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Geluck: aventure au pays de la ligne claire

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Qui aurait cru qu'un jour le chat aux irrésistibles réflexions iconoclastes de Geluck se transformerait un jour en un journaliste un peu naïf, pour ne pas dire benêt, qui rappelle le Pierre Richard du Grand Blond. Pourtant quand on regarde de près Scott Leblanc, le héros qu'il fait vivre quand il fait une escapade sans son gros minou « achilletalonesque », n'est pas si loin de son dodu félin. Et même si son humour potache y semble moins débridé, son esprit caustique, lui, y est toujours aussi présent. À l'occasion de la sortie québécoise de sa toute nouvelle aventure Échec au roi des Belges nous lui avons téléphoné. Discussion autour de la parodie, du Rexisme... et de l'altruisme, puisque la naissance de Scott Leblanc relève d'une bonne action.

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«Si j'ai décidé de créer un autre héros, c'est parce que j'avais envie d'aider Devig pour qui j'avais de l'admiration et de la sympathie. Il faisait des dessins d'humour noir très drôles et il rêvait de faire de la bande dessinée, mais il avait de la difficulté à se faire publier. Un jour il m'a demandé si je pouvais lui écrire des scénarios. Pour lui rendre service j'ai créé Scott Leblanc», rigole au bout du fil le bédéiste humoriste.

Si écrire un gag pour le chat est une chose, concevoir un scénario de 48 pages, pour un autre dessinateur et qui doit respecter les règles de la grande aventure «hergéenne», en est une autre. Les défis ne sont pas les mêmes et le résultat peut être très différent du projet original. «Effectivement il y a un aspect plus difficile parce le scénariste n'est pas totalement maître de son histoire. Tout est discuté et le résultat final passe par le filtre du dessinateur qui y appose sa vision et sa sensibilité. Mais c'est aussi très agréable parce que je n'ai pas eu à me taper tout le travail du dessinateur, qui est énorme dans le cas de Scott Leblanc», raconte Geluck, visiblement satisfait de cette dernière facette.

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Véritable voyage dans la grande aventure «fifties», les aventures de Scott Leblanc proposent des intrigues au parfum d'Hergé et de Jacobs , à la fois hommage et parodie, pleine de nuances, sans ne jamais tomber dans la surenchère facile et presque burlesque qu'on retrouve par exemple dans les adaptations cinématographiques d'OSS 117. Comme des équilibristes de haut niveau, Geluck et Devig se promènent avec assurance sur le mince fil qui sépare l'hommage de la parodie. «Curieusement je ne suis pas un grand connaisseur et un grand lecteur de bandes dessinées. J'ai lu Tintin et Blake et Mortimer, mais je me suis rapidement dirigé vers le dessin d'humour. C'est plutôt Devig, qui est beaucoup plus jeune que moi et qui n'a pas connu les grandes années de la ligne claire, qui voulait qu'on fasse une série sur cette époque. C'est donc lui qui veille à ce que tout respecte l'esprit des bédés de cette époque.» Ce qui n'est pas toujours le cas des parodies, il faut en convenir.

Négatif de Tintin à l'origine, l'univers de Scott Leblanc a rapidement été transformé suite aux possibles réactions négatives de la Fondation Moulinsart. Il faut dire qu'avec leur Tintin inversé, son petit chien noir, ses amis, un ancien de la Royal Air Force, un scientifique myope et des triplettes détectives, la création du duo avait de quoi inquiéter l'organisme qui protège l'univers d'Hergé. «Alors l'actuel Scott Leblanc, qui s'éloigne de Tintin, mais dont l'esprit reste quand même assez proche, est arrivé.»

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À la lecture des quatre premiers tomes de la série, on ne peut que se surprendre de la réaction de la Fondation Moulinsart. Loin d'être une parodie bête et facile de Tintin, Scott Leblanc est un hommage sympathique, drôle, plein d'humour - et d'amour pour l'œuvre du maître -, rempli de personnages truculents, dont la maman de Scott, une Castafiore gaffeuse et hyperactive, de méchants grandiloquents, mégalomanes et d'une cruauté réjouissante, et d'une pointe de provocation.

Dans cet Échec au roi des Belges. Les auteurs abordent la douloureuse question du Rexisme, ce mouvement fasciste belge, responsable de la mort des milliers de jeunes Belges francophones incorporés volontairement, à l'instigation des leaders du mouvement, dans les divisions walloniques, ces bataillons nazis composés de soldats belges. Et même si plus de 70 ans ont coulé depuis ces tristes événements, les souvenirs du Rexisme restent toujours aussi sensibles dans la psyché belge. Jan Bucquoy l'avait d'ailleurs appris à ses dépens dans les années 80 lors de la publication de sa série Jaunes qui abordait la question. «Oui c'est un sujet brûlant, mais on peut en parler. Toutefois ça dépend avec qui» rajoute celui qui ne s'inquiète pas tant des vieux nostalgiques du mouvement, qui sont de moins en moins nombreux, que des nouveaux mouvements d'extrême droite qui, eux, gagnent en importance en Europe.

La toile de fond historique du Rexisme n'est pas inusitée chez Leblanc, puisque tous les albums de la série reposent sur de véritables événements, que ce soit par exemple les essais nucléaires du Pacifique Sud, Mai 68 ou encore la guerre du Vietnam. « Devig voulait que je sois pointu dans les événements historiques, il ne fallait pas prêter le flanc à la critique alors j'y porte une attention particulière. C'est d'ailleurs un aspect qui me plaît beaucoup, c'est motivant de travailler à partir de faits historiques. L'Histoire sert de repère et on y apporte un de fantaisie » renchérit l'auteur qui prépare un nouvel album du chat. « Je reste avant tout dédié à l'humour crétin du chat, c'est ce qui me rejoint le plus et qui me représente le mieux» conclu-t-il avec enthousiasme.

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Et pour les amateurs de Geluck, sachez que chaque album de Scott Leblanc compte sur une apparition du père du chat, qui comme un petit Hitchcock vient faire une petite visite dans l'univers de son héros, histoire de vérifier si le scénario se déroule bien comme il l'a prévu. À vous de les chercher maintenant et si vous trouvez celle du dernier album, il faudrait avertir Geluck qui la cherchait encore lors de notre entretien.

Geluck, Devig, les aventures de Scott Leblanc, 4 tomes, Casterman.

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