, il joue même les gags, avec ses nombreuses voix, pour mieux illustrer ses observations. » Des moments qui assurément doivent être très amusants et peuplés de rires tonitruants tidlidan!

Severine Dumais

Bien que la campagne vienne d'être lancée, elle se termine le 1er octobre, la bédéiste reçoit déjà des commentaires positifs de la part des dépassés eux-mêmes qui se reconnaissent dans les situations que vivent Henriette et Gilbert. « Ils nous écrivent qu'ils ont les mêmes problèmes avec leur téléphone cellulaire ou leur tablette et ils trouvent ça drôle. Ils sont fiers d'être dépassés et ils le clament avec beaucoup d'enthousiasme. »

Un enthousiasme que nous pourrons partager lors de la publication de la bande dessinée qui espérons-le permettra à ma mère et à moi, de nous sentir moins coupables d'être des mésadaptés technologiques.

Un enthousiasme que nous pourrons partager lors de la publication de la bande dessinée qui espérons-le permettra à ma mère et à moi, de nous sentir moins coupables d'être des mésadaptés technologiques.

N'est-ce pas Talleyrand qui disait « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare, je me console. » Sans le savoir, Séverine Dumais vient peut-être de mettre sur pied une immense catharsis technologique.

Pour plus de détails sur Les Dépassés ou pour participer à la campagne de sociofinancement vous pouvez visiter le www.gametprod.com/lesdepasses/ ou encore le igg.me/at/depasses/

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