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Et vogue l'arche

19/04/2014 09:05 EDT | Actualisé 19/06/2014 05:12 EDT

Dans quelques heures les chrétiens et les orthodoxes célébreront la fête la plus importante de leur calendrier religieux, quelques jours après celle des Juifs: Pâques. Semaine sainte oblige, nous avons décidé de parler d'une bande dessinée centrée sur un personnage mythique de l'Ancien Testament: Noé.

Alors que le film d'Aronofsky (Noé) est encore sur nos écrans et que l'intégrale en francais de la version dessinée devrait bientôt arriver dans nos librairies, nous avons rejoint à Paris le dessinateur Niko Henrichon, auteur de la bande dessinée qui a servi de base au film, pour nous parler de cette étonnante collaboration.

« C'est l'agent d'Aronofsky qui m'a contacté après la sortie de son film The Wrestler. Il avait aimé ma bande dessinée Pride of Baghdad et il voulait savoir si ça m'intéressait de collaborer avec lui sur une bande dessinée. A l'époque il n'était pas question d'en faire un film », explique le dessinateur québécois qui a eu le temps de faire trois tomes avant que réalisateur ne commence à travailler sur l'adaptation cinématographique. «Le 4e c'est fait pendant qu'il travaillait sur le film», poursuit-il.

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Intimidé devant la stature du réalisateur - mais qui ne l'aurait pas été - le dessinateur n'a quand même pas pu résister au plaisir d'un pareil défi.

«C'est sûr que c'est intimidant de travailler avec une célébrité qui a une touche aussi personnelle que lui, mais c'est aussi ce que je recherche dans une collaboration», assure-t-il.

Intimidé ou pas, Niko Henrichon s'est vite investi dans cette collaboration, d'autant plus facile que les deux créateurs partageaient une vision commune du constructeur de l'arche, plus proche de Conan le barbare que de John Huston, qui interpréta le patriarche biblique en 1966 dans l'adaptation filmée de la Bible.

«Ça ne nous intéressait pas de travailler sur un péplum comme Les Dix commandements. Une des premières choses qu'il a dit c'est qu'il n'y aurait pas de sandales et de jupes », dit en rigolant le dessinateur.

«Heureusement que nous avions cette vision commune, poursuit-il. Quand on travaille avec quelqu'un qui à une idée aussi précise et ce, dans les moindres détails, il faut avoir un terrain d'entente pour établir une bonne relation de travail.»

Leur vision commune à permis au Québécois d'épouser parfaitement l'esprit cinématographique du réalisateur. «Aronofsky et son collaborateur Ari Handel n'écrivent pas des scénarios, ils écrivent des screenplay pour le grand écran. Il a fallu que j'adapte l'histoire pour la bande dessinée, que je gère plusieurs aspects dont le temps qui ne s'exprime pas de la même façon dans une bédé que dans un film.

En BD il ne se gère pas en minutes mais en cases», explique le dessinateur qui a su insuffler de la fluidité, du dynamisme et de la musicalité grâce à son dessin, à son montage et à ses couleurs. Ses bleus verdâtres décrient la froideur du déluge et ses couleurs chaudes et lumineuses illustrent le désert.

La bande dessinée comme le film offrent une interprétation très atypique de Noé mais les deux oeuvres présentent des choix différents concernant le décor.

Aronofsky a choisi de tourner le film en Islande. Pour la bande dessinée, l'histoire se déroule dans un désert aride.

« J'aurais bien aimé voir le film comme un spectateur qui le découvre pour la première fois, mais je ne l'ai pas vu de façon sereine, raconte le dessinateur. J'étais au courant des changements parce que nous en avions beaucoup discuté pendant la rédaction du dernier tome. Je cherchais constamment les différences entre le film et la bande dessinée » avoue-t-il.

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Alors que le film a déclenché la colère de certains groupes religieux, ça n'a pas été le cas pour la BD. «Les bandes dessinées ont une diffusion assez réduite, je n'ai pas eu de réécriminations. De toute façon, il y aura toujours des gens qui n'aimeront pas qu'on touche aux livres qu'ils aiment », conclut Niko Henrichon.

En attendant on peut aller voir Noé au cinéma, le lire en bande dessinée et pourquoi pas relire l'excellent Pride of Baghdad ou Les seigneurs de Bagdad dans sa version francaise publié chez Urban Comic.

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Casterman vient de publier une édition de luxe du Mystère des Boules de Cristal. Fabuleuse réédition, le livre est en fait deux livres. À droite, on trouve Les 7 boules de cristal telle que la BD a été publiée dans le quotidien belge Le Soir. Les pages de gauche nous racontent les recherches qu'Hergé a faites pour écrire et dessiner son album.

Aronofsky, Handel, Henrichon, Noé, 4 volumes et une intégrale au Lombard

Hergé, La Malédiction de Rascar Capac, tome 1 Le mystère des boules de cristal, Casterman.

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