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Démythifier les Juifs hassidiques

15/06/2014 09:08 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Le sujet des écoles hassidiques juives illégales fait couler beaucoup d'encre ces temps-ci au Québec (voir ici, ici et ici, par exemple).

En passant, et pour réitérer ma position sur le sujet: bien que je sois personnellement et sans équivoque d'avis que toutes les écoles au Québec doivent se conformer aux directives du ministère de l'Éducation (comme je l'ai écrit dans mon livre et qui est, par ailleurs, aussi la position officielle de la communauté juive québécoise maintes fois répétée ici, ici, ici et ici), je ne crois pas, avec six écoles, que ceci soit le problème le plus pressant au Québec actuellement. Qu'on me comprenne bien: je ne dis pas qu'il ne faille pas travailler à trouver une solution, je dis simplement que ce n'est pas l'enjeu le plus chaud).

Qui sont les hassidim?

Les Juifs hassidiques, avec leur accoutrement hors de l'ordinaire datant du XVIIIe siècle polonais, leur mode de vie à la fois moderne (ils utilisent la dernière technologie) et ségrégé, laissent plusieurs Québécois songeurs.

Bien que Juif, je ne suis pas hassidique. J'ai quelques amis qui le sont et je suis allé, par curiosité, à un pèlerinage hassidique à Ouman (Ukraine) il y a plusieurs années. Mais ma connaissance personnelle se limite à cela.

On l'oublie souvent, mais seulement 12% de la communauté juive québécoise est hassidique. Ceci étant dit, les hassidim (singulier: hassid, pluriel: hassidim) sont évidemment les plus visibles. Et pratiquement chaque fois qu'il est question de Juifs au Québec, les images utilisées par les médias incluent des hassidim. Dans la tête de plusieurs Québécois, être juif est être hassidique.

Qu'est-ce qui motive ces personnes? Comment sont-elles inspirées? Que croient-elles?

Leur monde replié sur soi fait en sorte qu'il est difficile de les connaître. La chroniqueuse du Journal de Montréal et de Radio-Canada Lise Ravary, avec son autobiographiePourquoi moi?, a permis à beaucoup d'avoir un aperçu de qui ils sont, de l'intérieur. J'invite tous les curieux à se la procurer.

Deux biographies pour entrouvrir la porte sur un monde inconnu

Pour celles et ceux qui désirent en connaître plus sur le hassidisme - sur la branche la plus connue à tout le moins - deux biographies importantes (en langue anglaise) viennent d'être publiées sur le chef spirituel (maintenant décédé) de la branche Chabad-Loubavitch du monde hassidique, le rebbe Menachem Mendel Schneerson: My Rebbe de l'auteur bien connu dans le monde juif Adin Steinsaltz et Rebbe, de l'auteur Joseph Telushkin, un vulgarisateur hors pair du judaïsme.

Pour ceux qui, comme moi, aiment bien comprendre l'histoire d'une personne, d'une idée ou d'un concept à travers la vie de quelqu'un, ces livres apportent un éclairage intéressant.

Chacun de ces livres part d'un point de vue différent, mais fait face au même défi: comment écrire une biographie d'un homme très discret - voire carrément secret - sur sa propre vie, qui vivait au milieu des siens tout en étant lointain, un peu comme un roi parmi ses sujets?

My Rebbe est l'oeuvre d'un penseur juif d'un haut calibre, mais qui se considère le disciple du rabbin Schneerson. Son approche est donc très respectueuse. À travers la vie du rabbin Schneerson, Steinsaltz ouvre la porte à l'exploration de concepts hassidiques tels que la kabbalah (approche mystique de la religion juive), la position de Rebbe (son rôle, son influence - tant sur l'idéologie du mouvement qu'il mène que sur les petits détails de la vie personnelle de ses disciples), le lien très fort entre le disciple et son rebbe (yechidout), la vie après la mort, etc.

Détenteur du prestigieux Prix d'Israël, intellectuel solide formé aux sciences (mathématiques, physique, chimie), Steinaltz réussit à nous partager sa passion pour le judaïsme hassidique de Chabad-Loubavitch, pour son septième leader tout en nous informant. Certains concepts peuvent sembler difficiles à saisir au premier abord, mais Steinsaltz navigue au travers de ces difficultés de façon à permettre à un lecteur du grand public de saisir et de comprendre.

Vivant à Jérusalem, Steinsaltz n'hésite pas à traiter de la position du rabbin Schneerson sur l'État d'Israël (il n'était pas un sioniste au sens entendu du terme, mais était en lien avec la société israélienne, ce qui l'a placé en conflit idéologique ouvert avec le rebbe de la secte hassidique Satmar, résolument et activement anti-sioniste).

Rebbe de Telsuhkin, bien que lui aussi positif sur le rabbin Schneerson, se veut plus détaché. Il s'agit bel et bien d'une biographie et non d'une hagiographie.

Un rabbin orthodoxe, mais non un hassid, Telushkin parvient - à travers un livre plus long et détaillé que celui de Steinsaltz - à nous faire comprendre comment un petit groupe décimé par l'Holocauste (souvenons-nous, avant la Deuxième Guerre mondiale, le centre du monde juif, les académies, les grands penseurs, le nombre se trouvaient tous en Europe orientale) a réussi à devenir un des groupes les plus influents du monde judaïque.

À travers le livre de Telushkin, on comprend que le rabbin Schneerson a changé le focus de son mouvement, l'orientant non vers l'intérieur, mais vers l'extérieur (tout en restant dans le monde juif).

Un leader inspirant pour des milliers et des milliers de personnes à travers le monde, le rabbin Schneerson a fait de Chabad-Loubavitch un instrument pour retenir les Juifs dans l'orbite de la société juive, dans un monde où l'assimilation décime les communautés juives. Il a créé un modèle qui tente d'équilibrer engagement avec la société civile (plusieurs hassidim de Chabad-Loubavitch sont en affaires) tout en restant distinct et séparé. Le pari est-il tenu?

Telushkin réussit à humaniser un homme dont le rôle, par définition, l'amène à être lointain. Et comme Steinsaltz d'ailleurs, il n'évite pas la controverse autour de la messianité du Rebbe.

L'objectif: les Juifs non pratiquants

Ayant inspiré des hommes et des femmes à devenir des émissaires partout dans le monde, même à des endroits reculés où il n'y a pratiquement pas de Juifs (sinon des touristes), même 20 ans après sa mort, le rabbin Schneerson continue de fasciner.

Son modèle d'engagement auprès des Juifs non pratiquants en a fait pour certains le modèle à émuler, à un point tel que les mouvements libéraux du judaïsme (pourtant aux antipodes théologiquement) s'inspirent maintenant ouvertement de la méthode Chabad-Loubavitch. (Il est à noter que le judaïsme n'est pas une religion prosélyte, il ne cherche pas à convertir des non-juifs au judaïsme. L'action de Chabad-Loubavitch ne vise qu'à ramener à la pratique des Juifs qui l'ont quittée ou ne l'ont jamais suivie).

Pour celles et ceux qui veulent non pas juger, mais comprendre le phénomène du hassidisme (du moins dans sa version Chabad), ces livres sont une excellente introduction vers ce monde mystérieux, souvent incompréhensible aux non initiés.

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