Richard Marceau

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Le devoir de protéger n'est pas une promesse électorale

Publication: 22/11/2012 12:44

Maintenant qu'il y a un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas - cessez-le-feu que tous souhaitent durable, mais dont tous doutent - un peu de perspective humaine peut donner un éclairage différent sur la situation.
Reut Mehager est une jeune femme de 25 ans, nouvellement mariée. Elle et son mari Nir sont tous les deux étudiants à l'Université Ben Gourion de Beer Cheva.

Plusieurs jours avant que la réplique israélienne ne commence, elle ne pouvait vivre une vie normale, ni dormir. À toute heure du jour et de la nuit, les sirènes d'alarme retentissaient, lui signalant qu'elle n'a que 15 secondes pour se réfugier dans un abri.

Avez-vous déjà essayé de sauter du lit ou sortir de la douche pour vous rendre dans une autre pièce d'un immeuble à appartements, et ce, en l'espace de 15 secondes?

L'édifice où Reut vit n'a pas d'abri. Elle a donc passé des nuits entières avec ses voisins dans la cage d'escalier pour se protéger de la pluie battante de missiles en provenance de Gaza. Et ce, avant que la réplique israélienne ne débute! Qui aurait accepté de vivre ainsi sans demander à son gouvernement de régler le problème?

Le printemps dernier, nous avons vécu au Québec ce que plusieurs ont appelé des semaines de tension extrême. Pourtant, ce n'était, après tout, que des manifestations d'étudiants. Oui, bien sûr, il y a eu de la casse, mais, dans l'ordre des choses, c'était somme toute assez mineur.

Pourtant, la société québécoise a trouvé cela éprouvant. Imaginez-vous, alors, la vie sous la menace - réelle et constante - de bombes, de roquettes et de missiles.

Gains électoraux?

Certains prétendus experts pérorent ici que le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou aurait déclenché la crise dans le but de remporter les prochaines élections, prévues le 22 janvier prochain.

Or, Nétanyahou n'a rien déclenché, mais a répliqué aux attaques croissantes sur sa population civile après des mois de retenue. L'idée farfelue d'une campagne militaire à saveur électorale est encore plus ridicule lorsqu'on sait que tous les sondages et tous les analystes étaient unanimes pour prédire une victoire de Nétanyahou et que tout le spectre politique israélien appuie la décision du gouvernement de riposter aux attaques de Gaza. En fait, une opération militaire comportait davantage de risques politiques que d'avantages pour le premier ministre d'Israël.

Popularité?

Franck Azoulay, originaire de Montréal, a 35 ans et attend un cinquième enfant avec sa femme Karine, elle aussi de Montréal.

Comme l'armée israélienne est une armée citoyenne (et non de volontaires comme l'armée canadienne), cela veut dire que s'il avait été mobilisé, il aurait dû quitter sa famille pour effectuer son service. Peut-on vraiment imaginer qu'il le ferait de gaieté de cœur?

Il aurait dû annoncer à son employeur que les projets sur lesquels il travaille doivent attendre. Peut-on vraiment croire que ceci a tout pour plaire à son employeur?

Karine aurait dû s'occuper seule de leurs enfants, conduire seule Éden à l'école, conduire Léa et Yariv à la garderie à l'autre bout de la ville, s'occuper seule de Noam qui est encore à la maison tout en tentant de poursuivre ses études et de faire fonctionner la maison (lavage, épicerie, devoirs, etc). Peut-on croire qu'elle se serait réjouie de cette situation?

Prétendre qu'un conflit est populaire chez la population israélienne revient à révéler une méconnaissance profonde de ce peuple. C'est à contre-coeur qu'il s'y engagerait.

La responsabilité fondamentale de l'État

La responsabilité fondamentale d'un État, son premier devoir, est de protéger ses citoyens.

Plus de 1 000 000 de citoyens israéliens vivaient déjà sous la terreur. Ils sont désormais 4,5 millions puisque les villes de Jérusalem et de Tel-Aviv sont aujourd'hui sous le feu des missiles de Gaza. Des missiles dont la portée franchit les 70 km qui séparent Gaza de Tel-Aviv n'ont rien d'artisanal. Ils ne sont pas montés par deux beaux-frères dans un garage avec un match de foot en toile de fond, mais fabriqués et livrés à Gaza par l'Iran.

La paix?

Bien sûr, la meilleure façon de protéger les citoyens des deux côtés est d'en arriver à un accord de paix. Mais le Hamas a comme but premier la destruction d'Israël. Sa Charte est claire et quiconque peut la consulter. Le Hamas n'est pas un partenaire pour la paix.

Quant au président de l'Autorité palestinienne issu du Fatah, Mahmoud Abbas, il refuse même de s'asseoir avec les Israéliens pour négocier.

Comment peut-on en arriver à la paix si une des parties refuse catégoriquement de négocier?

Le premier ministre israélien Netanyahou a pris officiellement position en faveur de la solution des deux États. L'équivalent québécois d'un chef du Likoud se disant pour la création d'un État palestinien serait que la première ministre péquiste Pauline Marois se déclare officiellement fédéraliste.
Pourtant, Nétanyahou l'a fait. Et a appelé encore une fois le Président palestinien à s'asseoir avec lui pour négocier.

Une responsabilité claire

La crise récente est née de la volonté de groupes armés de la Bande de Gaza de lancer et d'intensifier ses attaques à la roquette contre la population civile israélienne.

Celle-ci a exhorté son gouvernement de la protéger.

À la place de Reut, de Franck ou de Karine, j'aurais fait la même chose. Et vous aussi.

 

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