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La foire aux monstres

08/02/2014 07:38 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Ah les monstres! Qu'est-ce qu'on ferait sans eux? S'ils sont si intéressants, c'est qu'ils représentent nos peurs, nos hantises, nos interdits, tout ce que nous ne pouvons pas être parce que la société ou la morale ne le permettent pas. Les créateurs l'ont très bien compris et le monstre est vite devenu pour eux un prétexte pour analyser la société et les rapports sociaux. Bienvenue dans l'univers du monstre par procuration.

Black Disney

Zombillénium est un parc d'attractions thématique très populaire. Mais à la différence des parcs de Disney, d'Harry Potter ou d'Astérix, Zombillénium accueille des monstres. Pas des petits monstres qui rendent leurs parents fous, non, non de vrais monstres : des sorcières, des vampires, des spectres, des loups-garous, des démons et tutti quanti. En fait, Zombillénium est un véritable musée des horreurs qui fait courir les foules. Malheureusement, malgré son succès indéniable, le parc ne fait pas ses frais : il est en déficit d'âmes. C'est que, voyez-vous, le parc d'attractions doit, avant tout, servir de réservoir d'âmes fraîches pour l'enfer qui manque de main-d'œuvre - pensez-y, une main-d'œuvre pour l'éternité, quelle aubaine! Pour mettre fin à cette situation, Satan nomme un jeune cadre dynamique pour épauler le directeur général, trop old school, trop contre culture. Hélas, le plan de Lucifer se heurte à la résistance des monstres-employés qui eux aiment bien les humains et qui ne veulent pas les voir devenir des victimes des ambitions démesurées du nouveau gestionnaire.

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Troisième opus de la série d'Arthur De Pins, Control Freaks est une bédé amusante qui s'attaque aux nouveaux modes de gestion déshumanisants et aux jeunes cadres, à l'ambition démesurée et aux égos surdimensionnés, qui rejettent toutes les leçons du passé pour causer leurs propres désastres économiques et humains. Il y a du Shaun of the Dead dans Zombillenium, mais surtout du Zombieland, cette délirante comédie où Woody Harrelson interprète un des rôles les plus déjantés de sa carrière. Et même si le troisième tome est un peu plus faible que les précédents, on retrouve toujours ce qui est devenu la marque de commerce de la série; l'humour absurde hérité des Monty Python, les personnages plus weirdos les uns que les autres, les répliques décapantes à la Michel Audiard et les situations désopilantes et légèrement burlesques dignes des meilleures comédies de Gérard Oury et de Claude Zidi.

En prime, on retrouve une critique du nouveau capitalisme, des technocrates qui nous saoulent de leur évangile sur la productivité et des méthodes que nous utilisons pour nous débarrasser de ceux qui sont différents ou qui ne cadrent plus dans nos normes sociales. Bien sûr, cette critique était déjà présente dans les albums précédents, mais ici elle prend beaucoup plus de place. Une critique qui se traduit par l'indignation et la rébellion des monstres devant les dérives du nouveau cadre dynamique et sa conception de l'enfer qui est loin d'être pavé de bonnes intentions.

Mais il est vrai que l'enfer ce n'est pas le paradis.

Welcome to my nightmare.

Les bandes dessinées d'horreur des années '50 ont connu un regain de popularité depuis les années '80. Grâce, entres autres, à Stephen King et à Georges A Romero, les comics d'EC, le chef de file de mouvement, ont connu une nouvelle vie et rejoint un public plus jeune qui ne les connaissaient pas. Mais derrière les Tales From the Crypt, Vault of Horror ou encore Haunt of fear, d'autres éditeurs moins connus ont publié de fabuleuses bandes dessinées horrifiantes et inquiétantes qui ont été occultées par la présence imposante d'EC comics et qui méritent une meilleure reconnaissance du public et des aficionados du genre.

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C'est maintenant chose faite avec la publication aux éditions Diabolo de Four Color Fear, «comics» d'horreur des années '50, une fabuleuse anthologie en couleur de ces bandes dessinées, acteurs essentiels du développement d'une littérature d'horreur typiquement américaine. Traduction française d'un livre publié en 2010 par Fantagraphics - qui incidemment a aussi publié plusieurs recueils d'histoires d'Entertainement Comic - Four Color Fear nous propose 40 histoires de possessions, de pactes diaboliques, de vampires, de meurtres rituels, de zombies, tirées de magazines aux noms aussi rassurants qu' Eerie, Web of Evil, Chambers of Chills et Witches Tales .

Signées par les plus grands artistes du genre, dont Al Williamson, Wallace Wood et Joe Kubert, ces histoires, publiées avant le tristement célèbre Comic Code, sont de sympathiques descentes aux enfers peuplées de criminels diaboliques, de matrones infernales, de perdants pathétiques et d'une brochette de monstres plus inquiétants les uns des autres. Ingénieuses et passionnantes, ces courtes bédés aux couleurs criardes nous amènent sur des sentiers beaucoup plus pervers et plus terrifiants que ceux empruntés par les productions d'EC, comme si les créateurs étaient libres d'explorer d'autres visages du mal dans ces productions moins diffusées.

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Rarement des zombies putrides, des démons sanguinolents et des cadavres qui s'invitent à souper auront été aussi réjouissants. Des bandes dessinées qui n'ont pas pris une ride même si elles ont plus de 60 ans. À quand un tome sur les années '40 ? Dieu seul le sait... et Satan s'en doute.

Arthur De Pins, «Zombillenium, tome 3 : Control Freaks», Dupuis.

Collectif d'artistes, «Four Color Fear, comics d'horreur des années '50», Diabolo éditions.

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