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Le Choix du Roi : la tourmente secrète des Windsor

Si jamais je retourne un jour en Angleterre, voici deux bédés qui pourraient bien guider mon exploration d'une Angleterre secrète et mystérieuse.

29/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 29/07/2017 09:00 EDT

L'été, c'est le temps des vacances, on le sait et les vacances ce sont aussi les voyages. Personnellement, j'aime les voyages thématiques. J'adore organiser mes pérégrinations selon des événements historiques ou en visitant des lieux au coeur d'œuvres qui m'ont marqué, même si j'en conviens ça donne souvent des visions fantasmées des sociétés. Si jamais je retourne un jour en Angleterre, voici deux bédés qui pourraient bien guider mon exploration d'une Angleterre secrète et mystérieuse.

Un mouton noir royal

Jean-Pierre Ferland, qui en a fait une comédie musicale, l'a décrit comme la plus belle histoire d'amour du XXe siècle, un modèle de romantisme absolu comme celle de Juliette de Vérone et de son puceau. La romance illégale entre Edward VIII et l'Américaine mariée Wallis Simpson est devenue au fil du temps l'archétype ultime de l'Amour véritable. Imaginez, pour vivre publiquement un amour mis au ban par la morale sclérosée de la société Edward préfère, lui qui en avait rêvé toute sa vie, abdiquer et laisser le trône de l'Angleterre à son frère cadet George VI. N'y a-t-il pas plus beau sacrifice pour prouver son amour?

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Si pendant longtemps l'histoire en a fait un symbole des dramatiques sacrifices que doivent faire les amoureux passionnés dans une société hypocrite, nourrie aux préjugés conservateurs, religieux et idéologiques, on sait maintenant que ce sont plutôt ses sympathies pour les politiques du petit caporal à la tête de l'Allemagne qui l'ont forcé à abdiquer.

Et si ces atomes crochus avaient été beaucoup plus importants que ce que l'histoire officielle a retenu?

Et si ces atomes crochus avaient été beaucoup plus importants que ce que l'histoire officielle a retenu? Et si les services secrets avaient préféré enterrer toute cette histoire sous le vernis d'un drame romantique pour empêcher l'Angleterre de sombrer dans une crise politique. Alors que l'Europe s'apprêtait à vivre ses heures les plus sombres, l'Empire britannique devait rester solide comme le roc de Gibraltar et ne pouvait se payer le luxe d'une perte de confiance envers ses institutions.

Pour Bartoll et Aurélien Morinière dont Le Choix du Roi est sorti il y a quelques semaines, il n'y a aucun doute possible: Il y a bien quelque chose d'énorme ensevelie sous cette romance idéale. Et si Edward VIII était, au contraire de ce que propose The King's Speech, un futur souverain qui n'avait pas les moyens de ses ambitions, incapables de prendre des décisions, sans les qualités nécessaires pour galvaniser les Britanniques et leur insuffler la force nécessaire pour résister aux ténèbres qui s'annonçaient, qui semait les pires inquiétudes parmi ses proches et les membres du gouvernement, un jouet entre les mains de sa belle Américaine, une intrigante aux ambitions démesurées, séduite par les mirages d'un troisième Reich dont elle se sent proche, qui voit en lui un moyen d'assouvir sa soif insatiable de pouvoir.

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Dès les premières pages Bartoll installe une atmosphère à la John Le Carré qui séduit instantanément. En distillant avec soin ses révélations plausibles, l'auteur des Insiders sème le soupçon de paranoïa nécessaire pour bien faire lever cette intrigue au parfum du conspirationnisme. La recette marche tellement bien qu'on en vient à douter des interprétations officielles servies depuis plus d'un demi-siècle.

Et bien qu'on trouve ici et là quelques maladresses historiques, Von Ribbentrop qui porte un uniforme SA alors qu'il n'a jamais porté autre uniforme que celui des SS, et certains raccourcis politiques, Le Choix du Roi reste une extrapolation séduisante de cette histoire occultée qui titille la curiosité et donne envie d'en savoir un peu plus sur cette mythique histoire d'amour manifestement loin d'être l'égale de celle de l'insignifiante Isabella Swan et de son insipide Edward Cullen.

Il n'y a pas que l'essentiel qui soit invisible à nos yeux

De Londres, nous passons à Iping dans le Sussex de l'Ouest, village anonyme et tranquille dont la vie s'égrène au rythme de la Rother River qui le longe. Outre son relais qui date de l'époque romaine, Iping est célèbre pour avoir servi de décor à L'Homme Invisible, un des plus fameux romans de H.G. Wells que viennent de mettre en images Dobbscorp et Regnault.

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4e album de Dobbs consacré aux écrits du romancier anglais, après La Machine à Remonter le Temps et La Guerre des Mondes, L'Homme Invisible est une réussite qui sait nous tenir en haleine. Le scénariste maitrise de main de maître l'œuvre du génial auteur et lui redonne la richesse que les nombreuses adaptations télévisuelles et cinématographiques ont fini par gommer.

Sous la plume du tandem, les histoires de Wells se défigent et retrouvent leur pertinence et leur contemporanéité.

Non seulement le scénariste renoue avec l'esprit inquiet et sombre de Wells qui voyait dans le progrès scientifique une arme possible au service des pires penchants de l'humanité - l'homme invisible est loin d'être un savant sympathique, désintéressé, qui carbure à l'amélioration des conditions de vie de ses semblables -, mais en plus il lui donne un souffle nouveau en l'adaptant avec brio, avec l'aide du trait efficace et dynamique de Regnault, aux codes et au rythme de la bande dessinée. Sous la plume du tandem, les histoires de Wells se défigent et retrouvent leur pertinence et leur contemporanéité.

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Quant à moi, les deux bédéistes m'ont redonné le goût de me plonger à nouveau dans ce bon vieux HG, que je n'avais pas fréquenté, sinon qu'au cinéma, depuis mon adolescence, et d'envisager un voyage littéraire au Royaume-Uni sur ses traces.

Le livre de poche

Jean-Claude Bartoll, Aurelien Morinière, Le Choix du Roi tome 1 Premières trahisons,

Dobbs, Regnault, d'après l'œuvre d'HG Wells, L'Homme Invisible, Glénat

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