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Il faut rejeter les fondamentalismes religieux et laïc

02/09/2013 10:30 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT

Les fêtes juives du Rosh haShana, Yom Kippour et Soukkot approchent - elles sont fêtées ici depuis plus de 250 ans - et avec elles, des heures en famille et entre amis, avec repas sympas partagés. De même que de longues heures à la synagogue. En fait, pour la majorité des Juifs, ces fêtes sont les seuls moments de l'année où ils mettront les pieds dans une synagogue.

Cette année, ces fêtes au Québec auront lieu avec, en trame de fonds, le débat sur le projet de Charte des valeurs québécoises.

En d'autres mots, ces fêtes religieuses se dérouleront en plein débat sur la place du religieux dans notre société.

Il est maintenant connu que le gouvernement Marois souhaite bannir tout port de signes religieux par des employés du secteur public et parapublic. De plus, certaines voix sont allées jusqu'à proposer que l'on chasse carrément toute manifestation religieuse de l'espace public. Dieu merci (!), Québec ne semble pas vouloir aller dans cette direction.

La liberté de religion: une liberté fondamentale

Au-delà du ridicule de la création d'une police des signes religieux ostentatoires dans les ministères («Excusez-moi madame, votre crucifix est un quart de pouce trop gros, vous devez l'enlever ou en acheter un plus petit, sinon vous serez réprimandée»), ce débat touche la question encore plus fondamentale de la place de la religion dans une société donnée. En d'autres mots, prenons quelques instants pour réfléchir à l'enjeu plus large que celui du port de signes religieux.

Non seulement la liberté de religion est-elle considérée comme une des libertés les plus importantes au Québec, au Canada et dans le monde - art. 3 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, art. 2a de la Charte canadienne des droits et libertés, art. 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, art. 9 de la Convention européenne des droits de l'homme, art. 10 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, etc. -, elle est ainsi considérée parce que la religion peut, et doit être un élément positif.

Qu'on me comprenne bien: je ne dis pas qu'une personne agnostique ou athée est moins bonne, moins morale qu'une personne croyante. Ni que la religion, lorsqu'elle est dévoyée, ne peut devenir un problème.

Mais ceci est vrai pour toute idée. Le nationalisme est en soi quelque chose de bon. Mais le nationalisme exacerbé qui devient exclusif, xénophobe, voire raciste, est aussi mauvais.

Le libéralisme est aussi globalement positif. Mais poussé à son extrême, à un point que la société se désintéresse collectivement des démunis et des laissés-pour-compte, il devient malsain.

La religion: une force pour le bien

On semble oublier que la religion peut être une force pour le bien - si elle ne correspond pas au pouvoir politique.

A-t-on oublié que ce sont les évangélistes britanniques qui ont poussé pour l'abolition de l'esclavage? Que leurs homologues américains étaient aux premières loges du même combat aux États-Unis?

Nous marquons ces jours-ci le 50e anniversaire de la Marche sur Washington de Martin Luther King pour la défense des droits civiques américains. A-t-on oublié que King était un pasteur baptiste qui a puisé son inspiration des prophètes juifs et du message d'amour de Jésus? Que ses principaux alliés blancs étaient des jeunes Juifs tenants du principe de "Tikoune Olam" (obligation de réparer le monde), avec le rabbin Joshua Abraham Heschel en tête?

A-t-on oublié que l'Église anglicane sud-africaine a mené le combat contre l'apartheid?

A-t-on oublié que l'Église catholique, avec Jean-Paul II à sa tête, a puissamment contribué à la chute du communisme, d'abord en Pologne puis dans toute l'Europe?

Plus près de chez nous, sommes-nous prêts à écarter tous les prêtres, abbés, etc. qui ont enseigné à des générations de Québécois? À ces sœurs qui ont passé leurs vies au service des autres dans les écoles et les hôpitaux?

Que dire aujourd'hui du Père Pops , dévoué aux plus poqués de la rue montréalaise et qui les sert, les aide sans jugement, mais avec compassion (du latin «souffrir avec») et amour?

