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Les parlementaires sont-ils au-dessus des lois?

14/03/2016 10:40 EDT | Actualisé 15/03/2017 05:12 EDT

«Ce n'est pas le genre de discours que je veux que l'on tienne» - Philippe Couillard, le 2 octobre 2014 à propos de Gaétan Barrette.

Déjà, ce n'était une surprise pour personne que le ministre Barrette attaque trop durement un critique de ses politiques. Il avait fréquemment eu l'air d'un boutefeu vis-à-vis ses adversaires. À titre d'exemple, mentionnons ses propos outranciers à l'endroit de son prédécesseur, M. Réjean Hébert, ou ceux, dénoncés, à l'endroit de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Ces jours-ci, la député et critique en matière de santé, Madame Diane Lamarre, nous apprend qu'elle est l'objet d'attaques personnelles répétées du ministre Barrette. Cela se ferait par le biais de remarques blessantes, de propos mensongers, d'insultes et d'atteintes à sa réputation. Nous savons plus précisément qu'il l'a publiquement qualifiée d'«ignorante», d'«épileptique» et d'«architecte du néant». Plusieurs fois, il a affirmé que la députée était en conflit d'intérêts permanent qu'elle avait «les deux mains dans le plat de bonbons». D'ailleurs, les porte-paroles des deux autres partis d'opposition (Amir Khadir de Québec solidaire et François Paradis de la Coalition avenir Québec) disent avoir été témoins d'une conduite excessive à l'endroit de Mme Lamarre. Le portrait commence à devenir accablant et crédible.

Du harcèlement au travail ?

Pourquoi qualifier d'accablant ce portrait ? Simplement parce que cette conduite risque fort de s'assimiler à du harcèlement psychologique.

Rappelons quelques critères servant à décrire ce phénomène :

1- Les conduites doivent être vexatoires (nuisibles) aux yeux de la plupart des gens ;

2- Elles doivent cibler une personne en particulier ;

3- Elles doivent être répétées ;

4- Elles doivent durer dans le temps (disons 6 mois) ;

5- Elles doivent provoquer des impacts négatifs sur la cible.

Vous avez remarqué que l'intention de blesser n'est pas prise en compte. L'important est ce qui se fait et ce que cela provoque. Par conséquent, si Monsieur Barrette cible Madame Lamarre de façon répétée et durable avec des conduites vexatoires (comme attaquer injustement sa réputation et la dénigrer personnellement) et que cela a des effets négatifs importants sur elle, cela a toutes les apparences du harcèlement psychologique.

Au-dessus des lois ?

Les députés et ministres du Parlement du Québec sont-ils au-dessus des lois ? La question est légitime, car plusieurs lois proscrivent le harcèlement au travail.

Il y a d'abord la loi sur les normes du travail. Les députés sont-ils des «hors-normes» devant subir l'inacceptable pour les autres travailleurs du Québec ?

On peut également se référer à la Charte des droits et libertés, qui protège la santé, la sécurité et l'intégrité des travailleurs.

Mais encore, nous pouvons invoquer l'article 2087 du Code civil, qui réfère à la dignité des salariés. Alors les parlementaires doivent être fermes. Des conduites pouvant nuire injustement à l'intégrité physique, psychologique ou sociale ne doivent être pas tolérées entre eux.

La virulence continue au parlement est-elle éthique ?

La politique est la gestion de la collectivité. Le travail consiste à identifier des valeurs communes, à en faire la promotion, à favoriser le développement des différentes communautés et à chercher les meilleurs équilibres entre les intérêts divergents, tout en s'assurant d'une légitimité aux yeux des citoyens. La virulence et l'intimidation ne sont pas des attitudes dont les Québécois veulent faire la promotion. Les interventions citoyennes et communautaires sont assez claires et nombreuses pour le démontrer.

Rappelons que le rejet du gouvernement Harper découlait entre autres d'une fatigue à l'endroit d'une politique de dénigrement des critiques ou des adversaires. Nous sommes également nombreux à nous inquiéter des comportements du candidat américain Donald Trump. Aussi, les attaques personnelles visant à casser les jambes des adversaires ne sont pas éthiques dans la vie de notre Parlement. Au surplus, elles cachent fort probablement des lacunes douloureuses dans le travail de leurs adeptes. C'est pourquoi une majorité de citoyens du Québec ne les acceptent pas.

Depuis quelque temps, les journalistes font état d'une virulence hors-normes au Parlement québécois. En particulier, le parti gouvernemental a fait l'objet de critiques à cet égard. Il est plus que temps que le premier ministre se remémore ses promesses électorales pour un meilleur ton dans les débats et qu'il agisse en conséquence en faisant les mises au point qui s'imposent.

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