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Des bulles et des pruneaux

15/02/2014 06:18 EST | Actualisé 17/04/2014 05:12 EDT

Une fois n'est pas coutume, nous explorons aujourd'hui un territoire déjà couvert par l'excellent critique Daniel Marois, désolé Daniel de m'immiscer sur votre terrain de chasse. Nous allons donc plonger dans l'univers du polar, mais pas dans n'importe quel polar. Non, non, nous allons parler de deux excellentes adaptations dessinées de deux monuments de la littérature policière : Le Dahlia noir de James Ellroy et Millenium de Stieg Larsson.

Le Dahlia noir

Los Angeles, janvier 1947, Bucky Bleichert et Lee Blanchard enquêtent sur la mort atroce de Betty Short. Rapidement, l'enquête tourne au vinaigre et se transforme en une véritable descente aux enfers où les deux policiers se confrontent à leur part d'obscurité. Inspirée d'un célèbre fait divers américain, l'affaire du Dahlia noir, sous la plume de James Ellroy, est devenue une enquête hors norme où l'amour et la mort dansent un tango pervers sous la baguette d'une cité des anges gangrenée au vernis défraîchi.

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C'est à cet incontournable de la littérature américaine que s'attaquent avec brio Matz (Le Tueur), Myles Hyman (Nuit de fureur) et David Fincher. - Oui! Oui! Le David Fincher de Seven. C'est lors d'une rencontre entre Matz et Fincher que naît le projet du Dalhia noir. Devant l'impossibilité d'en réaliser une adaptation cinématographie avec Tom Cruise, le réalisateur de Zodiac s'est laissé séduire par la possibilité d'en faire une bande dessinée.

Le résultat est impressionnant, le scénario brillant. Les deux scénaristes ont eu la grande intelligence de garder toute l'authenticité et la verve vivante et colorée de l'écrivain. À travers les mots d'Ellroy, nous devenons les témoins voyeurs de la débâcle morale de toute une ville. Tout comme Bleichert et Blanchard, l'enquête nous obsède. Nous sommes incapables de nous en détacher, comme nous sommes incapables de quitter la lecture avant d'avoir tourné la dernière page. Appuyé admirablement par le talent d'Hyman, le Dahlia noir est une bande dessinée qui surprend. Chaque dessin devient une véritable toile, quelques fois vaporeuse et imprécise comme les souvenirs de Bleichert, d'autres fois lumineuse et froide comme la cité des anges elle-même.

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Le pari était risqué, et si, en 2006, Brian Palma s'était planté avec son adaptation cinématographique, ce n'est pas le cas du trio qui a su traduire avec puissance et rythme l'écriture du grand Ellroy. Si ce dernier a autant apprécié le résultat, c'est peut-être parce qu'il a reconnu son œuvre dans cette fascinante bédé? Il ne nous reste maintenant qu'à regretter la décision de Fincher de ne jamais faire le film.

Millénium

Véritable phénomène du roman policier et de la littérature en général, il était tout à fait normal qu'un jour, après le cinéma et la télévision, la bande dessinée s'intéresse aussi aux enquêtes de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander. C'est maintenant chose faite avec cette adaptation publiée à grand renfort de publicité chez Dupuis.

Si les adaptations cinématographiques ont déçu plusieurs amateurs de la trilogie, la bande dessinée, elle, risque de leur plaire. Tout simplement parce qu'elle est beaucoup plus proche du roman que ne le furent les adaptations cinématographiques suédoise et américaine. Toutefois, à la décharge des réalisateurs, il faut reconnaître que les bédéistes ont pris le temps nécessaire pour bien raconter leur histoire. Chaque roman est développé en deux albums, ce qui permet à l'histoire de mieux respirer, un loisir que n'avaient pas les réalisateurs.

Si le Dahlia noir est une belle réussite, c'est la même chose pour Millénium, même si le lecteur qui ne connaît l'oeuvre que par ses films risque de perdre ses repères à l'occasion. Runberg et Homs réussissent même à nous surprendre en nous racontant une histoire qu'on croit connaître par cœur tant elle a alimenté l'espace public culturel. Bien sûr quelques ellipses, quelques raccourcis déstabilisent un peu, mais dans l'ensemble, les auteurs maîtrisent leur récit. La galerie des personnages est particulièrement bien réussie et certains d'entre eux, grâce à une utilisation intelligente des flashbacks, sont psychologiquement beaucoup plus étoffés que dans les adaptations filmées. C'est le cas de Blomkvist, beaucoup plus prompt et impatient, et de Lisbeth, plus mystérieuse et plus fragile.

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Malgré quelques défauts insignifiants, cette adaptation de Millénium devrait satisfaire autant les amateurs du roman que ceux qui, comme moi, n'ont vu que les films. À savoir maintenant si l'adaptation est fidèle, il faudrait demander à notre expert et collègue Daniel Marois qui a sûrement une idée

En terminant, triste nouvelle dans la grande famille de la bande dessinée québécoise. L'ami Michel Labrie nous a quittés il y a quelques jours. Michel Labrie faisait partie de l'équipe du Festival de bande dessinée francophone de Québec depuis ses débuts, tout en faisant des recensions de bédés pour Le Mouton noir et en produisant son petit, mais sympathique fanzine Noirs Dessins. Le souvenir que Michel laissera à tout le monde est celui du sympathique amateur de bédés toujours prêt à donner sa chance aux petits nouveaux. Je le sais, c'est lui qui, le premier, m'a permis de faire des critiques bédés dans son fanzine. Bon voyage Michel!

Hyman, Matz, Fincher,Ellroy, Le Dahlianoir, Rivages/Casterman/Noir

Runberg, Homs, Millenium, tome 2, Dupuis..


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