Que penser de l'Armée du Salut (protestante) qui recueille argent et biens pour les plus démunis? Même chose pour la Saint-Vincent-de-Paul côté catholique.

Je pense au dernier rabbin d'une grande synagogue arrivé à Montréal, le rabbin Lisa Grushcow du Temple Emmanu-El-Beth Sholom, femme et lesbienne qui défend les droits de la communauté homosexuelle. Le dernier rabbin arrivé à Ottawa - qui dessert aussi la petite communauté de Gatineau - s'appelle Elizabeth Bolton. C'est aussi aussi une femme lesbienne.

Je pense à mon père - franciscain séculier - qui a passé des années de bénévolat pour aider Haïti et y a même séjourné pendant plus d'un an.

Quant à l'affirmation que les religions sont à l'origine des principaux conflits dans le monde, il est important de se souvenir que les idéologies les plus meurtrières du XXe siècle (le nazisme et le communisme) ont causé plus de 100 millions de morts et étaient anti-religieuses.

Les fondamentalistes

Le fondamentalisme religieux est un problème évidemment, principalement dans les sociétés non-démocratiques et dans le monde arabo-musulman.

L'islamisme est aussi un problème ici au Canada. On l'a vu avec les arrêts ces derniers temps de plusieurs jeunes accusés et trouvés coupables de terrorisme. Ou encore avec les reportages de Fatrice de Pierrebourg de La Presse sur la conférence Indépendance devant se tenir bientôt au Palais des Congrès à Montréal.

D'autres religions sont touchées aussi par le fondamentalisme. Le christianisme, le judaïsme, le sikhisme ont aussi leurs radicaux.

Il se développe aussi une laïcité intolérante, déformée, loin de sa signification première, une laïcité qui affirme être la seule voie, la seule façon de faire fonctionner la société.

Laïcité veut dire que l'État et la religion doivent être séparés. Pas que l'État fasse la promotion de l'athéisme, ou fasse de celui-ci le fondement de quelque politique publique que ce soit.

La laïcité de l'État ne veut pas dire absence de religion dans la société. Ça veut dire neutralité de l'État.

En d'autres mots, la laïcité est un devoir de l'État; elle n'est pas une contrainte imposée aux citoyens de l'État par celui-ci. Y compris aux employés de ce dernier.

Laïcité n'est pas le synonyme d'athéisme.Et elle n'est pas non plus la chasse au phénomène religieux comme certaines voix le laissent entendre, allant jusqu'à demander l'interdiction complète du port de signes ostentatoires religieux en public.

Renvoyer les fondamentalismes dos à dos

Nous faisons face aujourd'hui à des fondamentalismes religieux et à un fondamentalisme laïc.

Nous devons nous opposer aux deux.

Les fondamentalistes religieux de toutes les fois voudraient imposer leur religion (car leur religion est la seule vérité) à nous tous, à transformer notre système démocratique en une espèce de théocratie dont le pouvoir ne serait pas entre les mains du peuple, mais dans les mains des interprètes de Dieu (prêtres, imams, pasteurs, rabbins, etc.).

Les fondamentalistes laïcs veulent chasser toute manifestation du religieux de l'espace public et donc nous priver des valeurs personnelles, morales et spirituelles qui en découlent.

Je refuse qu'on m'enferme dans une de ces cases.

Partisan de la séparation de la religion et de l'État, je ne veux pas chasser les voix religieuses de notre société. Croyant, je ne crois pas que l'État doive faire la promotion de quelque croyance que ce soit - ni de l'incroyance.

Ne portant aucun signe religieux ostentatoire (hors de la synagogue et lors de fêtes religieuses), je m'oppose à ce que ceux qui en portent soient exclus de la fonction publique de mon État.

Démocrate et attaché aux libertés fondamentales, partisan du respect de la diversité de notre société, je souhaite que ces aspects du Québec soient reflétés dans toute législation pouvant être adoptée par l'Assemblee nationale.

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