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Des bulles sur la pellicule... la suite

29/03/2014 09:09 EDT | Actualisé 29/05/2014 05:12 EDT

Il y a quelques semaines nous avons rencontré le cinéaste Bertrand Tavernier pour parler de son nouveau film Quai d'Orsay adapté de la bande dessinée du même nom. Le père de La Fille de d'Artagnan avait abordé les défis de transposer le 9e art sur la pellicule. Mais qu'en pense Abel Lanzac, alias Antonin Baudry, un des pères avec Christophe Blain de la bande dessinée publiée chez Dargaud? Pour avoir son avis sur ce difficile exercice d'adaptation nous l'avons rejoint à son bureau à l'ambassade de France à New York.

«C'est Bertrand Tavernier qui nous a contacté pour transposer Quai d'Orsay. Un de ses amis lui avait offert à sa publication» explique le diplomate. «Nous avions déjà reçu d'autres offres, mais nous étions un peu réticents à céder notre histoire au cinéma. Nous n'étions pas convaincus du sérieux des projets. Toutefois quand nous l"avons rencontré, sa vision nous a séduits » ajoute le scénariste qui dans Quai d'Orsay raconte ses expériences comme rédacteur pour le Ministre français des affaires extérieures, Dominique de Villepin.

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Il faut dire que la vision du cinéaste légendaire avait tout pour les séduire. «Nous avions créé des personnages qui avaient plusieurs dimensions. Nous avions peur qu'une fois incarnés par des acteurs en chair et en os, ils perdent ces dimensions. Or Tavernier, qui connaît la bande dessinée et qui est un homme d'image, avait très bien compris l'importance de cet aspect. Il a su les intégrer dans le film.» Avec le résultat qu'un personnage comme le ministre devient plus grandiloquent et plus imposant que dans la bande dessinée sans pour autant tomber dans la parodie facile. « Il était très respectueux de l'histoire et des personnages. Il avait pour eux de la tendresse et il ne les jugeait pas, il ne les regardait pas de haut. Il a été capable de faire une satire tout en tendresse. Une attitude qui correspondait parfaitement à la façon dont nous avions envisagé Quai d'Orsay.»

Si les auteurs étaient aussi réticents à transposer la bédé en film c'est peut-être parce que le 9e art offre plus de souplesse que le cinéma. « A première vue on pourrait croire que la bande dessinée est plus limitée. C'est vrai que nous avons une limite de cases et de pages pour réaliser nos histoires, que nous n'avons pas de son, etc. Mais en fait nous sommes beaucoup plus libres en bande dessinée. Nous montrons ce que nous voulons montrer avec les plans et les angles que nous désirons, nous ne sommes pas astreints aux règles du cinéma, aux mouvements de caméras, à la façon de présenter les personnages... » Dès lors l'enjeu de l'adaptation devint vite la recherche d'équivalents cinématographiques pour traduire les planches.

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«L'objectif n'était pas de mettre dans le film tout ce qui se trouvait dans la bédé. Il n'y avait pas cette contrainte.» Cette décision a permis à Baudry et à Blain d'imaginer de nouvelles scènes, de développer de nouveaux concepts - comme celui du non-acteur - et d'approfondir certains personnages effleurés dans la version dessinée, comme la fiancée du narrateur. « Ça, c'était une des suggestions de Tavernier. Tout au long de la période d'adaptation, il était très enthousiaste! Il arrivait souvent avec des idées intéressantes. J'étais très heureux de pouvoir développer la fiancée un peu plus, ce que je n'avais pas pu faire dans la bande dessinée» explique Baudry avec un enthousiasme communicatif preuve de son plaisir à avoir travaillé sur ce projet.

«On s'est tellement marré en faisant le film, ça me rappelait certaines journées au ministère.» Ce qui ne signifie pas pour autant que le monde du cinéma soit parfait « Je trouve difficile de ne pas voir le résultat tout de suite. En bande dessinée on l'a rapidement sous les yeux, on peut corriger au fur et à mesure. Ca n'est pas le cas au cinéma. Il faut attendre un an avant de voir le résultat, on travaille à l'aveuglette, on ne peut pas rectifier le tir. »

Mais une chance pour Baudry et surtout pour nous le résultat est à la hauteur de ce qu'il avait imaginé.

Alors que le film de Darren Aronofsky, Noé arrive sur nos écrans, suscitant au passage la grogne des fondamentalistes chrétiens américains, les éditions du Lombard ont la grande intelligence de lancer l'intégrale des 4 comic book Noé que Aronofsky avait publié pendant sa recherche de financement pour le film. Dès avril vous pourrez donc découvrir la vision bédé du père du mythique Requiem for a dream.

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