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L'éditeur qui aimait les monstres

07/12/2013 09:15 EST | Actualisé 06/02/2014 05:12 EST

Vampires, fantômes, magiciens, sorcières, dragons, ogres et autres créatures horrifiques et féériques passionnent depuis toujours Stéphane Marsan. Mais depuis près de 15 ans et grâce à sa maison d'édition Bragelonne, le romancier et amateur de jeux de rôles partage sa passion et ses découvertes avec des milliers de lecteurs francophones. À l'occasion du dernier Salon du livre de Montréal nous l'avons rencontré pour nous parler de la littérature fantastique. Rencontre avec un chasseur de monstres.

«J'aime beaucoup le roman fantastique. Mais je suis un peu frustré par le marché francophone. Il est très difficile de faire découvrir aux lecteurs des nouveaux auteurs qui peuvent à la fois satisfaire le fan et le lecteur occasionnel» lance d'entrée de jeu Stéphane Marsan, grand fan de maisons hantés et de fantômes.

«Vous savez dans les années 70 il y a eu une explosion du fantastique grâce, entre autres, à Stephen King et à Dean Koontz. Mais les éditeurs ont saturé le marché avec la publication massive de plusieurs autres auteurs beaucoup moins talentueux. Résultat le public s'est lassé du genre.» Depuis, selon le fondateur de Bragelonne, le genre peine à retrouver ses lecteurs. Il manque d'auteurs qui peuvent être rassembleur, même si les jeunes auteurs britanniques ont les qualités pour jouer ce rôle. «Il y a toute une génération de jeunes auteurs britanniques, comme Adam Nevill par exemple, qui sont en train de renouveler le genre, de le sortir du cercle des amateurs et de rejoindre un plus large public.»

S'il y a un renouveau notable dans le fantastique britannique, la situation ne semble pas être la même dans le reste des fantastiques occidentaux. C'est peut-être parce le fantastique est dans l'imaginaire collectif avant tout anglo-saxon. Avec son environnement gris et humide, ses pluies constantes, sa brume menaçante et ses ruines sombres, austères et délavées- témoignages des guerres de religions- les îles britanniques constituent un théâtre plus inquiétant que le soleil réconfortant et la lumière éclatante des pays du pourtour méditerranéen. On imagine mal un vampire, un loup-garou ou même un démon « avé l'assent » du midi. « Pourtant, plaide Marsan, chaque culture à son fantastique. L'Espagne et l'Amérique latine par exemple ont développé un fantastique très original, l'Italie aussi avec Dino Buzati. Mais effectivement ces fantastiques n'ont pas marqué l'imaginaire aussi profondément que le gothique du Royaume-Uni. D'ailleurs le cas du vampire est très représentatif de cette domination anglo-saxonne sur le genre. L'archétype du vampire qui s'est imposé dans le monde entier est le britannique, pas un autre.»

style="float: Si Nevill et ses collègues produisent une œuvre rassembleuse c'est peut-être parce qu'ils ont su déconstruire le genre tout en s'appuyant sur la tradition. En modernisant les figures du fantastique, en abandonnant le manichéisme primaire, en adoptant des motivations moins tranchées, plus troubles, en les humanisant, ils en ont fait des personnages moins désincarnés, plus attachants mais plus dangereux.

Encore ici, le cas du vampire est intéressant. De Stoker à Stephanie Meyer l'image du vampire s'est transformée. Ce n'est plus le Nosferatu putride et terrifiant de Murnau, ni le Dracula froid et calculateur personnifié par Christopher Lee. Le vampire est maintenant le séduisant rebelle romantique, libre et immortel qui remet en question la société conservatrice et inhumaine. «Ce qui me plait le plus dans Anne Rice ce n'est pas cette opposition entre vampire et humanité mais son rapport avec l'histoire et la mort. Elle commence ses Entretiens avec un vampire en se demandant quelle est la place des vampires dans une société moderne qui ne ressemble en rien à ce qu'ils ont connu. Que va-t-il arriver à ces créatures d'une autre époque dans le monde moderne?» Rice a inscrit les enfants de Dracula dans la réalité sociale actuelle, elle leur a permis de ne plus être des anachronismes ambulants. Cette nouvelle définition du «suceur de sang» est selon Marsan au cœur des Buffy, Blade, Anita Blake et des autres productions vampiriques des trente dernières années autant en littérature qu'au cinéma.

style="float: L'humanisation du vampire est d'autant plus intéressante qu'elle semble préfigurer ce qui risque d'arriver à d'autres figures importantes du fantastique. Déjà on note un début d'humanisation chez le zombie avec Vivants (Zombie malgré lui) d'Isaac Marion et chez le loup-garou de Kelley Armstrong. «La question au cœur de cette nouvelle tendance c'est la place des monstres dans notre société. Il faut maintenant se poser la question de l'avenir de nos monstres. S'ils s'humanisent tous, s'ils développent une réflexion sur leurs conditions et sur leur avenir, va-t-il falloir en créer de nouveaux?

Mais qu'ils soient nouveaux ou tout simplement les mêmes bons vieux croque-mitaines Stéphane Marsan espère les épingler tous à sa collection « bragelonienne ».

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