LES BLOGUES

Du chaos naît quelques fois la lumière

13/10/2013 11:03 EDT | Actualisé 13/12/2013 05:12 EST

Le choc des civilisations est un excellent terrain pour créer de fabuleux scénarios. Ce moment où une civilisation s'effondre et une autre naît offre l'opportunité aux créateurs de mettre en place des univers et des personnages hors du commun ainsi que des décors exceptionnels pour élaborer des histoires plus que naturelles, c'est-à-dire de celles qui deviennent de la matière à légendes.

La richesse du chaos, Istin et Brion l'ont très bien compris dans le deuxième tome d'Excalibur chroniques, Cernunnos publié chez Soleil. Et même si le duo campe son histoire dans l'archiconnu et archidéfini cycle arthurien, les auteurs revisitent de brillante façon la jeunesse du roi Arthur, de sa demi-sœur Morgane et de la table ronde. Istin campe sa relecture dans cette dernière étape de confrontation entre deux univers. Un, agonisant, est celui du monde des fées, des dames de lac et d'Avalon, la fameuse île cachée dans le brouillard, et un autre, le chrétien, naissant, vigoureux, qui écrase tout sur son passage. À chaque nouvelle victoire de la foi chrétienne, à chaque nouvelle conversion bretonne, c'est toute la force de la Bretagne préchrétienne et de ses croyances qui s'amenuise, qui se tarit et qui inexorablement l'amène vers son extinction.

Istin, grand spécialiste des légendes bretonnes, nous guide avec intelligence et brio à travers la résistance de cet univers qui se sait condamné. Dès lors, cette lutte vaine, faite de mauvaises stratégies, de trahisons minables et d'égos surdimensionnés qui font passer leurs intérêts devant l'atteinte de l'objectif final, a plus un parfum de dernier baroud d'honneur que d'une véritable résistance. Comme si l'occasion devenait, pour les anciens mythes bretons, un prétexte pour entrer dans la légende auréolée de gloire comme la fameuse brigade légère de Tennyson.

Œuvre d'un pessimisme nostalgique des temps anciens, Cerunnos doit aussi beaucoup au dessin de Brion qui sait traduire avec sensibilité et nuance la futilité et la vacuité de cette résistance. Ses paysages enneigés, ses couleurs empreintes d'une grande mélancolie accentuent le désespoir profond, la tristesse et la nostalgie d'un monde condamné à vivre ses derniers moments. Rarement ce moment aura été abordé avec autant de tristesse.

Wolverine revient dans Snikt!

Le chaos est aussi au cœur de Snikt! publié chez Marvel Graphic Novels et qui met en vedette le tristement célèbre Wolverine. Sous la plume du maître du manga, Tsutomu Nihei, Wolverine affronte, dans un futur plus ou moins rapproché, une armée de Mandates, de super bactéries cybernétiques intelligentes, résistantes et en mutation qui s'attaquent à l'homme. Création de l'homme, dans le but de détruire les déchets non biodégradables, cette nouvelle bactérie a vite développé une intelligence qui lui permet de prendre le contrôle d'une terre en pleine désolation.

Si Istin et Brion ont choisi de travailler sur la lutte entre le monde des dieux bretons et celui du dieu chrétien, le mangaka s'attaque plutôt à la rencontre entre les hommes sur le point de disparaître et cette armée apocalyptique, à laquelle personne, ni aucune arme, ni aucun métal ne résistent, à part, bien sûr, l'adamentium qui recouvre le squelette de notre carcajou préféré.

Avec sa plume baveuse et nerveuse trempée dans 10 doubles expressos bien tassés, Nihei nous amène dans un monde de désolation, de froideur et de cauchemar à la mesure de la sauvagerie de Logan. Évitant les ellipses si présentes dans la BD made in USA et les raccourcis qui viennent souvent gâcher leurs meilleurs scénarios, Nihei laisse le temps nécessaire à l'histoire de bien se développer. Il sait très bien la faire respirer sans pour autant sacrifier l'action. Comme dans tout bon manga, il découpe l'histoire de façon judicieuse et la fait avancer tout doucement et intelligemment pour que chaque page, chaque case s'agencent dans la logique du récit, ce qui n'est pas toujours le cas dans les productions américaines. Chaque dialogue, chaque plan, chaque couleur, chaque mouvement jouent un rôle essentiel dans la construction du scénario. Il en résulte une nouvelle conception de la bande dessinée américaine qui s'en trouve transformée. Wolverine est superbement servi par un créateur qui a compris l'importance du temps. Et à la conclusion de Snikt! on n'a pas l'impression, comme trop souvent dans la bande dessinée américaine « marvelienne », d'avoir abordé des calories vides. Oh que non! Ici, le côté pop corn est absent pour notre plus grand plaisir. Des Wolverine comme ça, on en prendrait des tonnes.

Istin, Brion,Excalibur Chroniques, chant 2 Cernunnos, Soleil Celtic

Tsutomu Nihei, Wolverine, Snikt! marvel graphic novel,

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Le Wolverine


Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.