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Des conclusions idéologiques qui mènent au cul-de-sac et à l'affrontement

12/01/2015 12:01 EST | Actualisé 13/03/2015 05:12 EDT

Le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) déplore les récents propos du président du Conseil du trésor, M. Martin Coiteux, selon lesquels les syndicats ne visent qu'à défendre les intérêts de leurs membres et veulent se soustraire à l'effort collectif qui est demandé à tout le monde pour atteindre l'équilibre budgétaire. Il est regrettable que M. Coiteux n'ait pas profité du temps des Fêtes pour échanger avec ses collègues économistes et adapter son idéologie à la réalité, alors qu'il fait fausse route en se braquant dans une position qui peut nuire au développement économique du Québec.

Selon le SPGQ, le président du Conseil du trésor s'enlise en plein déni en refusant d'entendre les mises en garde formulées par ses pairs économistes. L'Association des économistes québécois (ASDEQ) ne pouvait pourtant être plus claire, en décembre dernier, en affirmant que le gouvernement doit faire preuve de discernement dans ses responsabilités d'employeur, tout en ayant à l'esprit que son redressement des finances, de manière générale, doit se faire dans une perspective à long terme. M. Coiteux devrait employer un peu de temps pour écouter. Ce faisant, il réaliserait que plusieurs pays européens ont flirté avec la récession, car leur gouvernement a appliqué des mesures austères avec une trop grande précipitation qui s'est avérée néfaste au redressement des finances publiques.

Le SPGQ note que le gouvernement fédéral a reporté pour une troisième fois, il y a quelques semaines, l'atteinte de l'équilibre budgétaire pourtant promise, sans que personne s'en émeuve. La seule raison invoquée par M. Coiteux pour ne pas reporter cet objectif est qu'il a déjà été reporté une fois. Lorsque le gouvernement répète sans cesse que la gangrène budgétaire est telle qu'il faut amputer la chaire, il ment à la population qui, comme certains journalistes et chroniqueurs, finit par le croire à force de l'entendre. D'ailleurs, nous n'en sommes plus au gras ou à la chaire, ni même à l'os, mais plutôt à la moelle épinière !

En outre, M. Coiteux défie la logique lorsqu'il prétend que les syndicats se dérobent devant le déficit zéro. Le SPGQ a pourtant pleinement collaboré à la Commission permanente de révision des programmes et à la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise. Des solutions constructives y ont été présentées pour éviter l'électrochoc brutal auquel M. Coiteux convie la classe moyenne, sans s'émouvoir des conséquences pour son bien-être.

Il semble plutôt que ce soit M. Coiteux qui se dérobe à ses obligations d'offrir des conditions de travail attrayantes pour les employés de l'État. Sa directive de mettre un terme aux déplacements des employés de l'État constitue une politique de compression mur à mur incompréhensible qui les empêche de faire leur travail et qui peut mettre la santé et la sécurité de la population en péril. Le geste est grave, mais les membres du SPGQ ne peuvent le dénoncer, de peur de représailles.

Pour ce qui de la déclaration à l'emporte-pièce de M. Coiteux, voulant que les syndicats ne prennent que la défense de leurs membres, rien n'est plus faux. Le SPGQ a apporté son soutien à la suite de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, en juillet 2013. Plus récemment, il a aussi contribué à la campagne « Solidarité Ristigouche » afin de venir en aide à la municipalité de Ristigouche Sud-Est qui, en raison de l'adoption d'un règlement sur la protection de l'eau potable, fait face à une poursuite de 1,5 million $ intentée par l'entreprise pétrolière Gastem, poursuite pour laquelle le gouvernement n'a pas daigné lever le petit doigt pour appuyer la petite municipalité située dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie.

Par ailleurs, le gouvernement devrait cesser de brandir le spectre d'une décote par les agences de notation afin de justifier ses politiques de rigueur budgétaire, car même des économistes chevronnés réfutent cette thèse qui s'apparente à une grossière chimère. Plutôt que de s'occuper de "vraies affaires", comme le bordel informatique qui nous coûte des milliards en sous-traitance, M. Coiteux préfère mépriser et dénigrer en bloc les syndicats. Plutôt que négocier de bonne foi en débattant de fausses prémisses, dénoncées par les économistes et sur lesquelles il se base pour amputer les services publics québécois, M. Coiteux préfère imposer d'entrée de jeu ses conclusions idéologiques qui mènent au cul-de-sac et à l'affrontement. Espérons qu'un jour, ses collègues économistes et le premier ministre sauront lui faire entendre raison.

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