LES BLOGUES

Les réfugiés juifs: les oubliés

04/08/2012 05:16 EDT | Actualisé 04/10/2012 05:12 EDT
Getty Images
JERUSALEM, ISRAEL -JULY 16: (ISRAEL OUT) Ultra-Orthodox Jewish children wear handcuffs as they protest against a uniform draft law to replace the Tal Law on July 16, 2012, in Jerusalem, Israel. The Tal Law, which exempts ultra-Orthodox yeshiva students from mandatory military service, was declared unconstitutional by the High Court in February, and is due to expire in August. (Photo by Lior Mizrahi/Getty Images)

Nous apprenions cette semaine que le Congrès américain discute d'un projet de loi important sur les réfugiés au Proche-Orient, et que, notamment, le député libéral Irwin Cotler y était pour quelque chose.

Ce qui fait la particularité - et l'importance - de ce projet de loi c'est qu'il ne se limite pas aux réfugiés palestiniens. Il prend aussi en compte les réfugiés chrétiens et juifs de la région.

En effet, il existe une conséquence trop souvent occultée du conflit israélo-arabe : les réfugiés juifs. Toute résolution du conflit israélo-arabe demande que l'enjeu des réfugiés trouve une solution juste et équitable. Mais, par définition, pour être juste et équitable, elle doit prendre en considération non seulement les réfugiés palestiniens, mais aussi les réfugiés juifs des pays arabes. Or, nous n'entendons jamais parler des réfugiés juifs, comme s'ils n'existaient pas.

Tous ceux qui suivent les débats sur le Proche-Orient connaissent les demandes des réfugiés palestiniens, mais peu savent qu'il y a un pendant juif au problème des réfugiés.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il y avait plus de 870 000 Juifs dans les pays arabes. Entre 1945 et 1950, la situation s'envenima beaucoup pour eux: persécutions, émeutes anti-juives, confiscations de leurs biens, etc. À un point tel que la presque totalité quitta ces pays dans lesquels certains avaient des racines depuis 2500 ans.

Si certains se réfugièrent au Canada, en France et aux États-Unis, la grande majorité (600 000) s'installa dans le nouvel État d'Israël. Ils y arrivèrent sans rien, sans un sou.

Mais Israël se donna les moyens de les intégrer, malgré le peu de moyens dont le nouvel État disposait. D'un côté, les réfugiés juifs des pays arabes devinrent des citoyens à part entière d'Israël alors que les réfugiés arabes déplacés lors du conflit israélo-arabe demeurèrent (et demeurent jusqu'à ce jour) des réfugiés pour lesquels les États arabes ne font pratiquement rien de concret. Pire encore, ils ont décidé de les utiliser, eux et leur situation difficile, comme instrument politique contre Israël. En effet, en 1959, la Ligue arabe adopta la résolution 1457, selon laquelle "Les pays arabes n'accorderont pas la citoyenneté aux postulants d'origine palestinienne afin d'éviter leur assimilation dans les pays hôtes."

Plus précisément, les gouvernements occidentaux assument plus de 95% du budget de l'organisme qui s'occupe des réfugiés palestiniens, l'UNWRA, alors que les pays arabes, qui parlent toujours des malheurs des réfugiés palestiniens, n'en assument qu'environ 1%. De plus, les nations arabes refusent aussi d'intégrer les réfugiés palestiniens. Si ce n'est pas de l'hypocrisie, je me demande ce que c'est.

(Il est intéressant aussi de noter en passant que l'UNRWA devait être une agence temporaire et que son personnel actuel est de 27 000 personnes, soit 4 fois le nombre d'employés du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés qui, lui, est responsable de tous les réfugiés de tous les autres conflits sur toute la planète...).

En d'autres termes, ce dont il est question, c'est d'un échange de populations entre les États arabes et l'État juif, comme il y en a eu entre la Turquie et la Grèce au début du 20e siècle, entre les différents pays européens après la Deuxième Guerre mondiale et entre l'Inde et le Pakistan après l'accession de ces deux pays à l'indépendance en 1948.

Si on entend peu parler des réfugiés juifs, c'est évidemment parce qu'Israël s'est donné les moyens de les intégrer. Mais cela a été fait à grands coûts. Les États arabes, qui ont pourtant confisqué les biens des Juifs, n'y ont aucunement contribué et n'ont offert aucune compensation.

J'en reviens à ceci : si, bien entendu, il faut trouver une solution au problème des réfugiés palestiniens, une résolution juste et équitable du conflit israélo-arabe demande aussi que les dommages subis par les réfugiés juifs des pays arabes soient réparés.